Près de huit millions de Français ont regardé l’allocution télévisuelle du président de la République française, François Hollande. Certains attendaient un message presque messianique, d’autres une annonce-choc, une poignée désabusée ne se berçait plus d’aucune illusion. L’exercice était-il susceptible de modifier un taux d’impopularité inégalée ?

Nos analystes et experts ont préparé le grand public à l’exercice depuis une bonne semaine. Ils s’interrogeaient entre eux sur ce que le président devait dire, ce qu’il fallait dire, ce qui pouvait être annoncé – chacun y allant de ses bruits de couloirs et de ses analyses parfois tirées par les cheveux. Et voilà 45 minutes (en réalité 75) d’entretien par un présentateur et journaliste dont la déontologie ne cesse de faire débat depuis la campagne présidentielle.

Dans un vaste décor circulaire bleu pâle et blanc doté d’un grand écran au bas, le président est apparu tout petit. Comme insignifiant face à l’énormité de la tâche ? Le choix de ce décor ne cesse de laisser songeur indépendamment du coût pour le contribuable.

Dans un tel exercice de communication télévisuelle, il convient de cibler son auditoire et adapter son discours, peser et minuter sa parole, se concentrer sur une ou deux idées directrices. Hier, le message de Hollande a tenté de se faire plus proche des Français ; hélas, il a vite sombré dans des éléments techniques et des formules technocratiques. Les premiers téléspectateurs n’ont pas attendu longtemps pour décrocher.

Tandis que le président américain Obama ciblait le problème des armes dans une allocution à ses compatriotes, les sujets abordés par Hollande furent trop nombreux pour être digérés par nombre de nos concitoyens. Résultat : une impression renforcée de navigation à vue, servie ou desservie par cette dérive du temps de parole (+66%). Et s’il n’est pas le maître d’un pédalo, son image de capitaine qui tient la barre dans la tempête a pu faire sourire. Quelque chose comme une croisière dans un passage d’icebergs.

Les partisans de Hollande, de moins en moins nombreux y compris dans son camp, se sont félicités du changement de ton adopté par le président. Il est vrai que le nouveau président normal a cessé de pointer des boucs émissaires (sans jamais en pratique les combattre) ni d’appeler à la division du pays (sur fond d’exigence de réconciliation). Pourtant, le fond de son discours politique n’a en rien semblé évoluer. Après avoir déshabillé Paul pour habiller Pierre, le voilà en train de faire l’inverse. Quant à l’exemplarité revendiquée, elle a pris un sacré coup avec le dossier Cahuzac qui a pourri trop longtemps. Sans parler de la loi sur le cumul des mandats qui est chaque jour repoussée. Une loi qui est pourtant exigée par la majorité des Français toutes sensibilités confondues.

Coulons-nous un instant dans la peau d’un jeune majeur qui s’interroge sur le choix de ses études. Que doit-il comprendre d’un discours si flou sur l’avenir de notre économie ? À part noter l’absence de réflexions autour de la technologie, de l’environnement, des politiques d’investissement – ce qui donnerait pourtant un cap à une vie en construction et à un pays en crise. Quant aux chômeurs (ce que risque d’être dans peu de temps ledit jeune), le gouvernement leur promet des formations dans les 2 mois. 2 mois ? Fichtre, ça, c’est de l’efficacité ! Oui, mais des formations en quoi ? Cela fait des années que notre pays multiplie les formations inutiles et sans lendemain. A part cacher les chiffres du chômage, ce sont aussi bien les salariés que les chefs d’entreprises qui en font les frais.

Ainsi fait, l’exercice était voué à l’échec et Hollande aux gémonies. 70 minutes de communication sans substance, autrement dit sans actes. Où sont les actes ? Absents ou dissimulés par des problèmes bien éloignés des préoccupations des Français – mariage gay, PMA, religion au travail, Mali, etc. En coulisse, à en croire le Canard enchainé et d’autres confrères, Montebourg se serait plaint auprès d’Ayrault du manque de visibilité donné à ses actions, du manque de moyens donnés, critiquant au passage le dossier Notre-Dame-des-Landes. Une fois n’est pas coutume, ce ministre du Redressement productif qui ne rechigne pas à créer des divisions dans son propre camp tandis que le tout-Paris économique se lamente de son incurie n’avait pas tort. Il est vraiment temps que le gouvernement s’interroge sur les objectifs d’une communication politique semblable au vent dans les ailes d’un moulin désorienté.

Didier Ackermann et Nicolas Roberti

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