FILM A GIRL FROM MOGADISHU : POUR EN FINIR AVEC L’EXCISION

Jeudi 26 septembre 2019, le film de la réalisatrice irlandaise Mary McGuckian  A girl from Mogadishu a permis au festival du film de Dinard d’inviter Ifrah Ahmed, jeune réfugiée somalienne devenue citoyenne irlandaise, pour parler de son combat international contre l’excision. Une magnifique rencontre.

A girl from Mogadishu

Les deux femmes se sont rencontrées par hasard à Cannes grâce à deux événements concomitants, il y a quatre ans. Portée à l’écran avec talent, l’histoire incroyable de la jeune fille timide et analphabète devenue une activiste reconnue, y compris dans son pays d’origine, soulève émotion et indignation. Elle invite aussi au respect, au soutien, à l’action, tant ce film A girl from Mogadishu illustre de façon poignante l’impact que peut avoir sur un sujet tabou concernant des millions d’enfants mutilées la voix d’une seule femme, déterminée à se faire entendre et à agir.

Des scènes de violence à Mogadiscio tournées au Maroc aux allocutions d’Ifrah Ahmed devant les élus du Parlement européen, de la fillette insouciante, si confiante, à Miss Diaspora qui marchande l’avenir de trois innocentes promises au même sort qu’elle dans un camp de réfugiés, le film nous fait vivre plus qu’il ne nous la raconte, une véritable métamorphose du personnage principal. Un exercice ultra-périlleux d’un point de vue cinématographique, mais aussi parce que le scénario aurait pu présenter certaines faiblesses à vouloir montrer toute la complexité du sujet. Ce n’est pas le cas.

Vive, intelligente, déterminée, Ifrah Ahmed a su développer un vrai talent pour faire adhérer le plus grand nombre, hommes et femmes, à son combat. Malgré le danger, elle mène des missions également en Somalie où 98% des filles sont victimes de mutilations génitales Crédit photo Françoise Ramel

Incarnée par l’actrice américaine Aja Naomi King, cette Ifrah Ahmed que vont découvrir des millions de spectateurs de par le monde, est bouleversante, stupéfiante et drôle, malgré la gravité du sujet. Le talent des acteurs comme de la mise en scène s’impose ici sans conteste, cette femme qui semble ne reculer devant aucun obstacle pour comprendre ce qui lui est arrivée à elle, à tant d’autres, est avant tout crédible et vraiment convaincante.

Pour comprendre, Ifrah Ahmed, analphabète quand elle quitte clandestinement la Somalie à 15-16 ans, va apprendre à lire, à écrire, quand il lui est déjà difficile de se familiariser avec nos habitudes européennes et la rigueur du climat irlandais.

Pour comprendre, Ifrah Ahmed, va questionner, étudier ce corps féminin qui suscite tant d’acharnement que le crime se perpétue de génération en génération sous couvert de respect de la tradition, voire de la religion, qui n’impose pourtant pas cette pratique de la mutilation dans ses textes de référence.

Pour comprendre et transcender sa propre histoire, Ifrah Ahmed, va devenir un emblème du combat pour le droit des femmes et réussir à influer sur le débat démocratique en lien avec le cadre législatif dans plusieurs pays, à commencer par l’Irlande.

Dans un article publié le 31 août 2018, Josepha Madigan, ministre de la Culture, explique pourquoi considérer la question des mutilations dont sont victimes des millions de femmes dans le monde comme une affaire qui ne concernerait pas l’Irlande est une façon de se voiler la face.

Suite à la projection de A girl from Mogadishu, Ifrah Ahmed a rappelé comment de jeunes femmes nées en Europe subissent elles aussi ces pratiques criminelles pourtant interdites par la loi et combien la mobilisation générale autour  des actions qu’elle met en œuvre via la fondation qui porte son nom pour en finir avec l’excision est cruciale pour venir en aide à ces adolescentes.

Mary McGuckian, réalisatrice de A girl from Mogadishu et Ifrah Ahmed réunies à Dinard la veille de la sortie du film dans les salles au Royaume Uni Crédit photo Françoise Ramel

De la même manière, il faut aussi bien sûr agir à la source de ce drame intime vécu par une multitude de victimes silencieuses, en Afrique et partout dans le monde où le statut des femmes, mais aussi des organisations économiques, ne leur permettent pas de se protéger solidairement contre cette privation outrancière de leur droit au plaisir.

La diffusion internationale de ce film aussi beau qu’efficace programmé à Dinard parallèlement à sa sortie dans les salles au Royaume Uni le 27 septembre est en soi une réelle promesse de victoire, même si le défi reste énorme.

Un dernier mot pour revenir au casting, avec Maryan Mursal Isse, célèbre chanteuse somalienne qui joue le rôle de la grand-mère d’Ifrah Ahmed, ainsi que Barkhad Abdi, révélé en 2013 au cinéma grâce à « Captain Philips », originaire comme Ifrah de Mogadiscio. Mais la grande majorité des acteurs du film ne sont pas des professionnels, la performance orchestrée par Mary McGuckian n’en est que plus percutante.

Entre le « be a good girl, be a good Muslim » ou « be the voice, not the victim », c’est à chacun.e désormais de se faire un point de vue en partageant l’étonnant destin que s’est choisi pour elle-même et pour toutes les victimes de l’excision cette jeune femme somalienne, Ifrah Ahmed, si fière de son passeport irlandais qui lui ouvre des portes, là où le seul fait d’être un migrant vous rend tout simplement invisible, inutile, voire indésirable.

2 Commentaires

  1. Bien sûr à programmer partout où l’on peut, et l’accompagner
    Annie, de Marche En Corps, pour l’abandon de l’excision, issue de Quimperlé-Nara jumelage
    et programmatrice Chlorofilm, asso Art et Essai du Cinéma La bobine de Quimperlé

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