ILLUSTRATEURS À RENNES : L’UNIVERS POP ET LOUFOQUE DE GUILLAUME DENAUD

Rennes regorge d’illustrateurs et illustratrices aux univers multiples. Unidivers vous présente une série de portraits avec, aujourd’hui, l’illustrateur de Dans les dents : Guillaume Denaud. Graphiste depuis plusieurs années, il a fait de l’illustration son activité principale depuis quelques semaines seulement ! Dans un univers résolument enfantin et absurde, les éléments de la réalité croisent des créatures fantastiques. Rencontre.

Illustrateur rennes Dans les dents

Unidivers : Commençons par une petite présentation. Comment Guillaume Denaud en est-il venu à l’illustration ?

Guillaume Denaud : Après une licence professionnelle (métiers de l’édition/graphisme/multimédia) à l’Université Rennes 2 en 2009, j’ai débuté en tant que graphiste pour la marque Little Marc Jacobs, prêt-à-porter de luxe enfant (de 2011 à 2015) et pour l’entreprise C.W.F (Children Worldwide Fashion), en Vendée. Je suis resté cinq ans là-bas avant de travailler pour la marque Bonobo (Groupe Beaumanoir), du prêt-à-porter adulte, à Saint-Malo.

Illustrateur rennes

Parallèlement à cette activité de graphisme pour le prêt-à-porter, j’ai petit à petit développé mon univers Dans les dents, avec des illustrations personnelles. Je vendais des affiches, des cartes et je répondais à des commandes pour des affiches ou autres supports de communication. Comme mon travail a pris de l’ampleur les deux dernières années, j’ai décidé de me mettre à mon compte, il y a seulement un mois.

Illustrateur rennes

Unidivers : « Dans les dents », drôle de nom pour un graphiste-illustrateur. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Guillaume Denaud : Le nom complet était « Les petits traits dans les dents » au début. L’univers de l’enfance a toujours été présent dans mon travail et il y a pas mal de détails dans mes dessins d’où les petits traits. « Dans les dents » est une expression assez drôle que j’employais enfant. Le nom était trop long donc j’ai fini par garder « Dans les dents », il n’y a pas plus de signification. Le nom correspondait à l’univers que je proposais et le côté punchline me plaisait, « paf ! dans les dents ». (rires)

Illustrateur rennes

Unidivers : Vos illustrations fourmillent d’informations et de détails dessinés aux petits traits. Votre style oscille entre un univers très architectural et un autre plus portraitiste (inspiré de célébrités, des personnages personnalisés ou fictifs…). Comment s’est forgé votre style ?

Guillaume Denaud : Quand j’ai commencé à dessiner, j’adorais réaliser des villes imaginaires, avec pour seul outil un stylo noir ou un crayon de bois. Il s’agissait d’un dessin très détaillé. Avec mon travail dans le prêt-à-porter enfant, un nouvel univers s’est ajouté au précédent : avec plus d’animaux, de couleurs, une ambiance plus fun et décalée. J’aime autant l’univers enfantin qu’architectural, donc la question a été de savoir comment réunir les deux. C’est peut-être par le biais du détail que j’ai réussi à associer les deux. J’adore passer du temps à dessiner et le détail dans mes illustrations vient certainement de là. J’imagine rarement le dessin dans sa globalité, il se construit au fur et à mesure, des détails ou des éléments se rajoutent par-ci par-là selon où le crayon me porte.

Illustrateur rennes

C’est le plaisir du dessin qui me dirige vers le détail

Unidivers : La couleur est importante également dans vos illustrations, elle est vive et punchy. C’est votre expérience dans la mode enfant qui vous a orienté dans cette direction graphique ?

Guillaume Denaud : Les couleurs vives sont venues en travaillant dans ce milieu en effet. Cette expérience n’a pu que jouer sur l’évolution de mon approche du dessin.

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Unidivers : Les cahiers de coloriage ancrent votre univers un peu plus dans l’enfance également…

Guillaume Denaud : Au début je le pensais, mais j’essaie plutôt de créer des passerelles entre ces deux états. Quand je réalise une affiche par exemple, je veux qu’elle plaise autant à l’enfant qu’à l’adulte. Certains dessins touchent évidemment plus les petits que d’autres, mais la limite n’est pas figée. Bien que les cahiers de coloriage ciblaient d’abord les enfants, les adultes les achètent également. Il n’y a pas que les plus jeunes qui aiment colorier. Je trouve justement intéressant de pouvoir échanger là-dessus et constater que la frontière entre l’univers de l’enfant et celui de l’adulte est parfois mince.

