Call Me By Your Name ? Certains films arrivent en France un certain temps après leur sortie américaine, déjà entourés d’un grand succès critique et public, ainsi que d’un cortège de nominations aux différentes cérémonies de début d’année. Ils se retrouvent ainsi mis en compétition avec des films dont ils ne cherchaient même pas à partager l’envergure, et qui, malgré eux, les font passer pour des œuvres importantes avant qu’ils n’aient pu faire leurs preuves. On l’aura deviné : Call Me By Your Name est de ceux-là.

Il apparaît vite que le dernier film en date de Luca Guadagnino n’est pas un chef-d’œuvre ; de toute façon, il ne clame pas l’être. Rien de grave, dira-t-on alors. Seulement, de manière paradoxale, la modestie de Call Me By Your Name fait à la fois sa force et sa faiblesse.

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Objet étrange qu’un film dont le principal intérêt réside finalement en sa banalité. Car, disons-le sans ambages, la force essentielle de Call Me By Your Name est sans doute de raconter une histoire d’amour homosexuelle comme une histoire d’amour ordinaire et universelle, à laquelle chacun est susceptible de s’identifier. Ici, il n’y aura ni interdits sociaux (les parents d’Elio, gentils et cultivés, sont même ravis de le voir découvrir les joies de la sexualité) ni risques de maladie : toutes les conditions sont réunies pour qu’Elio et Oliver puissent, au terme d’un petit jeu de séduction relativement long et capricieux, simplement consumer leur amour estival. Call Me By Your Name n’est donc pas un film sur l’homosexualité, mais plutôt un film sur l’ardeur du désir, qui, d’ailleurs, s’avère tout à fait transférable (sur une jeune fille, voire sur un fruit).

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Si le film Call me by your name déçoit malgré l’originalité du ton arboré, c’est en raison de son caractère finalement très balisé. On est, tout d’abord, vite un peu gêné par le cadre très stéréotypé de l’action : l’histoire se passe « quelque part en Italie du Nord » – ô mystère, ô séduction… ; tous sont beaux et cultivés (on retranscrit du Bach, on parle quatre langues, ou bien on fait des recherches en sciences de l’Antiquité…)… Tout se passe comme si, peu confiant en la force intrinsèque de la relation amoureuse racontée, James Ivory (le scénariste du film, qui adapte ici le roman éponyme d’André Aciman) tentait de la napper outrancièrement d’éléments « romantiques » visant à exciter l’imagination du spectateur en lieu et place de l’intrigue véritable.

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S’il fallait faire preuve de charité à l’égard du scénario, on pourrait éventuellement dire que le film s’amuse à placer une histoire d’amour peu conventionnelle (par sa tendance, disons-le, au pansexualisme) dans un cadre extrêmement conventionnel qu’il s’agit de subvertir. Seulement, la mise en scène fait preuve d’une telle complaisance à l’égard de ce même cadre que ce serait sans doute faire preuve de mauvaise foi que d’affirmer le contraire.

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Car une fois passé l’effet de surprise qu’on peut éprouver pendant la première heure du film (face au ton déployé ou à la beauté de la photographie, signée Sayombhu Mukdeeprom), on ne peut que s’étonner de la fadeur du propos. On est en droit d’attendre, d’un film de 2 heures 15, qu’il ne se contente pas de célébrer avec enthousiasme la beauté mystérieuse de l’amour (cela a déjà été fait, et sans doute mieux, par d’autres), pour engager une réflexion plus profonde sur ce qui la soutient. Le titre du film, par exemple, renvoie à une idée d’Oliver, qui propose à Elio d’intervertir leurs prénoms : chacun appellera l’autre par son propre nom. Cela pourrait servir à Ivory et Guadagnino d’amorce pour engager une réflexion sur le poids du narcissisme en amour, mais il n’en sera rien : malgré ce procédé d’une ambiguïté non dissimulée, l’histoire d’Elio et Oliver continue à incarner une ingénuité qui finit par lasser. À cet égard, il faut d’ailleurs souligner le caractère inégal de la distribution. Si Timothée Chalamet sait parfaitement incarner le composé d’orgueil et de fragilité qui constitue son personnage, Armie Hammer, en revanche, peine à exprimer la moindre émotion à travers son visage de jeune premier américain. Il en va de même pour les seconds rôles : Michael Stuhlbarg (peut-être la plus belle idée du film) et Ava Cesar sont convaincants dans leurs rôles de parents, mais que dire d’Esther Garrel ? Si son personnage, trop peu écrit, ne lui facilite pas la tâche, la jeune actrice française paraît absente tout le long du film.

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Paradoxalement, on aurait donc aimé que le modeste Call Me By Your Name soit un film un peu moins ordinaire. Car c’est une chose de partir d’une relation homosexuelle pour filmer l’Amour et le Désir à travers toutes leurs déterminations particulières ; une autre d’avoir bien trop peu à en dire.

Call Me by Your Name (Appelle-moi par ton nom) de Luca Guadagnino ; Scénario : Luca Guadagnino et James Ivory, d’après le roman Call Me by Your Name d’André Aciman (2007) ; Durée : 132 minutes ; Sortie : 28 février 2018 ; avec : Armie Hammer (VF : Valentin Merlet) : Oliver, Timothée Chalamet (VF : Gabriel Bismuth-Bienaimé) : Elio Perlman, Michael Stuhlbarg (VF : Arnaud Bedouët): M. Perlman, Amira Casar : Annella Perlman, Esther Garrel : Marzia, Victoire du Bois (en) : Chiara, Vanda Capriolo : Mafalda, Antonio Rimoldi : Anchise, Elena Bucci (it) : Bambi, Marco Sgrosso : Nico, André Aciman : Mounir, Peter Spears (en) : Isaac

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