Le Graal est célèbre, mais connaît-on vraiment son origine ? Ciboire, calice, simple coupe ou grand plat creux ? Le mystère est dévoilé ici par Stéphanie Vincent.

 

 Le Graal apparaît vraiment pour la première fois à la fin du XIIe siècle, en plein Moyen Âge, dans un récit de Chrétien de Troyes intitulé : « Perceval ou le conte du Graal ».

Dans son fameux livre, le plus grand romancier du Moyen Âge raconte comment Perceval part à la quête du Graal, tout ceci à l’époque du roi Arthur.

Perceval, c’est le naïf parfait, mais son innocence est aussi sa force. Au cours de son apprentissage chevaleresque, il arrive dans un château, celui du Roi Pêcheur, et là, il voit défiler une lance qui saigne et un « graal ». Pourtant l’objet reste ô combien mystérieux…

On sait seulement que c’est un plat qui contient une hostie, hostie qui maintient en vie le père du Roi Pêcheur. À l’origine, le Graal est donc un symbole ambigu, qui se situe entre le profane (un plat, un objet courant) et le sacré (une hostie).

Ainsi, le graal n’est pas, à l’origine, un calice ou autre récipient liturgique, mais c’est un plat large et creux ! En effet, le mot « graal » viendrait du latin médiéval « gradalis » qui désigne un plat creux de service.

La bibliothèque des Champs libres de Rennes possède un véritable trésor : l’une des plus anciennes représentations imagées du Graal ! Dans ce manuscrit du début du XIIIe siècle de Robert de Boron, une enluminure figure justement le Graal comme un plat ! C’est l’une des rares illustrations du Graal en tant qu’objet commun et non sacré.

De même que l’objet « Graal » est double chez Chrétien de Troyes, de même la quête de Perceval a une symbolique qui se situe à la frontière entre deux mondes. En effet, « le conte du Graal » est à cheval entre deux univers : la chevalerie terrestre et la chevalerie céleste (« célestielle » pour reprendre le terme en ancien français). Les précédents romans de Chrétien de Troyes (« Erec et Enide », « Cligès », « Lancelot ou le Chevalier de la Charrette » et « Yvain ou le Chevalier au Lion ») véhiculaient avant tout des valeurs courtoises et chevaleresques. Avec « le conte du Graal », un tournant s’opère.

Le héros se tourne vers des valeurs religieuses et spirituelles. Perceval, après avoir fait fausse route et s’être perdu dans des valeurs terrestres, va avoir une révélation et va chercher à s’élever vers une chevalerie céleste, spirituelle. On ne sait pas s’il y parvient, car le roman est inachevé, mais l’on sait que la quête du Graal symbolise la quête de son salut personnel. Perceval aspire à son propre salut en trouvant le Graal qui assure lui-même le salut de l’humanité. Cela fait écho au contexte historique des croisades.

Le Graal est donc un mythe littéraire, inventé par des romanciers du Moyen Âge. Déjà à cette époque, le Graal va évoluer et être décrit de différentes manières. Aujourd’hui, nous avons oublié que le Graal était un plat commun à l’origine, mais le mythe a traversé les siècles et il n’est pas prêt de s’arrêter là.

Stéphanie Vincent, docteur ès Lettres de l’université Rennes 2, conférencière et initiatrice d’expositions sur le Moyen Âge, auteur d’ouvrages sur le sens caché des enluminures et sur « Le roman de Gillion de Trazegnies » aux Éditions Brepols, conseillère historique et intervenante d’émissions télévisées.

Un commentaire

  1. Je crois que malgré l’intérêt de ce court article le mystère reste entier. Ne serait-ce que sur le plan de l’étymologie. De multiples orientations ont été proposé et il est toujours décevant dans le domaine de l’herméneutique et du symbolisme de s’arrêter à un seul point de vue. Les termes « griaus », ‘gradual » ont été aussi proposé, le rapport avec le Livre donc dans le cas du dernier ouvre de vastes champs d’interrogations, d’autant que les textes de Chrétien de Troyes inaugurent précisément ce que nous appelons (d’un nom qui lui aussi possède de multiples résonances, tant symboliques qu’historiques) « roman ». Mais surtout il ne s’agit nullement d’un cas de « génération spontanée » et (les travaux les plus anciens du prof. J-C Lozac’hmeur le démontrent à l’envie – malgré des interprétations postérieures assez « singulières ») ce texte fondamental ne peut pas être étudié de manière féconde sans rendre compte du « réseau » au sein duquel il prend place: mythes et légendes orales (des anciens Celtes mais aussi, spécialement dans le cas de Peredur-Perceval-Parsifal, Germains, indo-européens et même au-delà…) et leur singulière reprise par l’écrit (d’abord de façon quasi-ethnographique par les moines chrétiens) puis par ce que nous appelons la « littérature », reprise de reprise, « profane » mais surtout renchérissant sur l’imaginaire plus que sur « l’imaginal » (selon le terme d’Henry Corbin) à l’oeuvre dans ces récits originels…

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