Au Forum Libé, à Rennes, vendredi 30 mars et samedi 31 mars, Unidivers s’est ennuyé ferme, lors du débat sur les hommes politiques et la morale. Il était peut-être un peu trop à prétention philosophique à notre goût. Heureusement, on a pris une bouffée d’intelligence avec Anne Lauvergeon (ancienne conseillère de François Mitterrand) et Alastair Campbell, son alter ego britannique lors d’une rencontre sur le thème des conseillers du pouvoir. À renouveler bien vite…

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Un homme et une femme, tous deux conseillers de dirigeants européens. L’un s’appelle Alastair Campbell et la seconde, Anne Lauvergeon. Durant quelques années, ils ont tenu, dans leurs mains, le pouvoir. Mais en ont-ils vraiment eu…du pouvoir ? « Quand j’étais secrétaire générale de François Mitterrand, j’étais comme une chef de gare en charge de présenter les sujets, » répond Anne Lauvergeon. Loin d’être la grande cheftaine, elle exerçait juste de l’influence et cela lui suffisait. « Aujourd’hui, les conseillers ont pris une place plus importante que les ministres, » constate-t-elle.

« Il fallait trouver le moment adéquat »

En leur temps, les conseillers donnaient leurs avis, uniquement leurs avis. « Quand je parlais, tout le monde savait que j’étais la voix de Tony Blair, » indique Alastair Campbell. « Il me demandait ce que je pensais, mais à l’extérieur, c’était lui le chef, le numéro 1. » En France, c’était visiblement la même pratique, avec un tout petit bémol : « Il fallait trouver le moment adéquat pour faire passer le message auprès de François Mitterrand… » Mais comme les autres gouvernants, le roi socialiste savait s’entourer de gens compétents, et si possible « différents ». « C’était la marque d’un grand. […] Aujourd’hui, nous avons beaucoup trop de préfets et d’inspecteurs des finances, comme conseillers, » assure Anne Lauvergeon.

Hommes et femmes d’influence, tous deux ont conservé du plus haut sommet de l’État des tas de souvenirs et d’expériences.Mais chacun a affronté différemment son retour à la vie dite « normale. J’ai eu besoin d’écrire un livre, » indique Alastair Campbell. « Je ne le cache pas, j’ai été victime d’une dépression. » En revanche, Anne Lauvergeon n’a rien entrepris de la sorte. Pas un seul ouvrage… « Du moins, pas avant 2020, comme je l’ai promis à François Mitterrand. »

Étonnamment, les deux conseillers n’ont jamais fait de politique. « J’ai recouvré une liberté que je ne veux plus perdre », indique Alastair Campbell. « J’ai préféré le monde de l’entreprise, » indique quant à elle l’ancienne conseillère du président socialiste. Mais disons-le, tous deux n’en restent pas moins intéressés par la chose politique... »

«François Mitterrand était un homme enraciné dans la France, précise Anne Lauvergeon, Jacques Chirac dans l’énergie et Nicolas Sarkozy dans l’immédiat. Pour ce dernier, c’est une immense force, mais c’est peut-être là où est sa limite. » Quand la politique nous tient…

 

[stextbox id= »info »]Avec Alastair Campbell et Anne Lauvergeon, le pouvoir est apparu soudainement humain, lors du Forum Libé. Tous deux ont donné moult anecdotes. On y a appris que la France aurait perdu les JO de Londres, après une déclaration de Jacques Chirac : « La cuisine finlandaise est encore pire que celle anglaise. » Les Finlandais n’auraient pas digéré la remarque…votant pour l’Angleterre. Une réflexion qui rendit difficile un voyage d’Anne Lauvergeon en Finlande : « Je vous assure que j’ai tout mangé là-bas bien que je ne sois pas une grande aficionado des anchois à l’huile. » Beaucoup moins drôle, mais touchante, est l’attitude de François Mitterrand à l’égard de Margaret Thatcher, ex-Première dame de l’Angleterre. Lors de la signature d’un traité, le premier fut d’une « légèreté agréable » avec son hôte qui venait d’apprendre la défaite de son parti. Ce qui valut au président français d’être courtisé par la dame au chignon un peu plus tard, lors d’un autre rendez-vous. « Vous voyez, dira-t-il à sa conseillère, Margaret me suit partout. »[/stextbox]

 

Jean-Christophe Collet

 

 

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