RENNES. LE COLLECTIF 35 VOLTS S’INSTALLE À LA FERME DE QUINCÉ

La ferme de Quincé à Rennes s’apprête à faire peau neuve sous l’impulsion du collectif 35 Volts, lauréat d’un appel à projets de la métropole. Le petit havre de paix en bordure de la ville poursuivra les animations culturelles qui s’y sont amorcées ces dernières années, tout en renouant avec son activité agricole d’antan et en s’inscrivant dans le tissu social du quartier Beauregard. Dès le mois de juin, après quelques travaux et une campagne de financement participatif, une guinguette accueillera les premières festivités. Visite à la ferme.

Planqué entre la rocade ouest, le quartier Beauregard et la zone commerciale de Saint-Grégoire, un coin de nature résiste encore à l’alignement mortifère des parkings. Longez le boulevard Robiquette, puis tournez le dos au centre commercial Grand Quartier pour vous engager sur la petite route arborée du Haut-Quincé. Un peu plus haut se trouve la ferme de Quincé, où s’installe depuis le 1er avril le collectif rennais 35 Volts. L’association a remporté un appel à projets de Rennes Métropole visant à créer un lieu “agriculturel” pour animer le quartier.

QUINCETTE 35 VOLTS

35 Volts à la ferme de Quincé

Le site de la ferme de Quincé a été acquis par la ville de Rennes dans le cadre de sa politique de préemption, mise en place dans les années 80 pour anticiper l’étalement urbain. Aujourd’hui, cette zone est gérée par Territoires Rennes, un opérateur public d’aménagement urbain, responsable de la construction du futur parc champêtre de Beauregard. En 2017, pour éviter que le bâtiment ne tombe en décrépitude, la métropole confiait le lieu à l’association de théâtre Houraillis ainsi qu’au collectif d’artistes plasticiens Init. La ferme de Quincé ouvrait pour la première fois au public.

Deux ans plus tard, Rennes Métropole met en place un appel à projets pour repenser le lieu dans la logique de dynamisation de Beauregard et en lien avec le Plan Alimentaire Durable. L’objectif est de poursuivre les activités sociales et culturelles à destination des habitant.e.s du quartier et des Rennai.se.s, mais aussi de renouer avec la vocation agricole de la ferme. L’appel à projets est lancé quelques semaines seulement après le premier événement du collectif 35 Volts à Quincé en septembre 2019. « C’était un succès », raconte Théo Muller, du pôle musique, « on a réussi à croiser yoga, initiation à la cueillette de plantes comestibles avec Mickaël Hardy de Perma G’Rennes, musique, bonne bouffe. On a vu le potentiel ». « On a monté cette asso pour faire des événements qui mêlent écologie et culture. On n’avait pas projeté de récupérer un lieu, mais on a sauté sur l’occasion quand elle s’est présentée », continue-t-il.

QUINCETTE 35 VOLTS

Quelques mois intenses pour constituer un dossier béton, un an de va-et-vient administratif pour s’assurer de la viabilité du projet, et l’appel est remporté. 35 Volts se concentrera désormais sur ce projet atypique dont rêvent bien des bandes de potes de cette génération : gérer son propre lieu. La ferme de Quincé sera alors le terrain d’expérimentation des interrogations et des ambitions de l’association, que résume ainsi sa présidente, Marine Kunstmann : « Comment faire la fête autrement ? Et comment, grâce à ces formats de socialité festive, transmettre des valeurs qui nous sont chères, qu’on croit vertueuses, résilientes et inclusives ? »

Depuis le 1er avril et la remise des clés, les membres du collectif 35 Volts s’affairent. Ils sont quinze, venus de milieux variés : beaucoup sont issus de la culture et de la production artistique (musique, illustration, scénographie, etc.), certains opéraient déjà ensemble dans le collectif de musique électronique Midi Deux. Mais l’équipe de bénévoles compte aussi une notaire, une urbaniste, une cheffe, une architecte, une communicante, un chargé de partenariat. Par ailleurs, un maraîcher a été recruté pour superviser l’activité de permaculture à laquelle se destine la ferme.

Chantier en cours

Pour commencer les choses sérieuses, il va falloir s’approprier le lieu, et réaliser un certain nombre d’aménagements. Pour la partie permaculture, un long travail de préparation est nécessaire avant de semer. Il faut conditionner le sol, penser la parcelle au mieux pour retrouver les synergies naturelles des plantes et ainsi obtenir un meilleur rendement tout en respectant les sols. « On espère pouvoir semer au printemps 2022 », annonce Marine Kunstmann.

QUINCETTE

Mais le chantier commence déjà dans la cour de la ferme où se tiendra, à partir de cet été, la guinguette de Quincé, la Quincette. Les palettes désossées attendent sagement d’être transformées en assises extérieures, cabanons, ou même en bar, noble réemploi. En contrebas du jardin qui descend en pente douce, une scène va être installée, une scénographie déployée. L’entrée sera ornée d’un rangement à vélo. Et là-bas, dans le coin derrière la grange, un premier cabinet de toilette sèche attend avec impatience les festivités de l’été.

