Rennes regorge d’illustrateurs et illustratrices aux univers multiples. Unidivers vous présente une série de portraits. Aujourd’hui, DeuxBen de Rennes. Autodidacte, il a commencé par le graffiti au début des années 90 à Nice. Aujourd’hui, ces bonshommes peuplent les murs de Rennes, mais également vos murs d’intérieur ! Entretien.

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Les foules de Deuxben de Rennes

Unidivers – Comment avez-vous découvert cette passion pour le dessin et, en particulier, le graffiti ?

DeuxBen de Rennes – Comme la danse, le graffiti faisait partie de la vie de quartier, les jeunes découvraient ce milieu assez facilement. Je n’ai pas eu à me diriger spécialement vers lui, c’est plutôt le graff qui est venu à moi. Je dessinais déjà depuis tout petit, mais en entrant dans ce milieu artistique, j’ai découvert un monde qui me plaisait vraiment. Je me suis alors mis à travailler plus régulièrement afin de développer un style. 

J’ai appris le Graffiti comme un jeune autodidacte, à partir de rien sur un mur

Unidivers – Pourquoi le blaze Deuxben

Deuxben de Rennes – Originaire de Nice, il était compliqué de prendre simplement Ben, car l’empreinte de cet artiste (Ben Vautier, dit Ben) y est très présente. Je trouvais que Deuxben sonnait mieux que Ben deux. Au départ je l’écrivais 2BeN, mais j’ai choisi la version lettres en le reprenant afin de créer un décalage avec les noms courts du graffiti qui permettent d’écrire plus vite… 

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Unidivers – Du graff dans la rue, vous êtes passé au graphisme et collage. De quelle manière s’est déroulée la transition ?

DeuxBen de Rennes – J’ai connu une période de pause où je n’ai quasiment pas peint, pendant six ou sept ans. Seulement quelques peintures avec des copains, une ou deux par an, peut-être moins. J’ai eu envie de reprendre le dessin dans la rue en arrivant sur Rennes et comme je ne savais pas vraiment comment me lancer, j’ai commencé à coller ces grands bonshommes totémiques sur les murs de Rennes. Au final, les gars que j’ai rencontrés ici pratiquaient beaucoup donc le graffiti est revenu tout seul.

Peindre sur du bois ou une toile, une feuille A4 ou un mur, les approches et les supports sont différents, mais le trait de dessin reste le même. Le mur c’est la base pour moi. Il permet de grands gestes alors que les toiles sont plus restrictives.

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Unidivers – Les silhouettes filiformes aux contours épais et couleurs vives sont caractéristiques de votre travail. De quelle manière votre style s’est-il développé ?

Deuxben de Rennes – Quand on regarde ma participation au Ten Years Challenge sur Instagram (le principe est de prendre une photo de soi il y a dix ans et de la comparer avec une photo d’aujourd’hui, ndlr), on voit une évolution dans la façon de travailler entre le dessin de 2009 et celui de 2019, mais la base est restée la même : des formes simples avec des traits épais. Pratiquer le graffiti crée quelque chose dans le dessin, une patte qui reste même si l’on finit par travailler sur papier. Les compositions de textes et d’images dans le design graphique m‘intéresse aussi beaucoup.

Je préfère les gestes lâchés du style cartoon à un travail plus léché et dans le détail. Cette technique permet une rapidité dans le mouvement et la réalisation de formes simplifiées, mais agréables à l’œil. L’artiste Aero et moi avons déjà eu l’occasion de peindre ensemble plusieurs fois. Son travail est plus tourné vers l’hyperréalisme, donc on ne peint pas de la même façon. Il réalise une peinture pendant que j’en fais deux grandes. Cette approche fait partie de moi. J’aime voir le dessin avancer rapidement ; d’où les constructions basiques et les traits synergiques.

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Challenge Ten Years de Deuxben de Rennes : à gauche 2009 – à droite 2019

Je pense toujours à réaliser un dessin avec les traits les plus simples qui glissent le plus facilement possible

Unidivers – D’où vous vient l’idée de peupler les rues de collages de bonshommes filiformes ? Ils sont ressemblants, mais en même temps différents par leurs attributs.

Deuxben de Rennes – Il ne s’agit pas d’une seule personne, mais de plusieurs avec les mêmes allures. Un peu comme nous, on est différents, mais semblables. Pour autant, je ne me définis pas comme engagé, car selon moi, cela limite les potentialités et les axes de créations possibles. Après, il ressort certainement quelque chose de mes dessins – c’est sûr (rires).

Les collages des silhouettes renvoient à l’idée de « coller les murs ». Le quartier dans lequel j’ai vécu n’existe plus, il a été totalement rénové. Et à l’époque, des gars peignaient les murs. Quand je suis repassé 10 ans après, des amis étaient toujours au même endroit. On peut aussi y voir l’idée d’observer la foule passante. La démarche reste volontairement dans le flou, car je n’aime pas être dans le vif et le tranché. Chacun y voit ce qu’il veut et le dessin reste open à la vision de tous. Il y autant de versions et d’avis qu’il existe de passants au final. C’est ce qui m’intéresse.

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Unidivers – En tant qu’autodidacte, avez-vous des références ou/et inspirations qui vous ont suivi durant votre apprentissage ?

