Si l’immigration musulmane est au cœur de nombre de débats politiques sur le Vieux Continent, les Européens se sentent-ils menacés par l’Islam ? Des enquêteurs de l’Ifop se sont penchés sur la question dans une enquête menée auprès des populations de quatre pays européens ayant la plus forte proportion de population musulmane (Allemagne, Pays-Bas, France et Royaume-Uni). Une enquête a été réalisée entre le 9 et 18 avril 2011 et publiée la semaine dernière. Résultat : le malaise est partagé quand bien même les moins de 35 ans se sentent moins menacés dans leur identité par la présence d’une population d’origine musulmane que leurs ainés. En effet, dans tous les pays, entre 40 et 47 % des sondés considèrent que « la présence d’une communauté musulmane est une menace pour l’identité du pays ».

 

À modèle d’intégration différent, situation différente. Distinction est faite entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas « qui ont longtemps promu un modèle multiculturaliste débouchant sur un communautarisme récemment remis en cause », la France, « qui a maintenu une politique républicaine de cohésion nationale reposant sur un modèle d’assimilation qui ne cesse de montrer ses limites et ses échecs », et l’Allemagne, qui est à la recherche d’un nouveau modèle à adopter.

Mais, « quel que soit le modèle retenu par leur pays, la perception d’un échec de l’intégration des musulmans dans la société est largement partagée parmi les citoyens européens avec plus des deux tiers des personnes interrogées qui considèrent que les individus de confession musulmane ne sont pas bien intégrés dans leur société. »

 La raison principale de cette absence d’intégration des musulmans est liée pour plus de 60 % des sondés à « leur refus de s’intégrer à la société (française / allemande  / hollandaise / britannique). A contrario, “le racisme et le manque d’ouverture de
 certains Français / Allemands / Hollandais / Britanniques » apparaît une raison mineure (entre 11 et 18 %).

« Par la suite, les raisons invoquées pour expliquer cet échec sont très révélatrices du sentiment d’incompatibilité ressenti entre tradition chrétienne pour les uns, culture laïque pour les autres et pratique musulmane.»

« Les personnes interrogées se montrent assez partagées s’agissant de l’influence et de la visibilité de l’Islam dans les sociétés d’Europe du Nord mais encore une fois les résultats sont très proches dans nos quatre pays, signe que cette problématique se pose de manière assez identique en dépit des différences de contextes nationaux. Quand un peu plus d’une personne sur deux pense en France (55 %), aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne (51 % respectivement) que cette religion occupe une place « trop importante » dans leur pays, dans le même temps, plus de quatre personnes sur dix expriment un avis plutôt neutre, estimant que cette place n’est ni trop, ni pas assez importante.»

Et l’enquête d’ajouter : « cette visibilité de l’Islam tient largement au fait que l’Islam est vécu comme un argument d’autorité, ayant un rôle prescriptif fort auprès des musulmans, alors même que les sociétés européennes sont de plus en plus sécularisées. La contradiction résiderait dans le fait que les Européens ont perdu l’habitude de voir des expressions religieuses dans la sphère publique et considèrent la moindre emprise du religieux sur la vie quotidienne comme un progrès et la séparation de l’Eglise et l’Etat s’agissant de la France comme une avancée majeure. […] Tout se passe comme si c’était moins le poids que la visibilité et l’adéquation au système de valeurs national d’une religion qui tendraient à menacer la laïcité. À ce titre, cette visibilité de l’Islam peut être perçue comme excessive dans l’espace public, en ce qu’elle apparaît incompatible avec le mode de vie européen et plus largement avec les valeurs nationales des pays de l’étude.»

 

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