Puisque tout le monde y va de son avis sur le nouveau gouvernement, au tour d’Unidivers de s’y coller. Il fallait juste laisser un peu de temps pour que chacun s’installe à son poste avant de tirer à boulet rouge… ou pas… sur il ou elle (ou elle ou il). Soulignons d’emblée  combien le premier gouvernement d’un nouveau mandat présidentiel a valeur de symbole. Il est symbolique par le choix des ministres qui essaient souvent de concilier l’inconciliable et par le nom de ministères aussi étonnants qu’irréalistes. Ce gouvernement Ayrault n’y fait pas défaut. Loin de là…

Laurent Fabius                Ministre des Affaires étrangères
Numéro 2 ou 3, il possède la stature d’un poste… surtout honorifique. À noter qu’il était en faveur du « Non » au Traité Constitutionnel Européen, ce qui ne sera pas sans incidence dans les négociations qui l’attendent en Europe. Sa connaissance de la sphère économique peut compléter précieusement les compétences de ses camarades dans des négociations commerciales et financières.

Vincent Peillon                   Ministre de l’Éducation nationale
Surnommé le « Serpent » au Parti socialiste, il a en effet bien le profil de l’opportuniste habile. Ayant commencé sa carrière avec Dray, Montebourg, Royal quand elle avait le vent en poupe, puis DSK, enfin Hollande, seule Aubry n’y est pas passée… Mais il a pour lui le courage de s’engager pour ses idées lorsqu’il a le pouvoir. Ornière et défaut : il lui faudra écouter les autres dans un ministère où le pouvoir des syndicats est capital.

Christiane Taubira            Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Cible de la droite (notamment pour ses lois dites ‘mémorielles’), c’est une femme de caractère douée d’assez d’indépendance pour s’affirmer dans ce ministère où l’aspect technique repose plus sur les épaules du cabinet et de ses membres. Professionnellement, elle ne peut se targuer d’aucune expérience solide dans le secteur de la Justice, mais elle a porté des projets de loi – aussi importants que critiqués. Une légitimité à double face.

Pierre Moscovici      Ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur
Le retour discret de DSK à l’économie se fait par lui. Aussi ambitieux que les candidats à la primaire, il est l’âme damnée de Strauss-Kahn et appliquera probablement une politique économique proche de celle qu’aurait proposée son mentor. On peut penser qu’elle rassurera les marchés et l’industrie dont il est le bras armé. Mais fera-t-elle des miracles ? Beaucoup de journalistes et analystes regardent en effet le passé de l’école strauss-kahnienne avec beaucoup de complaisance.

Marisol Touraine       Ministre des Affaires sociales et de la Santé
Deuxième Strauss-Kahnienne du gouvernement, elle arrive dans un ministère qui dépend pour beaucoup des subsides du Ministère de l’Économie. Si elle semble maîtriser son sujet, sa vision très économique du secteur peut achopper sur l’histoire de ce service public.

Cécile Duflot           Ministre de l’Égalité des territoires et du Logement
L’arriviste verte est arrivée à ses fins. Pensant plus à elle qu’aux autres, on ne peut qu’espérer que cette diplômée ès géographie ait des compétences à faire valoir dans ce ministère où l’aspect écologique n’est pas négligeable, notamment dans l’accès à l’énergie et les économies énergétiques dans le logement… Autant dire qu’elle joue ici l’importance de sa carrière future, car les couteaux sont déjà tirés à EELV…

Manuel Valls              Ministre de l’Intérieur
Certains l’appelleront le plus centriste des socialistes, d’autres  le représentant du socialisme sécuritaire, d’autres un avatar sarkoziste au PS ! Valls entretiendrait des contacts communs avec l’ancien président. Tout cela en fait son héritier naturel dans le même ministère. Si son action dans sa commune est controversée, il présente l’avantage de moins donner dans la langue de bois que les autres caciques du Parti. Sa nomination rassure la police qui traverse une période d’interrogation troublée et dont les syndicats penchent à droite. À juger sur la pratique : cela peut donner du bon comme du mauvais.

Nicole Bricq      Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie
Plus portée sur la finance que sur l’écologie, elle a pourtant défendu son territoire face au risque de gaz de schiste. Elle apportera une vision comptable intéressante dans le dossier « démantèlement nucléaire » qui manque souvent de réalisme chez les partisans pro comme anti. Sur le reste, elle a tout à prouver.

