Henry Montaigu (1936-1992) aura traversé un demi-siècle en navigateur solitaire même si quelques Amis lui prêtèrent escorte. L’auteur du Cavalier bleu était une des dernières grandes figures qui incarnaient l’idée royale en France, sur les traces de Joseph de Maistre et de Georges Bernanos. La royauté est une solitude.

Porteur de l’idée royale, Henry Montaigu était néanmoins étranger au royalisme politique et à ses chapelles. Il disait : « Être royaliste, ce n’est pas être dans la marge obscure de l’attente, mais au centre d’un événement qui porte en soi tout événement ». Ou encore : « L’appel à la royauté est permanent. C’est le régime naturel et surnaturel de la France. Parce que la France est d’abord une disposition spirituelle. Ce n’est ni une nation, ni un État, ni un Empire, c’est un Royaume, c’est-à-dire, en premier lieu, un déploiement providentiel ». Certains, bien sûr, n’y liront que du feu. Il est vrai qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Roi.

Combat métapolitique

Henry Montaigu aura bataillé dans l’arène publique, vaille que vaille, une dizaine d’années. Une décennie, à vrai dire, mythique pour ceux qui la connurent. Henry Montaigu a alors 43 ans. C’est un inconnu qui vient de loin. Il a publié quelques poèmes hermétiques et des études sur de hauts lieux d’élection (Rocamadour, Reims, Paray-le-Monial, l’Histoire secrète de l’Aquitaine). Mais surtout, depuis 25 ans, il arpente le monde du théâtre. Bref, quand il déboule sur la scène publique, avec son compère d’alors, Luc de Goustine, l’auteur du bréviaire pour « combattants du petit matin », Le Printemps, la Commune et le Roi, il le fait en artiste-poète-historien  de cour d’amour. Mais pour certains déjà, cet homme-là est un heureux présage. On pressent qu’il n’est pas venu là par hasard ou en simple spectateur. Il va en découdre. Il est déjà armé pour cela.

Au début des années 1980, Henry Montaigu prend ses marques. Il est même à l’ordre du jour. Il publie un roman, La comtesse prodigieuse, deux livres sur La fin des féodaux, le si beau et si intime Prince d’Aquitaine, dont la suite se trouve amplifiée, ordonnée, dans René Guénon ou la mise en demeure et Culture d’apocalypse  sous l’intitulé générique de Guerre sainte. Mais aussi les poèmes du Mandat du ciel  — et surtout : Le Cavalier bleu. Titres emblématiques pour une parole jusqu’alors trop contenue. Cette mise en lumière, cette « répétition générale » annoncera la création de la revue La Place Royale. Et ce, en compagnie de Gérard de Sorval, ce hérault d’armes des trois lys et auteur de la magique Marelle(*), et de quelques autres comme Paul Barbanegra, le sublime réalisateur des douze films sur L’architecture et la géographie sacrée. Mais la paternité mythique revient au « Cavalier bleu ».

Numéro 1, janvier 1983. Y prennent rapidement position : Philippe de Saint-Robert, Christian Charrière, Jean Phaure, Jean-Loup Bernanos avant que Philippe Barthelet et Luc-Olivier d’Algange, entre autres, ne les rejoignent. L’Amitié étoilée règne. La configuration providentielle se déploie. Le feu d’artifice a commencé : des « spéciaux » Bernanos, Thibon, Guénon, de Roux. Vingt numéros où une époque parla !

Au cœur de son Grand Œuvre : Le Cavalier bleu

henry-montaigu-cavalier-bleuLe combat métapolitique d’Henry Montaigu se sera accompagné aussi pendant vingt ans de la publication d’une vingtaine de livres. Au beau milieu, en 1982 ce fut Le Cavalier bleu. « Ce livre rêvé depuis l’enfance, l’héritage Aquitaine, ma principauté de rêve ». Il apparaît comme la figure centrale et testamentaire de l’œuvre, en pleine coïncidence avec l’être profond de son auteur. « C’est un livre étendard et un livre labyrinthe … Il contient tout ce que je sais, tout ce qui m’est possible de transmettre à toutes sortes de niveaux. C’est un poème, un roman, une chronique et une doctrine … C’est une mise en action de la mythologie française. Pour moi c’est l’aboutissement de ma longue marche intérieure, entre l’Histoire et l’Apocalypse, toutes deux dépassées », confiait-il.

