Dans le cadre de son tour de France, la radio France Inter France est devenue France Inter Rennes ! Une petite étape le vendredi 9 octobre 2015, mais une journée mémorable pour les amoureux de la petite reine des audiences. Retour sur les temps forts.

 

11 h – 12 h 30. La Bande originale, l’émission de Nagui a fait vraiment dans l’originalité avec un invité de marque… absent ! Yann Queffelec était effectivement coincé dans le train Paris-Rennes qui la jouait TPV (très petite vitesse). Entre l’escargot (la SNCF) et la flèche (Nagui), les auditeurs ont pu assister à un échange tonique et savoureux. L’auteur du Dictionnaire amoureux de la Bretagne s’est livré à une sorte de journal parlé hyperréaliste : « le train est arrêté en rase campagne »… « on redémarre, doucement » pimenté de quelques propos topographiques titillant notre nostalgie de l’époque où les vaches regardaient passer les trains. Sans crier gare, le groupe rennais Bikini Machine en a profité pour jouer les locomotives de l’émission, en interprétant trois titres et en échangeant à toute vapeur avec l’animateur.

12 h 45. Le Jeu des mille euros. Dans la longueopéra de rennes file qui se forme devant l’opéra pour y accéder, on papote. Laurent, 35 ans, informaticien, a été biberonné à France Inter : « chez mes grands-parents, le silence était requis à 1 h moins le quart pour écouter le Jeu des mille francs ». Maud, 35 ans, ingénieur en économie de l’environnement, s’est branchée sur France Inter il y a dix ans : « je me balade sur la bande FM entre FIP, France Culture, Canal B, Radio Campus… et même Radio Bonheur (NDLR : radio commerciale costarmoricaine) ». Un de ses amis a tenté de participer au jeu, mais n’a pas été retenu. Les candidats, parlons-en. Le hasard fait tellement bien les choses que les deux lauréats sont issus d’organismes partenaires de la radio — et on vous le jure, y’a pas eu de triche ! Hélène travaille à la Poste. Éric, représentant en vin, a écrit un livre sur le Tour de France, aux éditions Ouest-France ! Après le célèbre « bon-jour » repris avec enthousiasme, Nicolas Stoufflet nicolas stoufletlivre une présentation patrimoniale de la ville englobant le Parlement, le Thabor, la piscine Saint-Georges, l’église Saint-Melaine, avant de résumer les activités de l’opéra, dont les concerts à 4 €. Ma voisine, Juliette, 20 ans, étudiante, s’en réjouit ; « C’est la première fois que je viens à l’opéra, mais du coup, je reviendrai ». Les deux candidats passent toutes les étapes avec brio. L’appel du 18 juin, la vanille, le tian, Joseph Kessel et Maurice Druon (eh oui, ce sont les auteurs du Chant du Partisan !), Philippe Le Bel, la polyurie, jusqu’à Jean Bouin asséné en chœur pour le banco. Hélas, ils butent sur la fève tonka au super banco. À la sortie, je croise Armand, 2 ans, sans doute le plus jeune auditeur, dans les bras de son papa, un peu triste que son fiston n’ait pas entonné « ban-co-ban-co » alors qu’il l’a « fait répéter toute la semaine ». Déception pour cet infographiste père au foyer, dont « le petit ding-ding du jeu fait partie de ses madeleines de Proust ».

bière drao13 h 10. Enregistrement d’On va déguster. On a effectivement dégusté – et savouré — les paroles de François-Régis Gaudry et de sa charmante collaboratrice Elvira Masson, entourés sur la scène de Paul Renault, éleveur de volailles et sauveur de la race de la coucou de Rennes (il en a emporté une dans une cage !), Christophe Gaucher, le fantasque et talentueux chef de l’Arsouille (bistronomique à Rennes) et David Leray, boucher charcutier traiteur à la Cale Gourmande au Minihic-sur-Rance. Après un premier son de l’inévitable Olivier Roellinger (un brin emphatique, il assure que le marché des Lices est le plus beau de France et que « toute la campagne bretonne s’y retrouve ») Gaudry rassure les auditeurs de la France entière : « la Bretagne, ce n’est pas que pesticides et algues vertes, il y a aussi une agriculture de qualité avec des producteurs passionnés ». Toute son émission le prouvera. Entre les grandsfrigousse classiques (le caramel au beurre salé) et les recettes plus pointues (la coquille saint-jacques au pamplemousse, à l’huile d’olive et aux graines de sarrasin) ou quasi oubliées (la frigousse, voir bas de page), le public prend la parole pour évoquer ses coups de cœur : le café de Marcel le torréfacteur, les œufs bio de la ferme Jolivet, les pommes de Frédéric Vanpoulle, l’herboriste l’Amante verte de Sixt-sur-Aff… Paul Renault raconte comment il élève ses poules, comment il les rôtit (à four froid au départ, puis à 110 ) puis il nous met l’eau à la bouche avec ses poules égyptiennes (en vente aux halles ou au marché en décembre prochain). David Leray évoque ses fournisseurs triés sur le volet (comme Églantine Touchais à La Boussac) et sa volonté acharnée de mettre le bio à la portée de tous (un exemple ? le kilo de patates à 1,50 € le kg !). Tout cela vous donne soif ? Dominique Hutin a déniché deux bières exceptionnelles : la Drao, brassée à Melesse et celle de Clément Auvitu — patience, plus que deux semaines pour trouver la Roazhon City Ales !

rue-saint-michel-rennes-rue-de-la-soif17 h. Si tu écoutes, j’annule tout ! L’émission de l’épatante Charline Vanhoenacker commence avec des éléments plus convenus de la cuisine bretonne : crêpes, galettes, cidre et chouchen… et emmène illico les auditeurs vers le lieu d’observation ad hoc connu dans tout l’hexagone : la Rue de la Soif. Un chroniqueur s’étonne de s’être fait jeter par une étudiante à qui il demande de lui faire « une complète » ! L’invité de marque, Alan Stivell, se prête avec gentillesse à tous les traits d’humour : notre « star internationale, née sous Pétain », sera bientôt rejointe par notre écrivain préféré, car (alléluia !) le train de Yann Queffélec a fini par arriver à Rennes ! Au cours de sa géniale émission, la piquante journaliste pose la vraie question à propos de la candidature de Jean-Yves Le Drian à la présidence de la Région Bretagne : « va-t-il cumuler l’Armée et la Bretagne ? Faire le siège d’Alep en même temps que de Nantes ? »

La Frigousse est un mets très ancien. Citée dans le Littré et dans un dictionnaire de parler gallo au XIXe, tout laisse à penser qu’elle existait depuis longtemps. Ce mélange de denrées mijotées ou « frigoussée » comme l’on disait aussi, ont été retrouvées dans plusieurs régions de l’Ouest. La Frigousse, produit du terroir avec volailles, porc, gibier, bœuf revenus au beurre puis mouillés au cidre, est mijotée dans une frigoussière. La sauce délicieuse ne doit pas être ternie par des pommes de terre (qui ne sont apparues sur nos tables qu’au XVIIIe). Les châtaignes étaient et sont encore de rigueur. Les quartiers de pomme dorés au beurre et légèrement caramélisés se marient très bien avec ces dernières. (la compote est à prohiber) à condition d’être servies à part, en légumier. On peut employer également des artichauts, ces légumes étant cultivés en Bretagne depuis le moyen âge.

Grand-Ordre de la Frigousse

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

Laisser un commentaire