Pour sa 40e réalisation, Clint Eastwood, l’inusable vétéran du cinéma américain, s’empare d’une nouvelle figure héroïque contemporaine, le bien nommé Richard Jewell qui fut d’abord soutenu avant d’être trahi par sa propre communauté. Coup de projecteur.

Richard jewell

 

Dans le sillage de ses derniers films Sully (2016), American Sniper (2015), voire Impossible Odds (2019), sorti l’an dernier aux États-Unis au sujet d’une travailleuse humanitaire enlevée en Somalie en 2011 qui sera libérée après cent jours de détention, Clint Eastwood livre ici une nouvelle version d’un héros du quotidien. Il s’agit de Richard Jewell : cet agent de sécurité américain est né en 1962 et mort en 2007, à 44 ans, à cause de son diabète. Il y a un quart de siècle, en 1996, il devient un héros, puis un paria pour finir par être réhabilité …

le cas de richard jewell
Eastwood à propos de Paul Walter : « J’ai eu de la chance à plusieurs reprises de faire des films où tout fonctionnait à merveille et dans le cas présent on peut dire que Paul est né pour jouer ce rôle. C’est un acteur exceptionnel. Il s’est effacé et a interprété Richard comme l’homme appliqué et candide qu’il était. »

Par une chaude nuit de l’été 1996, alors qu’il est membre de l’équipe de sécurité, Richard Jewell va déjouer, grâce à son zèle, un attentat dans le Parc du Centenaire. Il est le seul à flairer l’attentat à la vue d’un sac mystérieusement abandonné sous un banc. Si Richard Jewell est connu pour sa fâcheuse tendance à développer des lubies susceptibles de paralyser le déroulement de toute manifestation, ses collègues – d’abord incrédules –  se rendent rapidement à l’évidence après l’arrivée de deux spécialistes en déminage : le sac renferme bel et bien une bombe. C’est grâce à Richard Jewell (interprété dans le film par Paul Walter Hauser remarqué il y a 2 ans dans le film de Spike Lee consacré au Ku Klux Klan, BLACKKKLANSMANJ’AI INFILTRÉ LE KU KLUX KLAN) et à son flair redoutable que la catastrophe (dans la vraie histoire) ne fait que deux morts après l’explosion.

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Dès lors, le spectateur du Cas Richard Jewell est le témoin privilégié de la transformation du personnage bien aimé, propulsé en 24 heures de vigile anonyme en héros national. Cependant, à l’heure des fake news et des complots en tous genres qui pullulent sur le web, Eastwood s’intéresse à cette histoire et à ses rebondissements trois jours après l’épisode. En effet, sur la base d’une autre affaire criminelle (dont le coupable était celui qui  avait dénoncer Richard Jewell), le héros national devient au bout de trois jours le suspect numéro 1 de l’attentat des Jeux Olympiques d’Atlanta. Et, dans la continuité, Richard Jewell devient la personne la plus détestée des États-Unis à cause de la médisance de certains médias, incarnés dans le film par une journaliste arriviste chez qui la recherche de la vérité ne revêt que peu d’importance. (Dans le film d’Eastwood, Kathy Scruggs (décédée en 2001), et interprétée par l’actrice Olivia Wilde, est montrée en train de proposer une relation sexuelle à un agent du FBI en échange de l’identité du suspect, ce que démentent formellement les collègues de la journaliste de l’époque. Le rédacteur en chef actuel, Kevin Riley, du journal AJC, Atlanta Journal Constitution, a demandé à Clint Eastwood et à la Warner de préciser que certains faits sont fictifs, notamment le portrait de la journaliste en question.)

le cas de richard jewell

Dans cette partie du film, la structure narrative et la consistance des personnages sauront aussi bien plaire que déplaire aux spectateurs. Certains sauront passer outre les artifices habituels du cinéaste Clint Eastwood qui décrit, d’un côté, un héros déchu avec ses failles comme son amour indéfectible des armes à feux, de l’autre une administration judiciaire incarnée par des fonctionnaires fantoches. Ces derniers se plaisent à rejouer un grossier Watergate jusqu’au domicile de Richard Jewell. Qui plus est, la personnalité du héros, décrite avec une simple, mais efficace, ingénuité parvient à émouvoir. À mesure du déroulement de l’enquête, les scènes du brave type incapable de s’extraire intelligemment des événements sans alourdir son cas sont souvent savoureuses. Quant à la mère de Richard, elle brosse un portrait fidèle d’une classe sociale américaine réfugiée dans les valeurs de la patrie, de l’obéissance et de la religion baptiste. Un ensemble de valeurs qui fournit une clé de compréhension du mode de défense de Richard Jewell tout au long de sa plongée infernale dans l’hostilité des médias et de la justice de son pays.

MARIE BRENNER JEWELL
Une de l’article de Marie Brenner dans Vanity Fair.

L’autre intérêt du film repose naturellement sur la culpabilité éventuelle de Richard, filmé seul, avec sa mère ou en compagnie de son avocat (Sam Rockwell vu dans Jojo Rabbit). Ainsi, en découvrant la vraie personnalité du héros, qui avoue ne pas payer ses impôts, paraître un poil homophobe et gardant en relique un petit bout du banc qui avait abrité la bombe, on pourra légitimement associer Richard Jewell (rôle qui devait être tenu initialement par Léonardo di Caprio) au fameux « complexe du héros », piégé par les institutions qu’il s’est toujours borné à défendre et cherchant par son acte à retenir l’attention de ses concitoyens.

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Le véritable coupable, Éric Rudolph, a été arrêté en 2003 et condamné à la prison à vie deux ans plus tard. Il avait commis plusieurs attentats, invoquant des motivations religieuses.

Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood. Sortie le 19 février 2020 / 2h 09min / Drame. Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates. D’après l’œuvre originale de : Marie Brenner.

Crédit Photos © 2020 Warner Bros. Entertainment Inc. All rights reserved.

 

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