Ses premiers livres, La Chronique du Roi dormant et L’Arbre de Justice, parus en 1971 et 1972, s’intitulaient d’ailleurs déjà Le Cavalier bleu. Ce sont des extraits de la première version. Et, curieusement, ses deux derniers écrits publiés, Le graduel du Roi dormant  et Le traité de la foudre et du vent, retrouvent cette veine jamais perdue.  Comme s’il fallait clore ainsi le chapitre. Comme un retour à l’origine. Il est vrai qu’Henry Montaigu était revenu ces toutes dernières années dans son pays de naissance et de connaissance. Né à Marmande, il s’éteint en 1992 à quelques pas, à Lavardac et repose à Ambrus, le pays du Cavalier bleu.

Si Le Cavalier bleu  est bien la pierre centrale de son Grand Oeuvre, tous ses ouvrages qu’ils soient dits historiques, critiques, romanesques ou hermétiques, portent aussi la marque d’une Unité supérieure, la réfraction d’un Principe unique. Assurément, peu d’œuvres auront été à ce point douées de cohérence.

Henry Montaigu, cavalier bleu
Henry Montaigu

Henry Montaigu ou le cavalier bleu. Henry Montaigu ou le prince d’Aquitaine, « Quêteur du Saint Graal et chercheur de noises ». Où est-il ? « Sur l’Espace Prophétique, sur le chemin des crêtes, sur le chemin de joie, sur l’étoile infaillible où rien n’arrive ! » Ce qui restera ? Beaucoup, certainement, tant l’œuvre est à la fois intemporelle et singulière. L’ignorance, si scandaleuse, dans laquelle on l’a tenu ne vaudra pas de toute façon pour les âmes éveillées. On lira encore très longtemps Henry Montaigu, un de ceux qui savent fournir le mot de passe à des générations de mousquetaires.

La vie d’Henry Montaigu fut un mystère, comme on en écrivait au Moyen-Age ; son œuvre, une mythologie agissante de l’esprit français ; son combat, une mystique du Royaume.

Olivier Gissey

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(1) Gérard de Sorval, La Marelle ou les  sept marches du paradis, Col. Histoire et Tradition, éd. Dervy, 1985

 

 

ŒUVRES DE HENRY MONTAIGU

Œuvres hermétiques

Chroniques du Roi Dormant (1971) – L’Arbre de Justice (1972) – Le Mandat du Ciel (1980) – La Sagesse du Roi Dormant (1986), La Place Royale – Le Cavalier bleu (1982), Denoël – Le Graduel du Roi Dormant (1990), La Place Royale – Traité de la Foudre et du Vent (1991), La Place Royale.

Œuvres critiques

Le Prince d’Aquitaine (1980) – René Guénon ou la Mise en Demeure (1980), La Place Royale – Culture d’Apocalypse (1989), La Place Royale.

Œuvres romanesques

La Comtesse prodigieuse (1980), La Table Ronde

Œuvres historiques

Reims (1976, rééd. 1990, La Place Royale) – Paray-le-Monial (1979, rééd. 1990, La Place Royale) – Toulouse (1995), Éd. Claire Vigne – La Fin des Féodaux (1980) O. Orban – La Guerre des Dames (1981) O. Orban – La Couronne de Feu – Symbolique de l’Histoire de France, Éd. Claire Vigne, La Place Royale, 1995.

Œuvres prétextes

Rocamadour (1974, rééd. 1991 La Place Royale – Histoire secrète de l’Aquitaine (1979) Albin Michel – Arcanes et destins des châteaux de la Loire (1987), La Place Royale.

Œuvres dramatiques

Théâtre fugitif (1971) – Princenoir (1972) – Barbe-Bleue (1984) – Le Chevalier, l’Arbre et la Source (1985) – Les Trois couronnes du Roi Arthur et de l’Enchanteur Merlin (1985) (Non disponibles en librairie)

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