Quel sens à Noël ? Depuis qu’un fabricant de soda américain a mis un vieux bonhomme en costume rouge partout, la fête a connu de fortes modifications dans la forme comme dans le sens. À mi-chemin entre le solstice d’hiver et le Nouvel An, pour certains, Noël célèbre la nativité de Jésus-Christ, pour d’autres – la majorité – elle consacre un temps de chaleur familiale à l’entrée de l’hiver. Un temps de chaleur humain, vraiment ?

 

Tenez, moi, par exemple, banlieusard parisien. Eh bien dans mon enfance, je me souviens que l’on allait voir les vitrines du Boulevard Haussmann avec ses automates, ses lumières, sa cohue, son odeur de marrons grillés, ses froissements de papiers cadeaux. Oui Noël était déjà une grosse opé commerciale, mais il y avait encore cette impression d’artisanat à l’œuvre, comme si des petits lutins travaillaient partout pour rendre la ville plus belle, plus resplendissante. Maintenant la plupart des rues des villes sont devenues froides, réglées comme du papier à musique, une musique aseptisée. La dernière fois que j’ai retrouvé cet esprit festif et naïf, c’était en Asie, c’est dire…

Les vitrines sont désormais l’œuvre de designers et couturiers, et attendent plus des adultes fortunés que des enfants émerveillés. Les vendeurs à la sauvette se sont définitivement sauvés devant la maréchaussée, emmenant avec eux leur ambiance et nombre de délicieuses odeurs. Les jouets viennent de loin, sont plus sophistiqués ; heureusement, certains parents en reviennent à des choses simples, stimulant l’imaginaire, comme les jouets en bois. « Petit Papa Noël » et quelques cantiques restent les standards de circonstance alors qu’on s’évertue à nous sortir chaque année de nouveaux albums de Noël. Les parents se ruent toujours dans les dernières semaines (voir elles derniers jours) afin de trouver des cadeaux qu’ils auraient bien pu se faire avant. On a même inventé un Vendredi noir pour des soldes (Black Friday 2014), curieux nom qui fait penser à celui d’un krach boursier où des financiers se suicidèrent…

En 1564, l’édit de Roussillon de Charles IX institue le 1er janvier comme point de départ obligatoire de chaque nouvelle année. En 1582, un nouveau calendrier, dit grégorien, du nom du pape Grégoire XIII qui l’a institué, ajoute des années bissextiles afin d’harmoniser le calendrier solaire julien (édicté par Jules César) qui était en vigueur jusque-lors. Ce dernier est en vigueur depuis lors, même si de nombreux pays ou régions ont gardé jusqu’au XIXe siècle le 1er mars comme date du Nouvel An.

Et puis il y a le traditionnel film de Noël du studio Disney (sauf cette année…), sorte de cadeau du vieux Walt à tous les petits enfants. La recette est tellement éculée et les sorties de dessins animés si fréquentes que plus grand monde n’y fait vraiment attention. Surtout qu’avec tout le cinéma à domicile, il y a pléthore d’autres choix. À la télévision, on va même nous ressortir des séries Z consacrées à ce vieux bonhomme ventripotent (l’effet gazeux du soda, peut-être ?) au folklore américain bien éloigné du nôtre.

Pourtant, Noël est l’une des rares fêtes quasi universelles – quel que soit le pays ou la religion d’origine (on a un peu de mal à le comprendre en France…). D’un ancrage à la fois ancestral, païen et chrétien, les dernières décennies ont consacré sa dimension de fête familiale au-delà ou en sus de la naissance de Jésus-Christ. Revers de la médaille : c’est une soirée bien triste pour les personnes seules qui se voient rappelées cruellement à leur sort. On n’est plusieurs qui ne peuvent s’empêcher d’y penser le 25 quand, derrière les vitres, on croit devenir des personnes qui se réchauffent enroulés dans un pled sur le sofa de leur petit appartement. Et là, on se dit qu’on a perdu le sens de l’accueil, de l’hospitalité et du don. Avec nos repas gargantuesques qui suffiraient à remplir la panse d’un individu normal pour une semaine, voire un mois. Sans même parler du sort des animaux, premières victimes de masse.

Mais bon, ne jouons pas au rabat-joie, ne gâchons pas notre plaisir. C’est formidable de pouvoir se réjouir et voir les yeux de nos proches illuminés. C’est bon, c’est bien, c’est sain. Mais, que l’on croit ou non dans la naissance de Jésus-Christ – pour certains prophète, messie, sauveur ou Dieu-fait-Homme ; pour d’autres, une histoire, une fable, un délire, un fantasme – ce qui est à peu près sûr à la lecture des Evangiles, c’est que Lui l’aurait voulu autrement son anniversaire.

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