LE HÉROS DE GUY RECHENMANN, ANSELME VILOC, MÈNE L’ENQUÊTE SANS FAUSSE NOTE

Non content de retrouver, pour une petite visite amicale, du côté de Bordeaux et du Cap-Ferret, notre célèbre flic de papier, Anselme Viloc, nous l’abordons bien ennuyé et soucieux : dans fausse note, notre enquêteur est plus que tracassé par la disparition d’une jeune femme, Pauline, absente depuis plusieurs jours.

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On sait combien les premières heures, les premiers jours sont cruciaux dans ce genre d’affaires, que d’aucuns classent comme « fait divers ». Mais au début du roman, au suspense permanent, ça patouille. On ne sait pas trop de quel côté chercher. Que lui est-il arrivé à cette Pauline ? Est-ce une fugue ou un enlèvement ? Est-elle toujours en vie ?
Anselme Viloc, qui trimballe un lourd passé de souffrance du temps où il vivait du côté de Chambéry quand il a perdu les siens dans des conditions tragiques, prend les choses en main, d’autant qu’il s’est adjoint l’aide d’un jeune homme, Jérémy, lequel ne manque ni de charisme ni d’audace, mais lui aussi finira par disparaître mystérieusement…

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Photo Catherine Rechenmann sur Facebook.

C’est à partir du témoignage quelque peu loufoque émanant du père déboussolé de la jeune fille qu’il va construire sa réflexion, car « notre » Anselme est plus un cérébral qu’un gros bras de terrain. Il n’empêche, chaque enquête pour lui, demeure un jeu d’échecs auquel il s’adonne en tentant toujours d’avoir un coup d’avance sur les malfrats. Mais peu évident encore dans cette nouvelle affaire. Les indices sont minces et, étrangement, l’histoire d’un jeune virtuose du violon va interférer dans ses recherches, convoquant une période apocalyptique de l’Histoire. Donc ce roman, c’est l’histoire dans l’Histoire. Des allers-retours incessants et nécessaires entre aujourd’hui et hier. Entre maintenant et avant. Est-ce que c’était mieux avant ? Probablement pas quand l’auteur nous transporte, par une plume ciselée juste et sourcée dans l’enfer des camps de concentration où même les enfants doivent résister avec leurs petits moyens quand ils ne sont pas encore aspirés par des fours crématoires en folie constante. Quand il convoque les pires nazis qui prennent place dans une enquête qui n’est pas sans rappeler le quotidien monstrueux des déportés.

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Si nos âmes sont grises, comme l’écrit si bien Claudel, on navigue sans cesse entre noir et blanc. Entre Bien et Mal. Mais les notions de Bien et de Mal sont souvent remises en question. L’existence est bien plus complexe que cela.

Dans Fausse note, on retrouve les ambiances dont l’auteur s’entoure, l’importances des lieux, le Cap-Ferret, Bordeaux, tout autant que des personnages récurrents et souvent rassurants pour le personnage central Anselme Viloc, son épouse et sa fille, Sylvia et Noémie, ses amis et collègues, ce damoiseau Jérémy, qu’il prend sous son aile et puis la jeune Lily qui nous manquerait si elle demeurait absente.

Impossible enfin de laisser Anselme Viloc se reposer avant de nous revenir dans de nouvelles aventures sans signaler que ce roman noir est aussi dédié au père de l’auteur, Charles Rechenmann, résistant de la première heure, chef du réseau Rover dans les Hautes-Pyrénées. Le bonhomme sera dénoncé et arrêté le 12 avril 1944 et déporté à Buchenwald en août de la même année. Il sera pendu le 15 septembre 1944. Il était un des 104 agents français de la section F morts pour la France.

Fausse noteGuy RechenmannÉditions Cairn — 235 pages. Parution : janvier 2019. Prix : 9,50 €. 1ère édition chez Vents salés 07/05/2015. Grand format 270 pages.

Couverture : © Djebel — Photo auteur Guy RECHENMANN © DR

Retrouvez une enquête d’Anselme Viloc, le flic de papier de Guy Rechenmann, dans Même le scorpion pleure.

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