Ne vous fiez pas à la couverture accrocheuse et très « grand public » susceptible de desservir ce roman historique. Ce récit de la vie de Henry VIII est captivant et instructif. Harriet Castor est depuis des années passionnée par l’histoire des Tudors. Elle a choisi, plutôt que d’écrire une bibliographie classique, de dresser le portrait psychologique de ce roi sanguinaire, qui inspira le personnage de Barbe-Bleue, en le faisant lui-même narrer son histoire…

C’est donc Henri qui parle. C’est un enfant, fragile, un peu collé aux jupes de sa reine de mère, craintif et surtout mal aimé de son père qui n’a d’yeux que pour Arthur, son frère ainé appelé à devenir roi un jour. Pas facile d’être le second et de n’être rien… sauf si le grand frère venait à mourir ! Henri est sujet à des terreurs incontrôlées qui semblent prendre naissance alors qu’il est retranché avec sa mère dans l’affreuse tour de Londres. Il voit un enfant malingre et chétif, qui semble terriblement réel, mais disparait dès qu’il s’approche. Cette vision le suivra toute sa vie, prenant une ampleur catastrophique à la fin, où il semblera complètement fou. Pourtant, c’était un enfant intelligent, doux et doué… Mais qui jamais ne pourra oublier la prédiction entendue dans son jeune âge et qu’il prit pour argent comptant : un jour, un élu viendra, envoyé directement par Dieu et sera roi. Il est persuadé qu’il est cet élu attendu et de ce fait, toute sa vie, il attend la réalisation de cette prédiction.

Harriet Castor VIIICet être au départ plutôt attachant devient au fil des années aigri, froid, et même violent. Sa cruauté n’atteindra plus de limites à la fin de sa vie, frôlant la folie pure, alors qu’il était auparavant considéré seulement comme original et lunatique. On se prend à aimer malgré nous ce pauvre gars en proie à ses démons et qui ne parvient pas à surmonter le fait de voir son avenir barré. Le choix d’une narration en « je » y est pour beaucoup, faisant bien ressortir les tourments de cet homme, ses angoisses, ses espoirs, sa fragilité qui perce sous la carapace d’homme intraitable. Le fait de le nommer Hal, le gentil surnom donné par sa mère, le rend également plus humain, très accessible. Le lecteur s’attache à lui au fil des pages, même s’il comprend que cette histoire ne pourra avoir d’issue heureuse, que la folie devient trop forte pour ne pas finir en drame. Ses rêves de conquêtes, de pouvoir et d’honneur tombent en lambeaux au fil des ans et l’empire lui échappe alors que les visions se rapprochent et le terrorisent de plus en plus.

On peut se poser la question de l’édition d’un tel roman historique dans la catégorie jeunesse, car même s’il est bien écrit, et très agréable à lire, il semble être toutefois destiné à de bons lecteurs, à partir d’une quinzaine d’années. Mais ce serait un plaisir de savoir que les jeunes s’intéressent à l’histoire et apprécient ce genre de roman, qui change bien des vampires et autres histoires souvent débilitantes qu’on leur sert trop souvent…

Harriet Castor VIII, Romans et nouvelles, Ma éditions, Paris, mai 2013, 420 pages, 20€

 

 

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