Mercredi 4 avril, le Diapason a reçu deux formations. Le GdRA (Groupe de Recherche Artistique) qui a arpenté durant une année les Côtes-d’Armor en récoltant faits quotidiens et expressions d’un patrimoine bien vivant. De ce parcours est né Roërgue. R.Wan, samouraï de la scène et parolier hors pair déploie un univers à l’humour précis et nonchalant. Son spectacle Peau rouge est un continent à part entière. On y croise des sorciers vaudou, des mélomanes en uniforme, des fées narcotiques…

Malgré un projet fort excitant, « Roergue » du GrDA ne convainc pas. Sur le papier l’idée est séduisante, quoiqu’un peu brouillonne   ; sur scène, la « sauce » ne prend pas. Collecte vidéos de tranches de vie de citoyens volontaires dans les Côtes-d’Armor, projection d’extraits de ces entretiens, musique (batterie/guitare/électroniques) et récitatifs…

Le programme l’annonce, aucun lien entre ces personnes si ce n’est de vivre sur le même « territoire » (l’introduction insiste lourdement sur ce motif). Bien, très bien. Mais qu’apporte la musique à tout cela ? Un simple… pré-texte ? C’est dommage, mais ça ne fonctionne pas : la cohérence est absente. Les textes ne sont guère passionnants quand ils ne sombrent pas dans le lénifiant. Certes, quelques rares passages se sont révélés séduisants grâce au jeu sensible et terriblement intelligent d’un batteur heureusement enthousiaste. Au final, l’impression est d’avoir assisté à une répétition d’un projet qui mérite sans doute d’être mené à terme. Pour l’heure, on l’aura compris, l’objectif n’est pas atteint.

Et le contraste est saisissant. R.Wan avec son « Peau-Rouge », titre de son nouvel album et de son spectacle, atteint quant à lui le sien à peine le pied posé sur scène… Mélange explosif de récits fantasques, de fictions onirocauchemardesques, de réalisme fantaisiste, il installe avec aisance son univers personnel. Il pose un mix de poésie popu (très exaltant et sautillant remake du « Laisse béton » de Renaud), de slam sans poncifs, de rap (plus inspiré de Prévert, Audiard ou de Vian que de NTM), sur une musique inventive, énergique, punk-rock-java-musette aux relents « futuristes ».

L’alchimie est là. Les titres s’enchaînent avec efficacité ,entre blagues potaches et ambiances plus sombres. C’est rondement mené, fièrement enlevé, mais avec suffisamment d’esprit « bon enfant » pour qu’on préfère ne pas voir les rouages de la machine…

Et puis, R.Wan est un « bonhomme » tout à la fois sincère et maître absolu de son « flow », de cette énergie qu’il déverse par les mots et les notes mêlées, par leur complète harmonie et, parfois, par le choc que leur rencontre provoque. En outre, décontracté et jovial,il entraîne son public « à bras le corps », luttant contre une salle dont l’agencement ne convenait pas nécessairement à la fougue que son groupe et lui mettaient en œuvre.

Une excellente et exaltante expérience de mots et de sons qui auraient mérité un écrin plus adapté…

Thierry Jolif

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

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