QUAND HAROLD CUMMINGS PREND LA TANGENTE ET VIT SON ADOLESCENCE A 60 ANS …

Et si on voyait tout valser, les codes, les habitudes, et si on s’affranchissait un moment, un seul, pour aller au bout de soi-même et peut-être se découvrir autrement, plus authentique, avec l’illusion de la liberté totale…

Harold cummings prend la tangente

L’éducation transmise aboutit généralement à ce que nous devenons, à ce que nous sommes, à ce que nous transmettons ensuite à notre tour. Parfois tout se déroule ainsi, sans que nous ne remettions nécessairement en cause quoi que ce soit. Mais parfois, les choses se grippent et on envoie tout valser. Ça c’est à l’adolescence, quand on traverse cette période transitoire où, troublés par nos hormones, nous voudrions tenter autre chose que les schémas de nos parents, notamment en matière de relations avec nos amis, nous petites ou petits amis, mais aussi nous rêverions de nous opposer à tout, ne serait-ce que pour affirmer la force de notre caractère, asseoir notre identité, prouver au monde, aux autres que nous sommes capables de libre arbitre. Penser par soi, pour soi et non se montrer conforme aux diktats de nos aînés.

Et si cette période de remise en question se passait plus tard, quand on a, toute sa vie durant, été fidèle à l’éducation reçue et observée pendant longtemps. Trop longtemps, beaucoup trop longtemps. C’est ce qui se passe dans la tête de Harold Cummings, qui, a soixante ans, décide de prendre la tangente. Ce jeune retraité de l’ingénierie, alors que sa femme Millie est partie soigner sa sœur Doris pendant plusieurs jours, décide de « devenir » enfin l’adolescent rebelle qu’il n’a pas été et qu’il regrette, alors qu’il arrive doucement à l’automne de son existence. Trop vite. Vont alors s’enchaîner à un rythme effréné des faits qu’il ne soupçonnait pas quelques jours auparavant et qui vont le transformer totalement. Pour le pire, peut-être ? Mais pas nécessairement…

Harold cummings prend la tangente
Steven Boykey Sidley

Le roman de Steven Boykey Sidley est également à tiroirs, car, si l’on suit avec une application presque scolaire l’évolution de notre anti-héros (qui finira par devenir un héros ordinaire presque malgré lui), l’auteur s’attache à nous dépeindre les caractères bien trempés et surprenants de son épouse si rangée, de ses enfants, partis au loin mener leur vie, rejetant celle-là même de leurs parents. Pour du mieux, pour du plus grand ? Pas nécessairement. Mais les aspirations des générations d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec celles d’antan. Encore que… Les repères, le cadre, l’attention, l’amour traversent les modes et les temps et moquent pas mal les époques. Évidemment, Harold Cummings paraissant toujours trop parfait, trop lisse, trop prévisible a fini par lasser les uns comme les autres. Même certains de ses amis…

Cette tragicomédie ne manque en tout cas ni de relief ni de couleurs. La vie de Harold Cummings va basculer tout comme la nôtre pourrait basculer si nous en avions le désir, si nous étions en capacité de lâcher-prise. Encore faut-il le désirer… Et nul besoin de s’afficher comme rebelle pour vivre l’extraordinaire. (Les choses passent de l’ordinaire à l’extraordinaire avant tout pour nous seuls). Au final, si notre homme passe quelques jours fous, goûtant à certains fruits défendus par la morale de bien-pensants souvent coincés dans leur certitude ou sous le diktat d’une religion, d’une politique, il n’en est pas moins généreux et doté d’un cœur immense, animé par le respect, la tendresse et la main tendue.

Mais pour partager cette expérience quelque peu surprenante pour un personnage en apparence si sage, il faudra l’accompagner dans son voyage initiatique, oui initiatique, oui celui-là même qu’il ne s’était pas autorisé en d’autres temps !
À lire pour sourire… À lire aussi pour réfléchir quant à nos trajectoires, nos désirs, nos frustrations…

Harold Cummings prend la tangente, Steven BOYKEY SIDLEY. Éditions Belfond – 270 pages. Parution : octobre 2018. Prix : 20,90 €. Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine Gibert.

Couverture : Atelier Dominique Toutain – Photo auteur Steven BOYKEY SIDLEY © DR

 

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