Deuxben de Rennes – Je m’intéresse à beaucoup de choses aujourd’hui donc c’est un mélange de diverses inspirations et il est parfois difficile de donner des sources en particulier. Quand j’étais jeune et qu’on peignait dans la rue – dans les dépôts de trains, le long des murs sur les rails ou sur l’autoroute, pratiquer le graffiti était interdit, mais on avait quand même des références. On regardait ce que faisaient les pionniers comme Lazoo, Mod2, les anciens inspiraient les plus jeunes. Avec les réseaux sociaux, le monde s’est ouvert et avec lui, un accès aux artistes des quatre coins de globe. On peut facilement découvrir les graffiti d’Asie, des pays de l’Est, une abondance d’inspirations que l’on avait pas dans les années 90.

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Unidivers – Depuis plusieurs années déjà, on parle de démocratisation du graffiti, du street-art, notamment avec son entrée dans les galeries d’art, les ventes aux enchères, etc. Cependant, tout le monde n’est pas d’accord quant à sa place dans l’art. Qu’en pensez-vous ?

Deuxben de Rennes – Le graffiti est comme tous les grands mouvements picturaux. Sa forme artistique s’est construite dans les années 60 à Philadelphie et n’a cessé d’évoluer avec les artistes de la scène urbaine. Comme ce mouvement est en vogue ces dernières années, des puristes se demandent si des personnes n’entrent pas dans ce milieu pour de mauvaises raisons ; cela crée effectivement des tensions, mais personnellement je ne la ressens pas plus que ça. Le milieu est composé d’individualités totalement différentes, comme c’était déjà le cas dans les années 90. Les gars de quartier, les bourgeois, les skateurs, les métaleux, etc., on était à la fois tous différents, mais réunis dans ce mouvement.

Entrer dans les collections d’un musée ou d’une galerie peut être vu comme une manière d’officialiser le mouvement alors si la personne est d’accord et que le travail le mérite, pourquoi n’auraient-ils pas aussi leur place ? Ce n’est que mon avis, mais peu importe les raisons, le graffiti est un mouvement protéiforme qui a autant sa place dans les musées que dans la rue où il peut partir artistiquement dans tous les sens. Il est assez costaud pour ça et c’est justement ce qui fait sa richesse. On n’est pas dans ce qu’a été la tecktonik pour la danse (rires).

Je ne sais pas dans quelle mesure c’est possible, mais il serait peut-être intéressant pour les musées d’acquérir des œuvres anciennes, de vieux travaux de graffeurs sans se concentrer seulement sur les gros artistes. Investir dans ce champ, extrêmement riche dans les années 80, dans le but de retracer une histoire à l’aide d’œuvres originales ne peut être qu’intéressant. Les mecs qui se situent aux origines du mouvement ont réellement pratiqué dans la rue avec des raisons saines. Simplement la passion, l’envie et pas motivés par la gloire. L’artiste Mod2 a commencé en région parisienne au début des années 80 et fait partie de la première génération du graffiti européen. Il est aujourd’hui commissionné pour de gros budgets et peut vivre facilement de son art. La renommée internationale de cet artiste est méritée. Maintenir une carrière aussi longtemps est extraordinaire.

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Avec deux amis, nous avons fondé Robien Les Murs en 2017, un projet associatif de mise en couleur d’un quartier à Saint-Brieuc. On y invite des artistes d’horizons divers à exprimer leurs talents, avec la complicité des habitants et commerçants. 

Unidivers – Une nouvelle collaboration avec le photographe Swan arrive prochainement sur votre site. Des nouveaux projets se concrétisent ou des envies pour la suite ?

Deuxben de Rennes – Comme mon frère est photographe, nous travaillons parfois ensemble sur des projets qui mélangent photographie et dessins. Par contre, tous les projets d’ordre pédagogique ont malheureusement été annulés ou reportés avec l’épidémie. Les ateliers en milieu scolaire prévus se dérouleront finalement à la rentrée et j’avais une intervention prévue en prison ; donc nous allons voir si c’est possible de la reporter en septembre ou octobre.

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Curiosité soutenue, collaboration avec avec le photographe Swan

Hormis les peintures murales chez les particuliers, il m’arrive d’avoir des commandes de personnes qui me demandent de refaire en petit format un graffiti aperçu dans la rue. Dans ce cas-là, j’essaie d’aborder le thème de la même manière, mais le dessin sera différent. Je ne redessine pas exactement le même visuel sinon une impression suffit (rires). Retravailler une composition avec le même thème m’emballe moins que la première fois. Par contre, je réalise régulièrement des peintures tirées du thème des Foules. Je ne fais pas que ça, mais ce thème reste agréable à travailler. Le geste et la composition changent pour s’adapter à l’espace donc l’approche est différente à chaque fois.

J’organise également une exposition à la P’tite Galerie de Châteaugiron, visible les mois de juin et juillet. Elle se trouve à côté de l’Office du Tourisme. Normalement, j’ai aussi l’autorisation de peindre un mur qui jouxte la galerie. C’est un support assez marrant ; l’idée est de réaliser un grande toile et de la changer deux ou trois fois pendant l’exposition. C’est intéressant de développer ce genre de projets en parallèle de l’exposition, les gens ne sont pas encore forcément habitués. 

Ruralisme, exposition à la P’tite Galerie de Châteaugiron
Du 03 juin au 30 juillet

OFFICE DU TOURISME DE CHATEAUGIRON – 2 rue Nationale, 35410 Châteaugiron

Tél : 02 99 37 89 02
Email : office.tourisme@pcc.bzh

 

Site Deuxben de Rennes

Deuxben de RennesFacebook / Instagram 

Projet Robien les MursFacebook  / Instagram

 

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