Une année s’est écoulée depuis le dernier passage de la Mezzo rennaise, Stéphanie d’Oustrac, à l’occasion d’un beau concert donné avec Héloïse Gaillard et son ensemble Amarillis. Pour être plus précis, c’était le 8 octobre 2019 et l’on s’en souvient encore. Ce n’est pas le seul retour dont le public pourra se réjouir, puisqu’à la baguette, ce n’est rien moins que l’excellent Rudolf Piehlmayer qui revient. On se remémorera un tempétueux « Vaisseau fantôme » en juin 2019, comme d’un « Lohengrin » en 2015, tenus de main de maître.

stéphanie oustrac

Délaissant les folies amoureuses de son dernier passage, c’est à des ambiances plus apaisées que notre interprète se consacre et le titre du récital « Idylles » est un assez bon résumé. De manière un peu contradictoire, Stéphanie d’Oustrac a bâti son récital autour de musiciens plus connus pour leurs emportements, à ne pas dire pour la violence de leurs propos que pour leur sagesse, mais en sélectionnant les moments de douceurs, de pure musicalité et même de méditation dont ils sont capables.

stéphanie osutrac

C’est vrai, la qualité de la musique de Gustav Mahler, d’Hector Berlioz ou même de Richard Wagner ne se mesure pas aux décibels et Stéphanie d’Oustrac va nous en faire la plus convaincante démonstration pendant les une heure et vingt minutes que durera le voyage musical auquel elle nous convie.

Le Wesendonck lieder n°5, Traüme pour voix et orchestre, ouvrira donc la soirée, devant une assistance clairsemée et attentive. N’allez pas en conclure que le public rennais n’avait pas démontré assez d’intérêt pour l’invitation de notre Mezzo, mais, distanciation oblige, Stéphanie d’Oustrac se produisait deux fois par soirée (18h et 21h), et cela les deux jours de suite, pour permettre à un maximum d’auditeurs d’assister à son tour de chant. Dans le cas très particulier de son métier, c’est plutôt courageux et il faut lui en rendre hommage.

stéphanie osutrac

Dans la foulée Rudolf Pielhmayer, dirigeant d’une main experte et pleine de nuances l’Orchestre National de Bretagne, entraîne le public dans les subtils méandres d’un toujours fascinant Adagietto de la cinquième symphonie de Gustav Mahler. Aux images que nous propose notre imaginaire se mêlent celles de la Sérénissime, tant cette œuvre est pour le grand public irrémédiablement liée à Venise et à l’œuvre cinématographique de Luccino Visconti, La mort à Venise. Un instant extatique !

stéphanie oustrac

Le public un peu groggy et encore sous l’influence des sinueuses mélodies de Malher, salue le retour sur scène de Stéphanie d’Oustrac qui nous ramène à la réalité avec les séquences contrastées et romantiques de « Nuits d’été pour mezzo soprano et orchestre » d’Hector Berlioz. Soyons honnêtes, elle y est parfaitement convaincante et nous offre une interprétation intelligente et habitée. Bien servie par une diction claire et soignée, elle nous conte une série de petites histoires qui vont de l’insouciance des amours printaniers, à la solitude et à la mort. Inspirées par six poèmes de Théophile Gautier extraits du recueil « La comédie de la mort » ces mélodies furent créées en 1841.

Les différents titres en sont plein de charme : « Le spectre de la rose, Sur les lagunes, L’absence, Au cimetière, L’île inconnue. » Elles sont pourtant beaucoup plus que la simple mise en musique de textes d’un poète par un musicien avec lequel il partageait une réelle amitié, elles sont un véritable manifeste de ce que l’avenir appellera, « la Mélodie Française », et Berlioz en écrivant ces pages fixe sans vraiment le savoir, les traits d’une nouvelle esthétique. Charles Gounot, Gabriel Fauré ou même Henri Duparc sauront retenir la leçon. Pour clôturer cette belle soirée le maestro Piehlmayer reprend les rennes de l’OSB pour nous ramener dans le giron de Richard Wagner, et le terme est choisi à dessein, puis qu’avec, « Siegfried-idyll », le maître de Bayreuth nous offre une œuvre rare, teintée de douce intimité. Loin des emportements et de la furia d’un romantisme allemand parfois surhumain, cette délicate pièce uniquement instrumentale, est un cadeau offert à Cosima, pour son trente-troisième anniversaire. Loin des cors et des timbales, c’est une charmante berceuse qui exprime l’amour avec tendresse et retenue. Rudolf Piehlmayer, l’orchestre national de Bretagne et bien entendu, Stéphanie d’Oustrac, ont été chaudement et justement applaudis pour cette prestation plus que convaincante.

0péra de Rennes, les 7 et 8 octobre 2020.

Site de Stéphanie d’Oustrac

Site d’Amarillis

DISTRIBUTION Orchestre National de Bretagne

Direction : Rudolf Piehlmayer

Mezzo-soprano : Stéphanie d’Oustrac

PROGRAMME :

RICHARD WAGNER Siegfried Idyll.

HECTOR BERLIOZ Les Nuits d’été pour mezzo-soprano et orchestre.

GUSTAV MAHLER Adagietto.

RICHARD WAGNER Wesendonck Lieder no. 5, Traüme pour voix et orchestre

RÉSUMÉ Nul besoin de présenter la célèbre mezzosoprano Stéphanie d’Oustrac. Née à Rennes, ancienne élève du Conservatoire à Rayonnement Régional, elle est connue pour ses interprétations des grandes héroïnes de l’opéra sur les scènes les plus prestigieuses du monde. Avec l’ONB, elle propose un concert dédié à la grande musique, dans une forme intimiste. Des Nuits d’été, sans doute la partition la plus poétique de Berlioz, à la musique de Gustav Mahler reprise par Luchino Visconti dans son film Mort à Venise, ce programme donne à voir toute la palette d’émotions de la grande époque de l’art européen.

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