Le collectif Culture Bar-Bars publiait le 25 septembre dernier un communiqué annonçant que l’édition 2020 de son festival ne pourrait pas se tenir comme à l’accoutumée dans le contexte sanitaire actuel. À la place, ce rassemblement de 500 cafés-concerts appelle à des États généraux du droit à la fête dans toute la France, du 23 au 29 novembre.

Le droit à la fête. C’est une expression forte qui rappelle, n’en déplaise aux mesures sanitaires actuelles et à leurs exécutants, que la fête est une manifestation culturelle de la liberté en démocratie. Une expression autour de laquelle le collectif Culture Bar-Bars invite à se rassembler du 23 au 29 novembre prochain, en lieu et place de ce qui aurait dû être sa 19e édition. Depuis 1999, cette union de cafés-concerts née à Nantes et fédérant désormais 500 adhérents sur tout le territoire français organise un festival annuel. Il est devenu, au fil du temps, le deuxième événement culturel national après la Fête de la musique. Mais cette année, impossible de maintenir ce rendez-vous au vu des restrictions subies de plein fouet par les CHRD (cafés, hôtels, restaurants et discothèques). Dans ce contexte, Culture Bar-Bars appelle à une mobilisation générale pour réfléchir à des mesures de bon sens.

Un secteur professionnel paralysé

Alexandre Drosne, gestionnaire et associés de plusieurs établissements parisiens et président de Culture Bar-Bars, rappelle le sombre constat actuel : « Dans la plupart des grandes villes les bars sont frappés de fermetures administratives, complètes ou à partir de 22 h. Les concerts sont globalement suspendus à partir du moment où ce n’est pas en places assises. Et cette situation semble s’installer dans la durée… » Revendiquant la vocation militante de leur collectif, Alexandre Drosne affirme que son rôle est de « réfléchir à notre façon de vivre pendant cette crise, de faire des propositions, de mobiliser tous les adhérents et ainsi d’apporter des solutions pour maintenir le droit à la fête. »

« Les universités sont surpeuplées, les transports aussi, et on tape sur les barsc’est incompréhensible »

Alexandre Drosne

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Car ce droit à la fête est pour ainsi dire bafoué depuis maintenant plus de six mois. Au point que les professionnels du milieu ont l’impression de plus en plus prégnante d’être pris pour les boucs émissaires de l’épidémie. Alors même qu’ils ont fermé les premiers au moment du confinement, qu’ils ont rouvert les derniers, qu’ils ont adopté des mesures compromettant leur rentabilité financière. « Les universités sont surpeuplées, les transports aussi, et on tape sur les bars qui ont pourtant mis en place des protocoles sanitaires pour limiter les risques de contagion, c’est incompréhensible », se lamente Alexandre Drosne.

Les discothèques, quant à elles, n’ont tout simplement pas rouvert. Pour certaines actives l’été seulement, 2020 aura été une année blanche. Pour beaucoup d’autres, la situation n’est pas plus enviable. À quand la fin du calvaire ? À quand le retour de la fête ? Certaines annonces pessimistes prédisent que l’activité des clubs ne pourrait reprendre qu’au printemps 2021. Selon Alexandre Drosne, ces établissements nocturnes souffrent de leur manque d’organisation collective en France, mais surtout de leur mauvaise image auprès de la population. « Si les boîtes disparaissent, tout le monde s’en fiche. L’opinion publique ne bougera pas pour les discothèques », déplore-t-il.

Des aides insuffisantes

Certes, l’État et les collectivités locales ont pu mettre en œuvre quelques mesures visant à soutenir ces entreprises en crise : chômage partiel, accès facilité à des prêts garantis par l’État (PGE), aides financières apportées par les régions. Mais elles sont loin d’être suffisantes pour compenser les pertes d’activités engendrées au cours des six derniers mois.

