Au Grand Palais Niki de Saint Phalle est au cœur d’une rétrospective percutante et déchirante. Féministe énergique, la plasticienne française décédée en 2002 aura vécu une existence aussi tourmentée que la série d’œuvres qu’elle laisse à la postérité. Exposition consacrée à une plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films. Du 17 septembre 2014 au 02 février 2015.

 

Tu es un jardin verrouillé, ma sœur, ma fiancée, une source fermée, une fontaine scellée ! (Cantiques des cantiques)

niki de saint phalleC’est au milieu des années 1960 que Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, jeune et ravissante artiste, débarque et secoue un monde de l’art bien sage. Il faut dire qu’un lourd secret l’habite qui constitue un matériau en attente d’expression, de purification, d’hurlement.

Niki de Saint Phalle
Niki de Saint Phalle (1964) par Erling Mandelmann

Violée régulièrement par son daddy, son père, cet inceste laisse une marque au fer rouge dans sa chair, dans son âme et dans son esprit. Un fardeau dont elle ne se débarrassera jamais, même si elle s’emploie à l’alléger. Voilà que la douleur profonde se traduit en sculptures gigantesques où le ludique et le torturé se conjuguent intimement. Les couleurs acidulées adoucissent les formes plus éprouvantes d’un totémisme saignant.

niki de saint phalleC’est ainsi que ses fameux Tirs démontrent une maitrise du fond, de la forme et de la force évocatoire d’une expression corporelle qu’elle invente pas à pas comme prolégomènes aux performances de l’art contemporain. Et derrière la naïveté apparente de ses productions colorées, en proie à tout un peuple de créatures fantastiques, incubes et succubes affamés et excités, c’est l’homme social et politique aussi bien que l’homme intérieur et sexuel qui est monstré.

niki de saint phalle

Dans une scénographie exemplaire, le visiteur déambule au Grand Palais dans un labyrinthe de sucreries où la couleur se fait nappe d’émotion et les formes aspiration à une immano-transcendance, un temple intérieur aux murs scellés extérieurement et qui renferme le secret de la vie et de la mort. Son œuvre intitulé le Mur de la Rage fait figure de Cri déchiré et déchirant – un anti-hymen. Quant aux courts-métrages saupoudrés tout au long de la visite, ils complètent l’exploration de la femme et de son œuvre.

niki de saint phalleUne rétrospective remarquable qui creuse l’étendue d’une œuvre, explore les frontières d’une réalisation et fouille l’exubérance d’une âme souffrante en quête de délivrance.

Mais mon amant avance la main par le trou, et mon ventre s’en émeut. Moi, je me lève moi-même pour ouvrir à mon amant ! Et mes mains ruissellent de myrrhe, mes doigts de myrrhe fluide, sur les paumelles du verrou. J’ouvre moi-même à mon amant ! (Cantiques des cantiques, trad libre : Nicolas Roberti)

 David Norgeot et Nicolas Roberti

Exposition Grand-Palais Niki de Saint Phalle, Du 17 septembre 2014 au 02 février 2015.

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

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