L’élevage à la chaine pour nourrir une importante population est familier aux Français tant la plus grande partie de leur assiette est composée de viande animale. Reste que les conditions pratiques de cette production alimentaire sont de plus en plus connues à travers divers témoignages, notamment sur internet : elles ont souvent de quoi faire frémir les âmes les moins sensibles. Des milliers de bêtes enfermées dans des bâtiments aux cages aussi lugubres que minuscules. Triste, c’est le qualificatif minimal pour décrire la vie de ces bestiaux. À peine née, chacune des bêtes ne sait pas que sa date de mort est arrêtée. C’est la loi de la demande : pour que la viande animale puisse être présente dans les assiettes et la production naturelle ne suffisant pas, il faut en passer par l’élevage intensif, voire très intensif.

 Isabelle Sorente, 180 jours, Editions JC Lattès,L’ouvrage d’Isabelle Sorente 180 jours raconte cette violence. L’écrivaine s’est infiltrée dans l’un de ces lieux de honte. 180 jours, c’est la durée de vie programmée d’un porc industriel. De sa naissance par fécondation in vitro à son abattage pour en faire un jambon ou autre.

Quand Martin Enders accepte de se rendre dans un élevage industriel pour les besoins de son travail universitaire, il n’imagine pas que le cours de sa vie va s’en trouver bouleversé. Par les secrets que lui révèle Camélia, le porcher. Et par les quinze mille bêtes enfermées dans les différents bâtiments. 180 jours est l’histoire d’une amitié entre deux hommes que tout semblait séparer, mais aussi celle de leur rapport aux bêtes.

Mais Isabelle Sorente détaille également comment et pourquoi selon elle l’humain détruit une autre forme de vie animale afin de satisfaire son appétit. Isabelle Sorente va jusqu’à parler du porc en tant qu’« autre humain ». Elle a découvert, d’une part, que le porc est un animal hypersensible et, d’autre part, que la souffrance qu’il éprouve peut être comparée à celle d’un humain à qui on annonce une  triste nouvelle. Que l’on soit d’accord avec elle ou non, l’ouvrage-reportage d’Isabelle Sorente 180 jours frapper le lecteur comme un uppercut. Autre versant réussi : les conséquences de ce process sur les personnes qui travaillent dans ces lieux d’élevage. Rares sont ceux qui en sortent indemnes. La violence domestiquée et processisée s’est immiscée dans leur vie psychique et les hante. « Ce que tu fais au plus petit, c’est à moi que tu le fais…» (Mt 25, 4)

 Isabelle Sorente 180 jours aux Editions JC Lattès,  septembre 2013, 450 pages, 20€

 

L’auteur

Après des études scientifiques, Isabelle Sorente a publié plusieurs romans
et essais remarqués dont, aux éditions JC Lattès, L, Le cœur de l’ogre, ou l’essai Addiction Générale, consacré à notre dépendance aux chiffres. En 2012 est également paru Etat Sauvage (Indigène éditions), manifeste sur la puissance des femmes. Isabelle Sorente a fondé la revue Ravages et anime les soirées de lectures Il faut qu’on parle !, avec l’écrivaine Wendy Delorme.

 Isabelle Sorente 180 jours aux Editions JC Lattès

Un commentaire

  1. A l’heure où l’on parle des abattoirs porcins bretons, Il est bon de s’intéresser à une filière que l’on a poussé à l’excès, jusqu’à ce qu’elle se tire une balle dans le pied.
    Si certains lecteurs ne seront pas touchés par « le Porc, animal » et son intelligence, d’autres ne manqueront pas de s’intéresser à l’aspect sanitaire, aux médicaments injectés par des vétérinaires complices de ce type d’élevage, aux conditions des truies gestantes qui ne peuvent même pas bouger dans leurs boxes….et donc à d’autres ouvrages.

    Unidivers avait parlé du plus ardu « Un Eternel Treblinka » : http://www.unidivers.fr/eternel-treblinka-charles-paterson/
    ou encore de l’élevage et des normes : http://www.unidivers.fr/elevage-porcs-truies-bretagne/

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