«  Tout ce qui s’est passé, c’est qu’on a créé de la dette  »,

ALEXANDRE DROSNE

Tout d’abord, l’aide financière de 1 500 € par mois n’a été accordée qu’aux entreprises n’ayant aucune dette fiscale. Quand bien même elle était attribuée, elle ne représente pas grand-chose par rapport aux prix des loyers de plus en plus exorbitants. Le paiement de ces derniers, qui ressort du droit privé, s’est réglé au cas par cas. Au mieux, ils ont été repoussés avec l’accord des propriétaires, mais restent à payer. Et même si des prêts ont été facilités, si des charges ont été suspendues, il faudra bien régler l’ardoise à un moment. «  Tout ce qui s’est passé, c’est qu’on a créé de la dette  », souligne avec dépit Alexandre Drosne.

Et pendant ce temps-là, le chômage partiel, rabaissant les salaires au SMIC, a plongé nombre de salariés dans la précarité. Tandis que les gérants, n’ayant pas le droit au chômage en France, sont dans l’impossibilité de se verser un salaire et vivent sur leurs économies, les patrons de discothèques en tête.

Une mission culturelle empêchée

Dans un entretien sur France Musique à la rentrée, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot expliquait qu’il était inutile de verser des aides financières si le public ne retournait pas dans les salles. Encore faudrait-il pour cela que le tissu culturel du spectacle ne soit pas empêché dans sa fonction première. À Rennes cet été, les rares événements autorisés attiraient immanquablement les foules. Preuve que le public est bien là, rongeant son frein face à la psychose, les discours contradictoires et les restrictions des pouvoirs publics.

manifestation bars
Le comédien David Pérrot, aka Nathalo Apéro, caricature de la maire rennaise, est monté au créneau en soutien des bistrots. « Elle » était présente à la manifestation des tenanciers de CHRD mercredi 30 septembre, place de la mairie, à Rennes

À l’unisson à Paris, J’aime ma discothèque ou On va tous trinquer à Rennes sont autant de mouvements spontanés nés face au manque de considération et au grignotage progressif de la liberté de ces établissements à exercer leur activité. Le collectif Culture Bar-Bars, qui a vocation à rassembler les tenanciers de cafés-concerts, souvent de petites entreprises délaissées par les syndicats professionnels, s’inscrit évidemment dans cette lutte actuelle pour la défense d’une activité professionnelle, mais aussi culturelle.

« Les groupes importants n’ont pas commencé en remplissant le stade de France, mais dans des bars. Ceux-ci ont un rôle de défricheur, d’une part, et d’autre part, ils permettent de faire vivre des scènes pointues, qui n’ont pas accès à des salles plus grandes parce que ce sont des communautés plus restreintes », affirme Alexandre Drosne.

Des propositions de bon sens

Aussi les États généraux qui se tiendront du 23 au 29 novembre auront pour but, en réunissant acteurs du milieu et politiques, de réinventer la profession, ou tout du moins, de la faire s’adapter et survivre à cette crise sans précédent. Denis Talledec, directeur du festival Culture Bar-Bars, se réjouit des réactions suscitées par leur annonce. « Beaucoup de gens se sont manifestés, beaucoup de collectifs, d’artistes, de festivals, de villes, des élus municipaux, mais aussi des députés seront présents un peu partout sur nos débats. L’appel a été entendu au-delà même de nos espérances, c’est qu’il y a un réel appétit ! »

D’ici une quinzaine de jours, les grandes lignes de ces États généraux seront annoncées. Les débats, ateliers et conférences devront aborder différents aspects des problématiques actuelles et seront organisés selon une charte simple, « état des lieux, enjeux et préconisation ». « Il s’agit de dépasser la plainte pour devenir force de proposition », complète Denis Talledec. Cette proposition prendra la forme d’un écrit issu de l’analyse croisée des acteurs, citoyens, élus locaux et parlementaires et qui sera adressé au gouvernement.

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RENNES. ON VA TOUS TRINQUER OU LES CHRD EN COLÈRE

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