Gérard de Nerval, Pierre Loti, Alexandra David Néel, Jack Kerouac, Sylvain Tesson et quelques autres… Chacun se fait une idée de ce à quoi ressemble un écrivain voyageur. Inclassable entre tous, Henry de Monfreid fut à la fois aventurier, navigateur, écrivain, contrebandier d’armes et de haschisch, négociant en perles, commis en cuir et cafés… Après mille vies réunies autour d’une même passion : la mer et une certaine idée de la liberté, rien d’étonnant à ce qu’il soit aujourd’hui encore lu et apprécié par la nouvelle génération. Guillaume de Montfreid, son petit-fils, présente un recueil d’inédits illustrés de multiples dessins et photographies : Hymne à la mer.

« À tout âge, la mer a exercé sur moi un effet magique, elle est comme un serpent qui me fascine et m’attire. J’ai grandi auprès d’elle et les sommeils de mon enfance ont été bercés du grondement de ses vagues… »

Henry de Monfreid À sa disparition en 1974, Henry de Monfreid avait fait publier l’essentiel de ses écrits. Seuls quelques inédits posthumes furent exploités entre 1978 et 2011, principalement ses lettres et journaux de bord. Hymne à la mer est donc composé de passages jusqu’alors inutilisés, pour l’essentiel écrits bien en amont de ses premiers voyages, en particulier des poésies adolescentes, des extraits de carnets scolaires, on y trouve aussi quelques rares passages encore inédits de son journal intime, et certains extraits de ses nombreux journaux de navigation. Une pioche-piocha qui ravira les amateurs et décevra les autres, ou l’inverse, car si l’on y retrouve la faconde d’une plume travaillée avec la précision du navigateur, le manque de cohérence générale peine parfois à investir la lecture. Certes, quelques très beaux poèmes imposent force et respect. Idem en ce qui regarde les fac-similés de lettres sur papier à entête des anciens comptoirs français. On y découvre une écriture douce et régulière. Mais voilà bien l’intérêt second du livre, car ce qui retiendra l’attention des passionnés, c’est avant tout la surprise des nombreux dessins et crayonnés posant l’auteur en artiste multiple, auxquels s’ajoutent une quarantaine d’aquarelles et d’exceptionnelles photographies (nous sommes au début des années 20) retravaillées en couleur sur plaque de verre. Monfreid écrivain, dessinateur, peintre, aquarelliste et photographe, une manière de multiplier les talents d’un homme qui en avait déjà beaucoup. La mer à l’écrit. La mer en illustration. La mer à chaque page pour, en fin de compte, un très beau livre malgré un effet « ultime compilation » qui donne envie de (re)lire son œuvre. Voilà bien l’essentiel.

Jérôme Enez-Vriad

 

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