A l’heure où la mondialisation transforme tout en bien de consommation, le « commerce » humain n’y échappe pas. Né parfois du déséquilibre des sexes – en Inde, en Chine…. D’autre fois du manque d’attrait pour un mode de vie peu « glamour » – on se souvient du film « Je vous trouve très beau ». Après avoir goûté à la congaï, l’Américain moyen se tourne vers la denrée slave, servie il est vrai par une plastique exceptionnelle, véhiculée par des top models affriolants, et des filles « qui ont passé plus de temps à s’appliquer du maquillage qu’à s’appliquer à l’école ».

Ancienne porte de la liberté pour des milliers de Russes fuyant le bolchevisme, Odessa en est un des lieux d’exportation privilégiés. La « plus jolie ville du monde », selon ses habitants, s’enorgueillit de prestigieux théâtres, d’un mythique Opéra, du spectaculaire escalier Potemkine, et d’une mer qui n’a de noir que le nom. Mais la médaille a un revers : chômage, salaires de misère, corruption endémique, mafia omniprésente. Comment s’étonner que les belles pépées ukrainiennes écument les boites de nuit et les sites de rencontre à la recherche d’un « visa-fiancé » ? Nous voilà donc au cœur d’un système qui répond au postulat de base de l’économie capitaliste : l’offre et la demande. D’un côté, des rêves d’évasion et de confort. De l’autre, la recherche d’un être docile qui assure le ménage, la cuisine… et le sexe.

Janet Skeslien Charles, fiancée d'odessaDans les Fiancées d’Odessa, obligée de cumuler deux boulots pour assurer sa (sur)vie et celle de sa grand-mère, Doria, ingénieure de formation, sert d’interprète dans une agence matrimoniale (sa maitrise parfaite de la langue de Shakespeare repose sur le dictionnaire qu’« elle lisait comme une nonne lit son recueil de psaumes »). Elle va finir par se lancer aussi dans la course au mari susceptiblede lui offrir le cadre de vie véhiculé par les feuilletons télévisés et par les mensonges des candidats. Autre objectif : l’éloignement du mafioso séduit par « son port altier, son regard profond, sa peau dorée ».

Ne vous attendez pas à une bluette du genre « C’est un beau roman, c’est une belle histoaaaaare » répété à l’envi par Michel Fugain. Portée par Janet Skeslien Charles, Américaine originaire du Montana qui a vécu deux ans à Odessa, cette romance d’aujourd’hui, fine et narquoise, nous embarque dans la complexité des rapports humains, et nous rappelle que « l’amour est enfant de Bohême – mais çà, on le savait déjà !

Marie-Christine Biet

Les Fiancées d’Odessa, Janet Skeslien Charles (Auteur), Adélaïde Pralon (Traduction), Editions Liana Levi, 450 pages, 212 p., 13,50 €.

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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