Samedi 30 août 2014, le site de la Prévalaye de Rennes accueillait, pour la 5e année consécutive, les Rencontres alternatives ou Free Fest 2014. Un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique techno. L’événement a été organisé en étroite collaboration avec la mairie de Rennes. Objectif : offrir une vitrine légale à l’ensemble du mouvement teuffeur. Collaboration réussie.

 

site de la Prévalaye
Des teufeurs affluent vers l’entrée la Prévalaye

À l’origine de ces rencontres, un compromis avec la mairie de Rennes : les teufeurs renoncent au Teknival organisé à Rennes en marge des Transmusicales (voir notre article sur le Teknival 2013 qui a sévèrement concurrencé l’événement musical rennais) ; en échange, le site de la Prévalaye leur est prêté tous les ans, le dernier week-end d’août. La première édition a attiré un peu plus de 2 000 personnes. Cette année, à 4h du matin, 8 000 bracelets avaient été distribués.

Les enceintes se sont allumées à 18h le samedi et ne devaient s’éteindre qu’à 14h le dimanche. Quatre murs de son accueillaient un peu plus de 100 Dj’s venus de toute l’Europe. L’un des organisateurs, Mickey Muska, nous cite les différentes nationalités présentes : « Cette année on a des Tchèques, des Anglais, des Allemands. » La volonté des organisateurs est de représenter une grande partie des sounds systems de Bretagne tout en s’ouvrant sur l’ensemble de l’Europe. Presque un an d’organisation est nécessaire pour en arriver à ce résultat. Le financement se fait uniquement sur les entrées (2 euros) et les boissons vendues au bar, à l’intérieur du site.

prevalaye fest free
Ambiance festive sans nulle agressivité

La particularité des Rencontres de la Prévalaye tient dans sa proximité avec la ville de Rennes ; proximité à la fois géographique, mais aussi dans l’organisation. Habituellement, les teufs sont organisées dans des lieux peu habités, loin des centres urbains et sont ainsi investies par des groupes qui connaissent bien le milieu. Ici le lieu est accessible à pied pour les Rennais. En outre, la légalité de l’événement permet de communiquer en amont afin d’attirer du public (une communication surtout de bouche-à-oreille). Les spectateurs sont hétéroclites : teufeurs connaisseurs de la musique, mais aussi néophytes qui profitent de l’occasion pour se familiariser avec une culture musicale différente et faire la fête.

murs de son
Des teufeurs dansent devant un mur de son

Certains habitués de l’endroit confient : « C’est de mieux en mieux organisé, l’année dernière, il n’y avait pas autant de murs de son. » Les a priori tombent aussi, Yann, fêtard d’un soir, déclare : « Au début je ne venais pas, car je pensais que c’était une fosse à défonce. En fait, l’ambiance est très bonne ; ça permet de revoir tous les potes avant la rentrée. »

« On a de tout au niveau techno : psy, trans, hardcore, minimal, house… Et dans le Chill Out on passe principalement du reggae et de la variété » – ajoute Mickey Muska. Chaque mur de son diffuse un certain courant. Le Hardcore, par exemple, est relégué au fond du site entre des arbres. D’autres spectacles ont été mis en place avec des cracheurs de feu, des échassiers, un village des artisans. L’affluence vers le site se fait jusque tard dans la nuit. Le comptage cesse à 4h du matin. Contrairement aux festivals, les DJ’s se relaieront toute la nuit et jusqu’en début d’après-midi.

Chill'out
Le Chill’out ou lieu de repos

Le rendez-vous de la Prévalaye, c’est aussi le moment de faire un point sur le mouvement. Et le moment n’est pas des plus roses. Julien et Vincent, croisés sur le stand de soutien aux sounds systems dont le matériel a été saisi, le constatent amèrement : « On est censé être en pleines négociations avec le gouvernement pour faire cesser la répression ; c’est l’inverse qui se produit : la répression s’intensifie. » Depuis un an maintenant, de nombreux sounds system se sont fait saisir leur matériel et passent devant les tribunaux. Des coups durs pour ces passionnés, entièrement bénévoles, qui essayent d’apporter la musique et l’esprit de la teuf aux amateurs. « On est déjà monté deux fois dans des ministères : à l’Intérieur et à la Jeunesse et Sports. On a eu de belles promesses qui nous ont été faites, mais sur le terrain, les saisies sont toujours plus nombreuses. Est-ce que le gouvernement n’est pas respecté par les autorités locales ? En tout cas, on devait avoir une réunion à la rentrée, on ne n’est pas sûrs d’y aller, ce n’est pas possible de faire de la médiation alors que la répression continue. »

La colère gronde et la vidéo de l’arrestation des Marmotek, à terre et menottes au poing le 18 août dans les Côtes-d’Armor a déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. D’autant que la fête s’était bien déroulée, avec l’accord du propriétaire du terrain et une médiation avec la mairie en amont. Tout événement de plus de 500 personnes doit être déclaré en préfecture, les Marmotek avaient réuni environ 800 personnes – ce qui a justifié la saisie. Julien et Vincent ajoutent : « On fait des efforts. Aujourd’hui, la teuf ce n’est plus le mouvement marginal que c’était il y a encore quelques années. Dans le grand Ouest, on a beaucoup d’expérience. On a appris à sécuriser un site, à installer des toilettes sèches, un point d’eau, à dégager un axe “rouge” réservé aux secours… Mais on ne veut pas le statut de festival : une teuf, c’est autogéré, prix libre à l’entrée. On demande aux autorités de nous reconnaître avec un statut amateur. »

Le Bar Pirate
Le Bar Pirate

Les autorités semblent parfois mépriser ces fêtes et ceux qui les organisent. La mairie de Rennes qui prête le site et une partie du matériel pour les rencontres alternatives fait figure d’exception. Il faut dire que les teufs n’ont pas bonne presse ; drogues, sauvages… Les clichés sont nombreux. Yannick Poulain fait partie de l’Orange bleue, un collectif de deux associations qui assure la prévention en milieu festif. Il confie : « Nous intervenons sur tout type d’événement en Bretagne : festivals ou Rave. Je préfère être sur des raves que sur des festivals. » La raison de ce discours ? « Il y a moins d’agressivité dans les teufs et les gens sont beaucoup plus ouverts à la prévention. Ils viennent d’eux-mêmes chercher l’information. Certes, ils vont consommer plus de drogues que sur un festival, mais ils le font en s’informant sur les risques. Dans les festivals, il y en a qui s’alcoolisent à outrance avant d’entrer sur le site et qui posent problème après. »

Chill'out
Chill’out

Ce constat est partagé par Christian Boutriquet, l’un des responsables de la Fédération Française de Sauvetage et de Secourisme : « Cela fait cinq ans que l’on vient, on n’a pas de difficultés ici. C’est un public gentil et pas difficile. Par rapport à des festivals, il n’y a pas d’agressivité et l’ambiance est bon enfant même si on n’est jamais à l’abri de quelqu’un qui pète les plombs. » Le dimanche midi, les secouristes ont procédé à une cinquantaine d’interventions, sans avoir rencontré de cas grave.

Cette nouvelle édition de la Prévalaye est une réussite qui s’est déroulée sans accroc. Réussite pour les teufeurs qui s’offrent une vitrine pour leur mouvement. Le dimanche matin, joggeurs et raveurs se sont retrouvés nez à nez sur le site dans un esprit de respect mutuel. Mais aussi réussite pour la mairie de Rennes qui renforce la communication avec ce milieu.

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