Dans ce troisième roman, Gilles Paris, l’auteur d’Autobiographie d’une courgette, expose un sujet délicat, parfois grave, à travers la voix de Simon, neuf ans. Pari risqué que d’écrire 250 pages avec la plume d’un enfant, ses réactions et ses jugements. Toutefois, l’auteur peut se targuer d’avoir rendu crédibles l’intrigue et ses protagonistes.

 

Le profil de l’enfant utilisé par l’auteur est très intéressant à analyser. En effet, associé à diverses situations – au fond souvent épineux – le lecteur découvre la personnalité plutôt mature de Simon. Il ne reste toutefois qu’un garçon de neuf ans, et le lecteur pourrait remarquer cette propension – qu’ont tous les enfants – à observer, analyser – à son échelle – les évènements qu’il vit. Tout cela sans émettre de jugement ou de très faible degré.

Gilles Paris tente, grâce à ce style enfantin, de mettre en exergue un certain clivage entre deux mondes : celui de Simon et celui des adultes. Les présupposés sont nombreux, de sorte à mettre le garçon à l’abri des choses de la vie. Une posture qui rendrait presque ce roman touchant. En effet, de nombreux thèmes que l’on pourrait qualifier de délicats (la dépression, l’absence, etc.) sont évoqués à l’enfant avec une certaine finesse de façon à ne pas heurter l’allégresse de son univers de petit garçon. On soulignera la qualité d’amour entre un père dépressif et un enfant qui ne comprend pas vraiment la situation, mais qui l’envisage à sa manière.

Ce même père est une figure majeure du récit. En effet, le lecteur apprend très vite qu’il est hospitalisé pour dépression, et c’est par son biais que la majorité des faits sont rapportés au lecteur. L’absence de la mère – partie au pays des kangourous – ne rend sa relation avec son fils que plus intense et attendrissant, symbolisée par l’utilisation conséquente de je t’aime, disséminés ça et là au fil du texte.
Les autres personnages ne pourraient pas être qualifiés de personnages secondaires. En effet, leur importance est différente mais presque aussi grande que le père. Lola, grand-mère délurée, dont les péripéties viennent donner une certaine fraîcheur au roman. Lily, petite fille autiste qui deviendra très rapidement un personnage important dans la vie de Simon. C’est elle qui lui expliquera certains des secrets que les adultes veulent lui cacher. On pourrait également citer cette mère, figure finalement omniprésente du roman. À la fois présente continuellement et absente physiquement, elle sera une figure délicate à appréhender. En effet, c’est majoritairement par elle que naît le récit de Simon. Et bien qu’elle soit partie au pays des kangourous, elle arrive à vivre différents évènements importants dans la narration, de sorte à rendre la lecture plus attractive.

Cette absence va notamment donner la possibilité au caractère rêveur de Simon de s’exprimer. En effet, le rêve est un élément récurent du roman. Le texte se compose de bribes de songes (toujours racontés par Simon) qui sont  imbriqués dans le récit. Le texte prend ainsi un aspect plus aérien, voire plus ouvert. Cette mémoire matérielle que seuls les enfants remarquent est également très bien décrite. Il en va ainsi de Marlboro rouge à moitié fumées qui rythment le roman. C’est donc un style presque naïf qui est ici à l’oeuvre, avec une écriture fluide et agréable. C’est d’ailleurs le  seul reproche que l’on pourrait faire à l’écriture : parfois exagérément innocente. En effet, cette candeur stylistique pourrait parfois être un frein pour le développement concret de l’intrigue.

Grâce à cette écriture simple mais atypique, Au pays des kangourous transcrit la vision d’un enfant sur les choses de l’existence qui font osciller la vie d’un côté ou de l’autre. La panoplie d’évènements rend le récit vivant, et le lecteur se trouve réellement plongé dans un univers propice à la détente et à la rêverie. Un bon moment de lecture !

Extrait

La chambre de papa est plongée dans le noir. Les volets sont fermés. Pas la moindre petite lumière ne s’échappe de la salle de bain. Je n’aime pas trop m’avancer sans rien voir. On ne sait jamais. Les monstres sont peut-être sous le lit de papa ou dans les placards ou en train de prendre un bain. Je cours jusqu’au bureau où je n’ai pas le droit d’entrer et j’attrape un briquet posé à côté de ses cigarettes, des Marlboro rouges. Le cendrier déborde de cigarettes à moitié fumées. Je me demande qui va les finir une fois jetées dans la poubelle verte. (p. 37)

Au pays des kangourous, Gilles Paris, Don Quichotte, janvier 2012, 18€

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