UN MOMENT JAZZ ET SOUL AVEC ROBIN MCKELLE

Robin McKelle est l’une des voix les plus renommées du jazz actuel. Depuis son premier album Never Let Me Go (1999) sorti en indépendant, elle poursuit avec succès sa carrière. Elle a su exploiter des influences musicales éclectiques, principalement issues du folklore populaire afro-américain. Elle donnait le 16 novembre 2018 un concert à la MJC Bréquigny.

 

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Photo : Philippe Colliot

La salle était comble vendredi dernier lors du concert de Robin McKelle, interprète réputée du jazz contemporain, dont la venue au festival était attendue depuis longtemps. Sa prestation fut l’occasion pour elle de faire découvrir au public une partie des chansons de Melodic Canvas, son dernier album sorti en avril dernier. Elle débuta son spectacle par Do You Believe, le titre d’ouverture de ce récent opus, à l’accompagnement pianistique entre jazz et blues et à la ligne de basse affirmée. L’artiste interpréta également des chansons assez personnelles, dont les thématiques résonnent toujours dans l’actualité. Parmi elles, figure A Simple Man, dans laquelle Robin McKelle raconte l’histoire de son grand-père venu jadis, comme beaucoup d’autres migrants, trouver un avenir meilleur aux États-Unis. Elle nous a également offert quelques très belles reprises, dont une de la célèbre chanson de NicolettaIl est mort le soleil. Si elle fut traduite en anglais par Ray Charles, c’est pourtant la version française originale que Robin McKelle a choisi d’interpréter, et ceci avec beaucoup de sensibilité et de justesse.

Lors de sa performance, elle a aussi démontré sa capacité à adapter son style vocal à des esthétiques diverses, qui apparaissent finalement comme associées. Ainsi, certaines de ses chansons témoignent de son influence du jazz, venue vers l’âge de 13 ans et qui marquait notamment ses deux premiers albums enregistrés avec des big bands. Cela est notamment flagrant au vu de sa reprise du standard Lullaby of Birdland durant laquelle elle était uniquement accompagnée de Rashaan Carter à la contrebasse. De même, l’aspect improvisé caractéristique des différents courants du jazz traverse la plupart de ces morceaux. Sur Lullaby of Birdland, par exemple, elle a montré un certain talent pour le « scat », technique d’improvisation vocale en onomatopées qu’elle a employé sur certains titres. Elle était également entourée de musiciens talentueux dont les solos attestaient également de leur grande maîtrise dans ce domaine.

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Photo : Philippe Colliot

Si la première partie de sa carrière fut marquée du sceau du jazz, Robin McKelle, avec Mess Around, avait commencé dès 2010 à exploiter un registre plus orienté vers ses premières influences : la soul et le r&b. Il est vrai que son timbre de voix, souvent comparé à celui d’Ella Fitzgerald, est à la fois clair et puissant et évoque davantage, par moments, celui d’interprètes comme Whitney Houston. En témoigne notamment So It Goes, issue de l’album Soul Flower (2012). Pendant cette chanson, le batteur Kush Abadey jouait un rythme régulier et marqué, parfois proche de celui de la musique funk. Pendant ce temps, le jeu du claviériste Mike King sur le piano électrique Rhodes, alternant avec des interventions « funky » à l’orgue, évoquait également l’esthétique de la soul classique des années 60 et de la « neo soul » des années 90. Lors de cette interprétation, Rashaan Carter a également démontré sa virtuosité à travers un solo de basse étourdissant. Dans le set de Robin McKelle, on notera également une version jazzy et véritablement transformée du Back To Black d’Amy Winehouse ainsi qu’une réinterprétation tout en douceur de No Ordinary Love de Sade, l’une de ses principales références. Lors de cette reprise, son timbre vocal, délicieusement suave et délicat, pouvait rappeler celui de la chanteuse emblématique de la « neo soul », tout en conservant des inflexions communes avec le jazz vocal. De même dans Lyla, sa vocalité est davantage marquée par des mélismes plus présents et des voix de tête plutôt impressionnantes, éléments récurrents dans les esthétiques soul.

Contrairement à l’image austère attribuée habituellement aux publics des concerts de jazz, celui de Jazz A L’Ouest semble avoir été très réactif au dynamisme et à la ferveur partagée par Robin McKelle et ses musiciens. Vers la fin du concert, au terme de You’re No Good, la chanteuse s’est lancée dans un véritable « call and response » avec les spectateurs rennais qui n’ont pas boudé leur plaisir. Lors de cette chanson, on a également pu savourer un solo grandiose de Mike King au piano électrique, dont le jeu à l’orgue évoquait également le style de musiciens tels que Ray Charles et Booker T. Jones de Booker T. & The MG’s. Enfin, c’est sur une interprétation très « groovy » et passionnée du standard de gospel Swing Low Sweet Chariot qu’elle a conclu son concert, recevant une véritable ovation. A notre sens, elle fut méritée…

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Photo : Philippe Colliot

La tournée européenne de Robin McKelle se poursuit. Elle passera le 7 décembre prochain au centre culturel Jacques Duhamel de Vitré (35).

Son dernier album « Melodic Canvas », sorti le 20 avril dernier chez Doxie Records, est toujours disponible dans les bacs et à l’écoute sur les plateformes d’écoute.

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