Le gaz de schiste ne cesse de défrayer l’actualité. Solution d’avenir pour l’indépendance énergétique pour les uns, danger pour la planète et l’humanité pour les autres, le débat de fond semble difficile à mener. Comme hélas bien souvent en matière de solutions énergétiques. Amorce de réflexion.

Le mauvais exemple américain

Beaucoup pointent du doigt le robinet d’eau qui rejette du gaz et s’enflamme (voir le film Gasland). C’est devenu le symbole qui accompagne les témoignages des dérives de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis. De fait, ils ne manquent pas : entre fermiers dans le besoin qui bradent leurs terres devenues inexploitables, assèchement des nappes phréatiques voisines et pollutions des sous-sols et maladies dans les populations environnantes. En pratique, la technique employée, baptisée fracturation hydraulique, nécessite l’introduction d’une grande quantité d’eau dans la roche jusqu’au gisement, mais aussi des lubrifiants et des produits détergents. Cette eau se retrouve donc polluée et se mêle aux autres eaux des sous-sols. Des risques accrus de tremblement de terre ont été soulignés dans certains secteurs d’exploitation (voir une étude du British Geological Survey). Ajoutons à cela que l’extraction produit aussi des gaz à effet de serre, donnant un bilan carbone très peu compétitif par rapport aux extractions classiques.  La solution gaz de schiste semble poser plus de problèmes que de solutions.

D’autres solutions en test ?

Les promesses d’autres techniques sont avancées par les partisans de l’exploitation. Pourtant, aucune n’a encore été validée comme non destructive pour l’environnement. Le remplacement de l’eau par un gaz pose des problèmes de pollution de l’air et de risques de surpression. Pour la fracturation dite sèche, on utiliserait de l’hélium ; or, ce gaz est en pénurie sur terre, mais très présent dans l’univers, et ferait grimper le coût d’exploitation par rapport à une eau pompée abusivement et gratuitement. De plus, la production d’hélium pèse aussi sur le bilan carbone de l’extraction et le rend donc peu rentable. Son utilisation ne règle pas non plus totalement le problème de la pollution de l’air en sortie de puits. D’où la conclusion de beaucoup (dont les industriels du secteur) : Il n’y a actuellement aucune solution alternative viable en dehors d’un contrôle plus strict des quantités d’eau, de leur provenance et de la cimentation du gisement qui peut causer des fuites nocives.

Vraiment l’avenir ?

Après un tel bilan économique et technique, l’avenir du gaz de schiste semble peu reluisant. Mais c’est en étudiant sa répartition géographique que l’on en comprend l’intérêt et, donc, l’avenir. L’Amérique du Nord et l’Europe en seraient riches, tandis que les gros pays producteurs (en dehors du Maghreb) en seraient pauvres. Cela permettrait de se soustraire partiellement au diktat de la Russie et de Gazprom, mais aussi des dépendances des pays de l’OPEP, gaz et pétrole étant souvent présents conjointement dans les sols. L’Inde et la Chine y trouveraient également une source locale intéressante pour leurs développements futurs. L’intérêt est donc plus géostratégique qu’économique.

EIA_World_Shale_Gas_Map

Autour du gaz de schiste se pose la question de la pérennité des solutions énergétiques. Les ressources sont encore mal connues et condamnent l’environnement des régions exploitées, les beaux discours ne remplaçant jamais les impératifs de rentabilité sur le terrain. Ressource non renouvelable, le gaz de schiste donnerait une marge de manœuvre à la transition énergétique, mais impacte d’autres paramètres environnementaux aussi essentiels que l’eau, nouvel or des siècles à venir. Doit-on impacter notre terre sur le long terme pour sauvegarder le court terme ? Voilà la question essentielle à se poser dans ce choix. Ajoutons que la contrainte a souvent permis de grandes découvertes technologiques. Avoir l’épée de Damoclès de la fin des hydrocarbures ne peut que tirer vers le haut la recherche alors qu’aller vers la facilité du gaz de schiste en fracturation hydraulique ne fait que repousser l’échéance encore et encore.

Évidemment, les tenants de cette technique disposent de puissants moyens de lobbying pour fausser le débat sociétal qui devrait avoir lieu dans chaque pays. Indépendance énergétique à tout prix ou préservation de l’environnement à tout prix, voilà le choix cornélien sur lequel nos élus doivent trancher et devront répondre aux générations futures.

Didier Ackermann

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