Les Entretiens recueillis dans Frédérick Tristan : l’appel de l’Orient intérieur, évoquent un long et étonnant parcours qui dessine assurément une aventure spirituelle hors du commun. Entre Tao et alchimie, judaïsme et soufisme, Compagnonnage de métier et franc-maçonnerie, christianisme et sociétés secrètes chinoises…

 

entretiens-Frederick-TristanOlivier Gissey, qui fut le directeur de rédaction de la webrevue Symbole, présente Frédérick Tristan dans son introduction comme un « vieux sage ayant beaucoup chevauché différentes voies spirituelles dans un galop comme fouetté d’universel ».

Prix Goncourt 1983 pour Les Égarés, Frédérick Tristan, né en 1931 à Sedan, est l’auteur de pas moins d’une cinquantaine d’ouvrages, romans, essais, poésie. Bien que menant une vie professionnelle dans l’industrie textile internationale, il a cependant manifesté une soif spirituelle continue à travers maintes recherches et expériences. « S’il est une sagesse dont je me sens proche, c’est le Tao, voie de la mutabilité permanente, de la transformation incessante. Jour après jour, j’ai tenté de rendre ce chemin praticable et acceptable pour quelques-uns de mes contemporains. »

Dans ces entretiens, Frédérick Tristan évoque plusieurs de ses livres en rapport avec le monde religieux : Christos, en écho aux Premières images chrétiennes, son traité d’iconologie qui fait date, L’Amour pèlerin, inspiré par Henry Corbin, La Cendre et la foudre, du côté de l’ancienne frédérick tristanChine et de ses mystères. « Ne nous laissons pas agripper par le seul occident de notre conscience, et retournons-nous vers notre orient intérieur, car (selon l’ancien rite baptismal) : “c’est de là que vient la Lumière”. Citons Maître Chu : “Soyez la source et l’océan, sur la berge et au fil de l’eau”.

Sept thèmes, et autant de chapitres, ponctuent ce livre : les origines de sa vie spirituelle et sa pratique chrétienne, son passage à la religion orthodoxe, sa rencontre avec Henry Corbin et le soufisme, son expérience du compagnonnage et de la franc-maçonnerie, ses travaux sur l’hermétisme, sa connaissance des sociétés secrètes chinoises liant Tao et alchimie, sa recherche de l’âme du monde dans ses profondeurs lumineuses ou obscures.

Nous vous en livrons quelques extraits, qui diront mieux que de longs discours la teneur de cet ouvrage.

Extraits :

Le passage de l’Église catholique à l’Église orthodoxe

En fait, je n’ai pas quitté l’Église catholique. C’est elle qui m’a quitté en même temps qu’elle a abandonné le chant grégorien, la liturgie latine, tout le simple mystère consubstantiel à la foi. D’un coup j’ai ressenti avec stupeur le temple qui se vidait de son âme au son des guitares électriques et des bons sentiments. En voulant se rapprocher de l’humain, on avait égaré la transcendance. Le mot Dieu n’était plus qu’objet de croyance.

adamkadmonLes différents corps

Tout est corps. Hiérarchie des corps ? Corps mental, corps écrit, corps spirituel, corps social, corps subtil, que sais-je encore ? Quels que soient les noms inventés, notre corps physique les contient tous. Oui y compris le corps glorieux… On parle d’âme, d’esprit, oublieux que ces notions sont des corps qui grandissent, évoluent, se modifient peu ou prou selon les rencontres, en particulier culturelles et cultuelles.

La Présence face à la croyance

On peut croire, même sincèrement, à n’importe quoi afin de se rassurer, par exemple, mais ce n’est jamais qu’un trompe-l’œil. Certains ont réussi à bâtir des systèmes entiers sur la notion de croyance, et ce n’est qu’une notion, rien de bien important, ou c’est un leurre qui confine à la commodité. La Présence est toute autre. Parfois elle apparaît dans un fracas. La Grâce, n’est-ce pas ? Le plus souvent, elle se faufile dans le corps spirituel et le nourrit. Encore faut-il que ce corps intime soit préparé (…) pour qu’à l’image du temple elle puisse recevoir la Présence.

La profusion des voies

Tout cela s’est développé en moi comme ces pastilles japonaises que l’on jette dans l’eau et qui se changent en jardins fleuris. Il est clair que cet ensemble aurait pu demeurer une salade hétéroclite. La Chine ! L’orthodoxie ! Le Compagnonnage ! Dostoïevski ! L’alchimie ! Les romantiques allemands ! Jacob Boehme ! La kabbale ! Thomas Mann ! Le soufisme ! Le Tao ! Les contes pour enfants ! Le paléo-christianisme ! Le yiddish ! Tant d’autres, plus excitants, plus profonds, plus vifs les uns que les autres. (…) Le jeu de l’écriture m’a aidé à incorporer ces multiples influences sans que ma conscience ait eu trop à souffrir des contradictions apparentes de ces divers enjeux.

Le rapport entre fiction littéraire et expérience intérieure

frédérick tristanLes deux appartiennent à la matière même de mon existence, et cela depuis très longtemps. Plus qu’un intellectuel, je suis un artiste, ce qui peut s’entendre de diverses façons. J’avoue que j’aimerais, par humour, être comparé à un artiste au fourneau que vous l’entendiez en terme de gastronomie ou d’alchimie. (…) Je suis plus guidé par un onirisme éveillé et un somnambulisme actif que par une stratégie esthétique ou éthique.

La Chine

La Chine ancienne se love dans les méandres occidentaux de telle façon que nous n’y faisons guère attention. La Chine contemporaine est un masque pour nous faire croire à une modernité parente de la nôtre. Bien entendu, il n’en est rien. Dans le décor américain de Shanghai, Confucius ricane sous le visage de Mao. Pendant ce temps, le Tao pénètre insidieusement les esprits par la ruse du Chi Kung, de l’acupuncture et des rouleaux de printemps. Il n’est pas jusqu’au bouddhisme qui ne nous enseigne la vacuité chère à Lao Tseu. Ne nous y trompons pas : l’histoire de la Chine n’est qu’une brise dans le jardin du sage monté sur le buffle blanc. Il avance avec la dense lenteur propre à déniaiser notre imaginaire sans trop le perturber pour autant.

Olivier Gissey Frédérick Tristan, l’appel de l’Orient intérieur, En “document” connexe et inédit : les extraits du journal de Frédérick Tristan consacrés à René Guénon, 112 pages, 15 €, Éditions Entrelacs 

Dernières parutions de et sur Frédérick Tristan :

Une Vie au péril de l’écriture, recueil d’articles et d’entretiens 1954-2014, Editions L’Esprit du Temps

L’Affabulateur fabuleux Essai de Laurent Flieder,
Le Passeur Editeurs, 2014

www.fredericktristan.com

 

 

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

Un commentaire

  1. Grand merci d’évoquer Frédéric Tristan, trop méconnu finalement. Une œuvre éclectique dans ses thèmes et dans ses styles. Le premier livre de F. Tristan, je crois, « Le dieux des mouches », était très remarquable. Très loin de l’univers du « Singe égal du ciel », formidable roman d’inspiration chinoise, digne des chants de Milarépa. Une littérature savante dispensée avec le plaisir des paroles et des contes pour adultes. Mes deux préférés, je crois.

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