Un + Une : Un homme et une femme… ça vous dit quelque chose ? Près de cinquante ans après chabada-bada, Claude Lelouch réitère l’addition originelle, loin des plages de Deauville. Dans Un plus Une, l’amour fait plouf dans le Gange. Cousu de fils dorés…

 

claude lelouchSynopsis : Antoine (Jean Dujardin) ressemble aux héros des films dont il compose la musique. Il a du charme, du succès, et traverse la vie avec autant d’humour que de légèreté. Lorsqu’il part en Inde travailler sur une version très originale de Roméo et Juliette, il rencontre Anna (Elsa Zylberstein), une femme qui ne lui ressemble en rien, mais qui l’attire plus que tout. Ensemble, ils vont vivre une incroyable aventure…

Entretien :

Unidivers : Comment est venue l’idée de ce film ?

Elsa Sylberstein : J’ai rencontré Jean Dujardin dans un vol entre Paris et Los Angeles, et dès l’atterrissage, j’ai appelé Lelouch pour exprimer mon envie de tourner un film avec lui.

Claude Lelouch : ça faisait un moment que je tournais autour de Jean, mais je n’aurais pas eu l’idée de l’associer à Elsa. Cela m’a plu. Quand les choses sont naturelles et spontanées, elles vont très vite.

U : Ah oui, la vitesse, ça vous connaît : trois semaines pour écrire le scénario d’Un homme et une femme ! Là, ce fut aussi rapide ?

lelouch-un-une-film-dujardinClaude Lelouch : Pas autant ! Avec ma femme Valérie, nous avions envie de raconter une histoire d’amour à l’étranger, car hors de l’hexagone, il y a un effet loupe, grossissant, du comportement des Français. L’Inde est un pays irrationnel où je pressentais pouvoir filmer l’invisible… Un paradoxe pour un cinéaste !

 

U. : Vous connaissiez ce pays ?

Claude Lelouch : Pas du tout. Il me fascinait pour son rapport particulier à la mort et à l’amour. Des ingrédients parfaits pour parler de la vie.

lelouch-un-une-film-dujardinU. : C’est aussi un pays où le sort des femmes est peu enviable. Celui des intouchables aussi. Dans tous les sens du terme : on ne se touche pas. Or le tournant de l’histoire entre le célèbre compositeur (Dujardin) et la femme de l’ambassadeur se produit lors d’une de ces interminables séances de câlins dispensés par mère Amma, « gouroute » du Kerala…

Claude Lelouch : On m’avait parlé à deux reprises de cette femme, aussi vénérée que le Dalaï-Lama ou le Pape, qui embrasse 7 à 8000 personnes par jour. J’ai sollicité une audience et j’ai été agréablement surpris par sa réponse : « Je ne sais pas ce que vous allez me demander, mais c’est oui ».

lelouch-un-une-film-dujardinU. : Comment avez-vous fait pour le tournage de cette scène de Un plus Une ?

Claude Lelouch : Dans cette scène, il n’y a aucun trucage. On essaie juste de glisser la caméra dans cette foule dense. On avait plus l’air d’une bande de touristes que d’un groupe de tournage ! Idem pour les scènes à Bénarès ou dans le train, avec ces centaines de figurants bienveillants… et bénévoles. Vous imaginez demander des autorisations aux cinq millions de participants du Kumbh Mela ?

 

lelouch-un-une-film-dujardinU. : Dans le train bondé, Jean Dujardin chatouille le pied du passager au-dessus de lui. C’était dans le scénario ?

Jean Dujardin : Non ! Mais ce geste incarne le caractère léger de l’homme sceptique qui rencontre une barrée. Une sorte de clown qui va ouvrir son cœur et son esprit.

U. : On vous voit craquer dans la scène où la femme du diplomate (qui a entrepris ce voyage pour résoudre un problème d’infertilité) plonge dans les eaux du Gange. Y a-t-il eu des précautions d’hygiène pour Elsa ?

lelouch-un-une-film-dujardinElsa Sylberstein : Claude avait acheté une combinaison, mais je ne m’en suis pas servi.

U. : Le début du film montre un coureur de jupons qui semble prêt à se poser. Ce Un + Une va prendre des chemins de traverse…

Claude Lelouch : Vous savez, la fidélité, ça marche quand on n’a rien trouvé de mieux ! Il y des gens qui vous remplissent. D’autres qui vous vident.

U. : Vous, la vie vous a comblé…

Claude Lelouch : Je radote depuis 77 ans, mais en amour, je me renouvelle ! Je puise dans la vie. Elle a plus d’imagination que nous !

U. : La famille, ça a du sens ?

Claude : Lelouch : Oh que oui ! J’ai eu 7 enfants et 6 petits enfants. Et j’ai la grande joie d’annoncer que ma famille va s’agrandir grâce à ce tournage. Mon fils, qui était premier assistant, est tombé amoureux d’une Indienne qu’il va épouser en février.

U. : Il y aura du vin de Bourgogne à la noce ?

Claude Lelouch : (Rires) Ah, vous faites allusion aux ateliers de cinéma que j’ai ouvert à Beaune en novembre – avec trois prestigieux parrains : Elsa, Jean et Christophe Lambert. Une idée qui me tenait à cœur depuis le tournage là-bas de Roman de gare (en 2007). C’est vrai que j’ai deux ou trois trucs à transmettre. Quand on fait du cinéma, on croit à l’éternité…

 

Film Un+Une Claude Lelouch, 1h53, 2015, avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert, Alice Pol…

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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