Montebourg Arnaud       Ministre du Redressement productif
Il hérite du ministère au nom le plus ridicule, si ce n’est aux accents postvichyssois. Héritage logique pour celui qui prône la réindustrialisation et un protectionnisme nouveau : il s’agit du ministère de l’Industrie. Toute la question pour lui est d’obtenir les moyens de ses idées en cette période difficile où les fermetures d’usines s’annoncent nombreuses, justifiées ou non par le transfert des consommateurs plus à l’Est. Un cadeau empoisonné en somme.

Michel Sapin Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social
Vieux compère de Hollande avec qui il fréquentait l’ENA, il bénéficie d’un regard clément de la part des médias alors que son action gouvernementale passée fut bien loin d’être remarquable. Sa droiture et sa bonhommie constituent néanmoins un atout dans un poste exposé en première ligne des luttes sociales.

Jean-Yves Le Drian     Ministre de la Défense
Membre d’une commission relative à la Défense, c’est – finalement – lui qui hérite d’un ministère important en temps de conflit mais au pouvoir limité. Il est peu probable que son passage laisse une grande trace durant ce quinquennat de repli stratégique. Peut-être une forme de vacance pour celui qui a passé ses dernières années à ménager la chèvre et le chou entre les différents lobbies bretons.

Aurélie Filipetti       Ministre de la Culture et de la Communication
Auteur de deux romans, elle arrive avec un certain respect des milieux culturels malmenés par le précédent quinquennat. Alors que le livre numérique et Hadopi constituent les deux principaux dossiers de son ministère, cette ségolèniste obtient enfin le marche pied vers le cénacle des ténors du PS. Difficile d’anticiper le traitement qu’elle confèrera à ces dossiers. Saura-t-elle inventer la quadrature du cercle : réconcilier intérêts économiques et nécessités artistiques ? À voir…

Geneviève Fioraso  Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Ancienne enseignante, notamment auprès des jeunes en difficulté, originaire de la région de Grenoble, riche en centres de recherche, elle apparaît tout à fait qualifiée pour ce poste crucial à l’avenir de l’économie alors qu’il a été mal géré depuis sa création en 1993.

Najat Vallaud-Belkacem            Ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement
Cette jeune femme charismatique est un bon choix à ce poste dont elle maîtrise bien les dossiers. Dommage toutefois de la cantonner au seul droit des femmes alors qu’un ministère de l’Egalité traitant des toutes les « minorités » aurait été plus pertinent. Son ministère étant  dépendant de celui des Affaires sociales et du Travail, elle aura peut-être du mal à s’imposer face aux vieux briscards…

Stéphane Le Foll        Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
Encore un fidèle de Hollande à l’ancrage rural et au passé agricole (BTS agricole mais aussi DEA d’économie, fils d’agriculteur). Il a été bien accueilli par la FNSEA. Mais saura-t-il prendre en compte tous les syndicats, et non celui de grands propriétaires éloigné des réalités ? Il devra aussi composer avec les sujets écologiques et soutenir la filière bio.

Marylise-Lebranchu  Ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique
Titulaire d’une maîtrise sur l’aménagement du territoire, cette aubryiste pur jus a l’expérience nécessaire pour un poste d’importance bien que son action soit souvent dans l’ombre. Son carnet d’adresses sera utile à son action.

Victorin Lurel                 Ministre de l’Outre-mer
Peu connu en métropole, il est pourtant reconnu aux Antilles. Leader du PS local, il trouve naturellement place dans ce gouvernement à un poste souvent oublié.

Valérie Fourneyron   Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative
Oubliées les figures populaires et place à un médecin du sport. Dans un monde sujet au dopage, elle apportera une vision différente. Quant à la dénomination « éducation populaire et vie associative », elle devra être vite oubliée. Son ancrage à Sotteville, grand club d’athlétisme français est aussi gage de bonnes relations avec le monde du sport.

Si la parité est respectée dans ce gouvernement, les postes clés restent l’apanage des hommes. Hommes qui ont en commun de soutenir une politique libérale d’expression socialiste. Soit une ligne conforme au PS depuis Mitterrand puis Jospin. On regrettera la présence d’« éléphants » qui montre la difficulté du Parti à renouveler sa direction et sortir d’une organisation féodale et clientéliste autour des habituels barons. À notre sens, si Hollande s’est employé à faire taire les dissensions de son camp grâce à une représentation de toutes les baronnies, il devra rapidement resserrer ses rangs et oublier amitiés et copinage pour une voix plus claire. Rapidement, autrement dit après les législatives et en fonction de ses résultats. Aussi, dans les prochains mois, chaque ministre devra marquer sa place en imposa sa vision tout en tenant compte des contraintes sociales très importantes. Qui émergera au final ? Les places seront chères.

 Ice

 

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