Colorier détend. Comme les dessins ont beaucoup de détails, les adultes y sont sensibles

Moi-même j’adore colorier. Quand je réalise des illustrations, j’adore l’étape de la coloration. On retrouve ce rapport à l’enfance même en moi, ce qui transparaît dans l’univers que j’ai créé.

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Unidivers : Jeux-vidéos, Amy Winehouse, David Bowie… La culture pop semble influencer vos dessins. Pouvez-vous nous parler de vos inspirations ?

Guillaume Denaud : Je suis né en 1985 donc toute cette culture des années 90 ne peut que m’imprégner. J’aime bien représenter des chanteurs qui ne sont pas forcément de ma génération et des univers qui ont marqué mon parcours afin de les plonger dans le mien. Ce décalage est intéressant à travailler.

La revue d’architecture avant-gardiste britannique Archigram* m’a beaucoup inspiré quand je l’ai découvert. Il s’agit d’architectures totalement imaginaires et utopiques avec un univers très science-fiction et fantastique, on retrouve aisément cette référence dans les villes que je crée.

Je peux également citer l’univers d’Hayao Miyazaki des studios Ghibli et l’auteur français de bande dessinée Moebius (connu aussi sous le pseudonyme de Gir et sous son nom Jean Giraud).

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Unidivers : Vous avez notamment réalisé des affiches pour l’Antipode MJC (2017), le TNB (2018) et plus récemment pour le festival littéraire Jardins d’hiver aux Champs-Libres (du 1er au 3 février 2019). Comment transposez-vous votre style à une manifestation culturelle ?

Guillaume Denaud : Tout dépend du client et du contact. Le client peut me contacter après avoir vu une affiche ou un dessin qui lui plaisait, ça peut être une base de départ pour travailler. Je pars du principe que si l’on me contacte, mon univers leur plaît, je l’adapte alors au contexte et à la demande. Généralement, j’arrive à garder cette liberté d’univers graphique sans trop m’en éloigner.

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Unidivers : Quelle ligne directrice avez-vous choisie pour l’identité du festival littéraire Jardins d’hiver ?

Guillaume Denaud : Proposer une plongée dans cet univers, encore une fois, fantastique. Tout ce qui touche à la littérature relève d’univers imaginaires. Elle permet une liberté presque illimitée en termes d’image.

Pour parler concrètement, on devait retrouver la végétation qui rappelle justement le jardin d’hiver. J’avais aussi cette idée de balade littéraire. Vu que le festival se déroule en plein centre-ville de Rennes (Les Champs Libres), je voulais représenter un univers urbain avec toute cette jungle qui investit la ville. Comme si l’on pénétrait dans un monde imaginaire au cœur de la ville.

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Unidivers : De nouveaux projets se concrétisent ou des envies pour la suite ?

Guillaume Denaud : Je suis actuellement sur un projet avec la marque Katimini, marque de prêt-à-porter enfant. Une première collaboration avec la marque Repetto s’est également concrétisée. Pour le coup, c’est tout nouveau. La marque vient d’un univers très classique et la demande consiste à sortir de cette image à travers une illustration qui sera utilisée sur un sac et un tee-shirt, il me semble. Le mois de mai annonce le Brunch des créateurs aussi.

Le fait que je sois à mon compte est encore nouveau donc j’ai envie de développer des projets plus artistiques, aller au-delà de l’illustration, pourquoi pas essayer la peinture. Il s’agit de projets que j’ai envie de réaliser depuis toujours, mais je n’ai pas encore trouvé le temps…

Unidivers : Une dernière question pour terminer : un illustrateur ou illustratrice que vous avez récemment découvert ?

Guillaume Denaud : J’ai récemment découvert le travail d’illustration de Stéphanie Unger que j’aime beaucoup !

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* Revue avant-gardiste britannique publiée entre 1961 et 1974. Archigram est l’association des termes architecture et télégramme. Cette équipe d’architectes anglais s’est constituée, en 1963, afin d’envisager l’urbanisme sous l’angle de la recherche prospective. Au total, neuf numéros et demi sont parus. Formé de Warren Chalk, de Dennis Crompton, de Peter Cook, de David Greene, de Michael Webb, de Ron Herron et de Peter Taylor, le groupe publie en 1967 un livre, Archigram, Seven Beyond Architecture, où il expose ses intentions : dépasser les conceptions dominantes en matière d’architecture et de planification des villes. (source)

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