Par ailleurs, ni la longère de la ferme ni la grange ne sont pour le moment conformes aux normes des établissements recevant du public (ERP). Cela représente des travaux coûteux que doit prendre à sa charge l’association 35 Volts. Socialiste, mais pas trop, Rennes Métropole met à disposition le lieu, reste partie prenante dans le projet, mais exige une autonomie financière. Une des conditions de l’appel à candidatures était justement l’élaboration d’un modèle économique viable, notamment basé sur la diversification des revenus.

De l’association à la coopérative

Pour les chiffres, c’est vers Adrien Champas qu’on se tourne. Membre de 35 Volts, il est aussi le gérant de Cult&Com, une entreprise spécialisée dans la recherche de financements privés pour les événements culturels. Dans la cuisine de la longère, tout en finissant de laver la vaisselle, il dresse un tableau clair et transparent. « Pour débuter nos activités, on a besoin d’un investissement total de 150 000 €, réparti en deux ans. Avec une première échéance de 50 000 € cet été pour l’ouverture de la guinguette, qui générera nos premiers revenus ». C’est pourquoi le collectif 35 Volts a lancé une campagne de financement participatif, avec pour objectif de récolter 15 000 € pour les premiers équipements.

À terme, l’ambition de 35 Volts est de créer une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), un modèle hybride d’entreprise privée mais d’utilité sociale, dans lequel tout usager peut devenir sociétaire. « C’est le seul moyen qui permet à une institution publique comme la ville d’être associée au projet », précise Adrien Champas. « Une fois la ferme de Quincé transformée en SCIC, le terrain appartient toujours à Territoires, mais un bail durable sera signé (entre 18 et 99 ans). C’est une vision à long terme. La SCIC permet de faire entrer plein de parties prenantes, de maintenir le projet ouvert », explique-t-il. Car même si les membres de l’association ont déjà beaucoup d’idées pour animer Quincé, leur souhait principal est que la ferme réponde aux besoins, envies, fantaisies et rêveries de ses usagers.

Qu’est-ce qu’on fait à Quincé ?

Dès cet été, la guinguette de la ferme ouvrira au public. Au menu, produits locaux,cuisine de saison et raisonnée. Si les conditions sanitaires le permettent, des événements de plein air gratuits devraient voir le jour, concerts, séances de cinéma, etc. Une parcelle vitrine sera aussi installée au fond du jardin, à des fins pédagogiques, pour mettre en valeur l’activité future de permaculture de la ferme.

Au second semestre, le maraîcher, avec l’aide des bénévoles de 35 Volts, lancera l’exploitation de la parcelle d’un hectare dédiée aux cultures. L’objectif est de produire à partir de 2022 des paniers hebdomadaires de produits de la ferme, en priorité destinés aux voisins de Beauregard. Ils pourront aussi être réinjectés dans l’activité de restauration du lieu ou redistribués à des associations humanitaires locales comme Utopia 56. Un peu plus bas, le long de la route qui mène à la ferme, l’ancien verger sera débroussaillé pour y planter de nouveaux arbres fruitiers avec les habitants du quartier. Et d’autres projets sont dans les tuyaux : un marché des producteurs, une petite zone de pâturage, et peut-être même une plantation de vignes.

FERME DE QUINCE RENNES

Côté culture, on sera servis aussi. Fort de son réseau sur la scène musicale, Théo Muller est prêt à dégainer une programmation aux petits oignons bio. Il se projette déjà sur un planning type : « le jeudi pourrait être une scène ouverte aux artistes du quartier, le vendredi on programmerait des concerts live avec les assos à tendance rock, le samedi, musique électronique, et le dimanche quelque chose de très calme, ambient ou dub ». Une fois mise aux normes ERP, la grange pourra accueillir au rez-de-chaussée des concerts en hiver, avec une jauge d’une centaine de personnes, format qui manque cruellement à la ville de Rennes. L’étage sera quant à lui réservé à un studio pour des résidences collectives de musiciens, invités à partager leur matériel pour une création commune.

La ferme de Quincé a aussi vocation à s’inscrire dans le réseau associatif et culturel local et de créer ou d’accueillir des propositions d’animation d’horizons divers à destination d’un public varié : expositions, conférences, émissions de radio amateurs, cours de yoga, ateliers d’initiation à la pratique agricole ou à la sérigraphie, etc. Des contacts ont déjà été tissés avec la maison de quartier et les bailleurs sociaux, le Cercle celtique, l’Atelier à quatre, spécialisé dans le mobilier et les installations et également domicilié dans le quartier, l’association ESS Cargo, domiciliée à l’université Rennes 2 ainsi qu’avec d’autres tiers-lieux rennais comme l’Hôtel Pasteur. Autant dire qu’il devrait y en avoir pour tous les goûts à Quincé.

FERME DE QUINCE RENNES

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