Quinze ans, deux membres en moins… Et pourtant ils tournent ! Et ils ne sont pas près de s’arrêter. SANTA CRUZ reprend la route pour son nouvel album NOW & HERE. L’aventure commence dans un petit village au fin fond du Morbihan ; sans doute le dernier endroit sur terre où l’on s’attend à rencontrer un groupe de rock. Reportage à Rochefort-en-Terre, dans les coulisses du quintet rennais.

 

La brume matinale qui enveloppe les rues d’un voile mystérieux s’évapore peu à peu à la chaleur des premiers rayons de soleil. Les premiers touristes font leur apparition. Entre deux maisons à colombages, une ancienne salle paroissiale résonne d’une musique aux accents anglo-saxons. La musique s’arrête, puis recommence. « – Quelqu’un s’est planté ?! – C’est pas moi ! » Tant pis, on reprend. Les enceintes crachent du son et la lumière qui transperce les fenêtres fait danser la poussière dans ses rayons. Sur le sol, des câbles recouvrent les tapis persans. Ils ne sont plus que cinq, et seulement trois de la formation originale.

SANTA CRUZ now here

Pierre-Vital Gérard, chanteur, compositeur et guitariste, assis sur une chaise de bar, les yeux rivés sur la table basse. Quarante-sept ans, cheveux grisonnants et barbe de trois jours, mais toujours un look d’ado. Jacques Auvergne à la basse, l’aîné du groupe, chemise rouge à carreaux, ne tient pas en place. Et Thomas Schaettel, boucle d’oreille et bagouses, au clavier. Alex Tual, le batteur et le cadet du groupe, et Vassili Caillosse à la guitare ont rejoint le groupe un peu plus tard. Le groupe, c’est Santa Cruz. Le morceau, « Uneasy money ». Un cri du cœur ?

SANTA CRUZ now here

« On vit pas ça comme une galère parce qu’on maîtrise un peu ce qu’on fait, affirme Pierre-Vital Gérard. On est un groupe qui a toujours tout fait lui-même quasiment. On a créé notre label et on produit nos disques. C’est un principe qu’on s’est mis dès le départ. » Tout a commencé le 21 octobre 2002. Bruno Green, ex-leader du groupe, évincé suite à des tensions internes, organise une séance d’enregistrement qui aboutit à leur premier album : Welcome to the red barn. Santa Cruz est né. « Je ne me souviens plus comment nous est venu le nom, avoue Pierre-Vital. Mais ça n’a rien de religieux. On est tous athées, athées militants même. »

groupe SANTA CRUZ rennes

Militants, ils le sont, moins par leurs textes que par leur style de vie. Libre et indépendant. Des contraintes, il y en a, financières surtout, « Santa Cruz ne suffit pas à faire vivre un groupe en entier. C’est pour ça qu’ils sont obligés de jouer dans d’autres groupes pour vivre de la musique. Moi j’ai jamais été intermittent. J’ai un boulot à côté, un magasin de vêtements, mais je suis le seul dans le groupe. » Mais pour Pierre-Vital, les avantages compensent largement les inconvénients. « Des avantages, il y en a beaucoup. Si tu fais ça, tu n’es pas là par hasard. C’est forcément un métier que t’as choisi. Quand tu fais un métier qui te plaît, qui est en plus une passion au départ, tu peux accepter les inconvénients. »

SANTA CRUZ now here

 « Une passion », « une aventure humaine », « un couple », « une maîtresse » … À les entendre, jouer dans un groupe, c’est presque mener une double vie : celle de musicien et celle de père de famille. Les deux sont-ils compatibles ? Plus qu’on ne voudrait le croire, glisse Thomas Schaettel, en ce qu’il offre une rare liberté : « C’est un luxe que plein de gens n’ont pas. Donc, c’est vrai : il y a des moments t’es très absent, mais tu peux aussi faire le choix par moments d’être totalement présent. C’est vraiment toi qui décides. » Une carrière hors-norme qu’il revendique fièrement, même si la norme tend, d’après lui, à devenir obsolète. « Décider d’être un musicien, c’est vraiment un choix de vie, c’est un engagement par rapport à une société où on te demande toujours de rentrer dans le cadre du salariat ou de l’entrepreneuriat. T’es censé avoir, sinon des revenus fixes et réguliers, une activité qui est toujours la même. Donc quand tu fais ce choix-là, tu sais très bien que t’auras pas une carrière rectiligne. Et en même temps, plus personne n’est dans une logique où tu commences un boulot à vingt ans et t’en sortiras à soixante pour ta retraite. Donc finalement c’est pas beaucoup plus délirant que de commencer une carrière de plombier. »

SANTA CRUZ rennes

Six albums, un titre, « Game of pool », reprit par les Anglais d’Archive… Santa Cruz vit-il une « success story » à l’américaine ? « On n’a pas autant de succès que les gens pensent, admet Pierre-Vital. Oui, il y a une notoriété. Effectivement, on fait pas mal de concerts, mais ça reste une niche. En tout cas le public reste assez limité. Je pense qu’on peut atteindre vachement plus de personnes avec nos chansons. C’est pas de la musique expérimentale, c’est de la musique assez facilement accessible. On n’a pas eu la chanson qui va un peu ouvrir les portes et agrandir l’audience au-delà de ce qu’on a aujourd’hui. On est contents de ce qui se passe déjà, mais ça pourrait être plus. » De la frustration, mais un « désir », toujours là, « de continuer à être libre. »

Contact Tour : La Station Service​
Site : http://www.santacruz.fr/
​Contact: ben@lastationservice.org

Dates 2017

RENNES / UBU / 12/10/2017
BREST / Le vauban/ 26/10/2017
ORLEANS / L’Astrolabe / 02/11/2017
ALENCON / Chapel Mel / 03/11/2017
LYON / Le Kraspek / 09/11/2017
MONACO / Mediathèque / 10/11/2017
ROCHEFORT en TERRE / L’étang Moderne / 24/11/2017
TREDREZ-LOCQUEMEAU / Le Café Théodore / 25/11/2017

Samuel Grimonprez est étudiant en master journalisme à Sciences Po Rennes. Il commence à contribuer à différentes rédactions.

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