Si Grace Coddington, fidèle collaboratrice d’Anna Wintour, a quitté ses fonctions de directrice artistique au sein de Vogue américain en ce début 2016, elle n’en a pas fini avec sa vision artistique de la mode. À soixante-quatorze ans, après trente ans de carrière dans ce magazine qui l’avait repérée comme mannequin à l’âge de dix-neuf ans, cette styliste britannique publie le second volume de ses meilleurs clichés, Grace, Les années Vogue américain. Le graphisme de la couverture, réalisé par Michael Roberts, ancien fashion editor au Vanity Fair et au New Yorker illustre l’originalité de cette magicienne de la Mode.

 

Grace Coddington VogueRévélée par le documentaire, The September Issue en 2009, cette femme plutôt introvertie et discrète est devenue un personnage public. Identifiable grâce à sa crinière flamboyante, Grace se reconnaît aussi au premier coup d’œil dans son œuvre. Elle est une « guerrière galloise mue par les émotions » qui transparaissent sur ses photos comme par magie.

Si le premier ouvrage, Grace: Thirty years of Fashion at Vogue paru en 2002 était « une ode à la narrativité dans la mode », ce second volume « met la mode au cœur du récit même de la vie. » Il rassemble plus de 300 images, séries effectuées entre 2002 et 2015 avec les plus prestigieux photographes (Annie Leibovitz, Steven Meisel, Bruce Weber ou David Sims) ou les jeunes talents émergents du moment comme Jamie Hawkesworth ou Karim Sadli. Grace Coddington y met en scène stars hollywoodiennes, mannequins les plus en vue dans un cadre poétique, teinté d’innocence.

L’avant-propos de l’actrice Saoirse Ronan cadre parfaitement Grace Coddington en louant la magie et « l’essence de Grace. » La styliste parvient à évoquer des histoires en photographiant des vêtements dans une atmosphère et un cadre prompt au rêve. Pour Grace «chaque photo est le maillon d’une chaîne narrative».

Grace Coddington
Arthur Elgort. Keira Knightley pour Comme des Garçons
Kenya, Juin 2007, Courtesy The Condé Nast Publications

D’une puissance créative largement influencée par le cinéma, l’art, notamment les peintres préraphaélites, la photo ou la littérature, Grace Coddington met en scène la mode avec un grand souci du détail. Dans ce magnifique livre, l’artiste évoque ses collaborations artistiques avec chacun des photographes, dévoilant souvenirs personnels et anecdotes. En pleine révolution numérique, Grace livre aussi sa réflexion sur l’impact de la transition de l’argentique au numérique. Si elle reste attachée à la magie de l’argentique, elle conçoit le confort du numérique malgré son peu d’attrait pour toutes les technologies modernes comme les portables, les réseaux sociaux et surtout les selfies. Elle trouve en Bruce Weber un inconditionnel de l’argentique, mais chaque photographe a sa particularité que Grace sait mettre en valeur.

Grace Coddington VogueSteven Klein illumine des vêtements classiques avec des clichés insolites arborant robots ou fleurs toxiques. Avec Peter Lindbergh, un photographe romantique, elle effectue une série autour du film d’Hitchcock, Fenêtre sur cour, et une série de photos au Maroc duquel il a su capter une incroyable lumière. Annie Leibovitz se surpasse devant l’exigence de Grace et réalise une série étonnante sur le thème d’Alice au Pays des Merveilles avec Natalia Vodianova dans le rôle d’Alice. Arthur Elgort capture l’instant dans chacune de ses photos. Il met de la vie dans ses clichés. Sa série au Kenya avec Keira Knightley est sublime. Chacun a son atout. Mikael Jansson crée l’illusion, Steven Meisel sublime les choses triviales, Tim Walker a ce côte fantasque. L’un met en valeur les cheveux (Inez van Lamsweerde), l’autre les chaussures (David Sims). Mert Alas et Marais Piggott affectionnent les pin up parfaites liftées par Photoshop et Karim Sadi préfère les mannequins superbes sans coiffure ni maquillage.

Grace Coddington
David Sims. Sasha Pivovarova in Alexander McQueen, Londres, 2008. Courtesy The Condé Nast Publications (page 394)

Connaissant parfaitement le tempérament de ses photographes, Grace sait aussi ouvrir les yeux et utiliser la culture américaine. Elle ne se définit pas comme moderne, mais plutôt comme visionnaire. L’important est d’avoir une longueur d’avance. Grace Coddington, exigeante, sensible à chaque détail a une vision unique. Quant à son approche de la mode :

Conceptuelle ? Elle se racle la gorge. Non, le côté « concept » m’ennuie à mourir. La mode ne se résume pas à avoir l’air cool. Je me dis ces temps-ci qu’une série mode est plus réussie si elle est vraisemblable. Et ce que l’on considère comme novateur aujourd’hui, c’est une allure « défaite », obtenue en faisant, puis en défaisant. Ce qu’il ne faut surtout pas confondre avec ce qui n’est pas fait du tout, bien entendu.

Ce superbe volume glissé dans un précieux coffret est un bel hommage au talent et au professionnalisme de Grace Coddington. Il ravira les amateurs de mode et de photographie qui y retrouveront les œuvres réalisées de 2002 à 2015 par quelques-uns des plus grands photographes de mode.

Grace : Les Années Vogue américain de Grace Coddington est publié aux Éditions Phaidon, Parution octobre 2016. Relié dans un coffret, 165 €,  295 illustrations couleur et noir et blanc, 408 pages

Photos : Mert Atlas & Marcus Piggott, Anton Corbijn, Patrick Demarchelier, Arthur Elgort, Jamie Hawkesworth, Mikael Jansson, Steven Klein, Annie Leibovitz, Peter Lindbergh, Craig McDean, Steven Meisel, Karim Sadli, David Sims, Mario Testino, Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin, Tim Walker et Bruce Weber.

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Grace Coddington Vogue
Grace en couverture de Vogue en 1962

Grace Coddington est née en 1941 à Anglesey au Pays de Galles (Grande-Bretagne). En 1959, à l’âge de 18 ans, elle s’installe à Londres après avoir remporté un concours de mannequinat organisé par Vogue, et intègre la scène mode des années 60. Elle poursuit sa carrière de mannequin jusqu’en 1968 où elle est appelée à rejoindre la rédaction du Vogue anglais. Elle s’installe à New York en 1987 pour travailler avec Calvin Klein comme directrice de collection. Un an plus tard, elle rejoint Anna Wintour au Vogue américain et devient en 1988 creative director du magazine. Grace Coddington s’est très vite imposée comme l’une des directrices artistiques les plus influentes du monde de la mode. Elle a publié plusieurs ouvrages : Grace: Thirty Years of Fashion at Vogue (2002/2015), le best- seller Grace: A Memoir (2012) et, avec son compagnon Didier Malige, The Catwalk Cats (2006).

Editions Phaidon 

 

Grace Coddington : les années Vogue d’une magicienne de la mode was last modified: novembre 28th, 2016 by Marie-Anne Sburlino

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