REBELLES D’ALLAN MAUDUIT : UN FILM SANS RELIEF

« Combien de conserves faudrait-il pour contenir un macchabée ? » s’interrogeait le réalisateur et scénariste Allan Mauduit, tenant une boîte de thon. De cette question est né le film Rebelles, premier projet sans son comparse de toujours, Jean-Patrick Benes.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Suite à la mort accidentelle de leur patron, trois ouvrières d’une conserverie (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) récupèrent une importante somme d’argent liquide. Elles décident de se débarrasser du corps en le passant par les machines de leur usine et, 520 boîtes plus tard, le cadavre a disparu. Naturellement, ce n’est qu’ici que les problèmes commencent pour nos protagonistes, l’argent appartenant à des gangsters. Rebelles serait-il donc un petit polar macabre, grinçant, surprenant ? Non, rien de tout ça.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Alors que l’idée de départ est assez prometteuse, l’ensemble reste malheureusement plat de bout en bout, et surtout très sage. Par exemple, la mise en boîte du patron est filmée froidement comme la présentation des machines et de l’usine qui sert de générique. On apprécie le message un peu pinçant « de la viande de patron ou du poisson, c’est pareil », mais c’est aussi là que le bât blesse. L’idée est bonne, mais les enjeux narratifs sont radicalement différents. La mise en scène de cette séquence aurait dû donc se démarquer pour signifier le changement d’état d’esprit des personnages, ou au moins proposer des visions vraiment dérangeantes. D’autant plus qu’il est tout à fait possible de montrer cette évolution sans perdre en intensité « gore », comme le fait par exemple Jeunet dans Delicatessen. Cet exemple, hélas, donne le La pour le reste du film. Les gangsters ne sont jamais vraiment méchants, nos trois héroïnes ne partent jamais vraiment en vrille, et donc on ne croit jamais vraiment à cette histoire.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Pour aussi nobles que soient les références du cinéaste, avec de sérieux emprunts au western et au polar rural, son scénario ne surprend jamais. Alternant entre cliché et simple « déjà-vu », Rebelles est saturé de fils narratifs non résolus, ou alors très pauvrement. Il semble du reste qu’Allan Mauduit ait voulu trop citer ses classiques, quitte à y perdre la substance de son film. Le climax final, par exemple, est une impasse mexicaine (plusieurs personnes se menaçant mutuellement d’une arme à feu). Il s’agit d’un classique du western qui ici pioche davantage dans l’excellent True Romance que dans Le Bon, la Brute et le Truand. Malheureusement, la scène est loin d’être aussi lisible ou intense que dans ces deux œuvres, et assez incohérente, ces trois ouvrières devenant soudainement expertes au tir au pistolet. Si la scène n’apporte rien à la narration, ou la contredit carrément, et qu’elle n’est pas l’apothéose cinématographique attendue, a-t-elle vraiment sa place ? Le long-métrage est tiraillé entre ses influences et sa narration, et le réalisateur entre les films qu’il aime et les films qu’il fait.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Malgré tout, Rebelles n’est vraiment pas le pire du genre. Les références d’Allan Mauduit sont tout sauf honteuses et pourraient bien trouver leur place dans le cinéma, pour peu qu’elles soient mieux utilisées. Ce surplus de référence a par exemple donné toute sa saveur à la trilogie Cornetto d’Edgar Wright. Ce sont trois comédies britanniques qui foisonnent d’hommages et de clins d’œil parfaitement digérés et intégrés à la narration, le tout mené par une réalisation brillante. On espère d’autant plus voir Mauduit réussir que ces mêmes références sont généralement rejetées avec dédain par les tenants d’un cinéma qui se pense plus « intellectuel ». Rebelles demeure donc une déception, malgré une très bonne idée de départ.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Pour finir, nous vous proposons de visionner cet extrait de Pour une poignée de dollars de plus, de Sergio Leone. Bien que ce ne soit pas strictement une impasse mexicaine, nous proposons le duel final, qui clarifiera peut-être le terme d’« apothéose cinématographique » dont nous parlions plus haut.

Rebelles : un film d’Allan Mauduit. Avec Cécile De France, Audrey Lamy et Yolande Moreau. Catégorie Comédie. Durée 1 h 27. Réalisation Allan Mauduit. Montage Christophe Pinel. Producteur Albertine Productions. Costumes Pierre Canitrot. Musique Ludovic Bource.

REBELLES ALLAN MAUDUIT

Rebelles est le second film d’Allan Mauduit (et son premier en solo) après Vilaine (1 million d’entrées France en 2008 et une nomination aux César 2009 dans la catégorie meilleur espoir féminin) qu’il avait co-réalisé avec Jean-Pierre Benes tout comme la série Kaboul Kitchen (FIPA d’Or en 2012).

Cécile de France (nominée au César de la meilleure actrice en 2007, 2008 et 2016 pour La Belle Saison et au Magritte 2012 pour Le Gamin au vélo; appréciée récemment dans la série The Young Pope et dans Otez-moi d’un doute.

Yolande Moreau (César 2005 et 2009 de la meilleure actrice pour Quand la mer monte… et Séraphine, que l’on verra cette année dans Les Estivants et I Feel Good).

Audrey Lamy (nominée au César 2011 du meilleur espoir pour Tout ce qui brille).

https://youtu.be/XHDkgeMPwVA

Produit par Matthieu Tarot pour Albertine Productions, Rebelles est coproduit par France 3 Cinéma, a été préacheté par Canal+ et bénéficie notamment du soutien de Pictanovo. Le tournage s’est déroulé à Paris et en région Ile-de-France avant de rallier Boulogne-sur-Mer pour trois semaines.

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