Présentation. Depuis sa mort, voici un demi-siècle, la stature de Céline n’a cessé de croître : qu’on le veuille ou non, il est un des auteurs majeurs du XXe siècle, un des plus lus, des plus commentés et assurément des plus disputés. Céline a inventé une manière entièrement nouvelle d’écrire le français. Son Voyage au bout de la nuit a été ressenti comme un choc, comme une révolution dans la manière de dire par le roman l’expérience humaine. C’est son oeuvre de polémiste qui devait plus tard lui aliéner durablement nombre de lecteurs. Mais peut-on vraiment dissocier le génie de l’écrivain des violences de l’homme ? Pour Henri Godard les deux sont inséparables. Cette biographie se propose précisément de retracer le chemin de la vie à l’oeuvre, tout comme elle s’efforce de pénétrer le secret de cette existence à l’épreuve du travail de l’écriture. Elle part à la découverte des vérités contradictoires de Céline, que restitue par fragments, de l’enfance à la mort, une abondante correspondance récemment réunie. C’est un portrait souvent inattendu qui se dessine peu à peu : de l’enfant sage et affectionné du Passage Choiseul au reclus de Meudon, en passant par le jeune commis de boutique, le cuirassier à jamais marqué par la guerre, le médecin des quartiers pauvres, l’antisémite furieux, le prisonnier de Copenhague… mais aussi l’amoureux de la mer et des ports, le copain qui adore parler sexe, enfin, le plus méconnu, l’homme qui mit le corps féminin et la danse au centre de sa vie. Au fil des pages et des années, c’est une figure plus intime, plus complexe, plus déchirée aussi, que découvre le lecteur. Cet itinéraire hors du commun échappe décidément aux simplifications péremptoires.

Céline est en ce moment le nom à la mode dans le monde de la littérature, anniversaire oblige évidemment. Et c’est une biographie de plus qui arrive sur les étals de nos bouquinistes favoris.
Et elle est de qualité, car l’auteur, au lieu de nous pondre un pavé fourre-tout, a fait le choix de montrer comment l’auteur s’est construit à travers sa littérature.
Aucune surprise, car l’ouvrage ne contient aucune révélation, tout est dans l’écriture et la façon de raconter son histoire et aussi le choix de ce qui est raconté. Car comme dit plus haut, cette bio n’est pas exhaustive, mais le résultat d’un tri dans la vie tumultueuse et grandiose d’un être hors normes.
Pour parfaire ce point-là, on notera le survol d’un des pans les plus fameux de la vie de notre auteur : l’échec au Goncourt de 1932. Il faut dire que l’histoire a été matraquée des centaines de fois.
Le contenu est brillant et lumineux, justement par l’existence de cette sobriété de l’essentiel. Aucun mauvais goût, aucun jugement, aucun racolage. La beauté au service de l’essentiel.
On grandit exactement en même temps que l’immense écrivain, le rythme de la lecture rythme la phase de l’envol. Intéressant, mais ce qui compte vraiment dans la vie de cet homme, c’est son tournant pamphlétaire. Et l’analyse de cette partie de la bio était mon point le plus attendu, comme dans toutes les bio sur Céline d’ailleurs. Et c’est l’extase, jamais, oh jamais, le basculement de notre auteur dans l’antisémitisme n’avait été aussi bien expliqué.
La démonstration est brillante. L’analyse des correspondances est aussi très bien détaillée. Une jolie façon de faire comprendre un homme inclassable et une œuvre qui ne l’était pas moins. Plus qu’une biographie à part entière, c’est un joli complément à ce qui existe déjà. Le défaut : si c’est votre première lecture d’une œuvre du genre sur cet auteur, vous aurez sans doute l’impression d’un manque.

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