Nous nous trouvons, aujourd’hui, face à un incroyable renforcement des moyens mis à notre disposition pour communiquer, travailler, produire, accroître, renforcer et améliorer la gamme de nos prestations. C’est comme si, pour la première fois de notre histoire, se frayait un chemin l’idée selon laquelle il n’y a plus aucun obstacle à la possibilité de disposer de façon inconditionnée non seulement du monde, mais encore de nous-mêmes. Pourtant, dans cette prolifération sans bornes de dispositifs fonctionnels, quelque chose semble paradoxalement ne pas fonctionner comme cela devrait. La « machine » tourne à une vitesse inouïe, mais dans ce tourbillon – que notre quotidien subit comme un destin inévitable, – nous peinons à trouver une position capable de donner sens à nos actions. La désorientation est totale.

Culture de l’éphémère, hyperactivité effrénée, communication sans contenus sont quelques-uns des phénomènes analysés dans les pages de ce livre, avec pour objectif d’esquisser le profil de l’époque dans laquelle nous vivons, et de nous aider à comprendre « où nous avons fini ». Mais aussi à partir d’où, peut-être, il est possible de recommencer. Ce volume constitue une réflexion désenchantée sur l’idéologie contemporaine et sur ses mécanismes de dissimulation ; chaque page laisse transparaître l’embarras à l’égard d’une culture résignée et opportuniste, incapable d’assumer la responsabilité d’une projectualité de long terme.

Ainsi, l’ère dans laquelle nous sommes est une aventure où le court terme est l’adage le plus voulu et le plus suivi. Le but étant de faire tout mieux, tout plus vite, tout plus efficace, tout plus productif, tout plus consommable, tout plus irréfléchi… La liste pourrait s’étendre à l’infini dans chaque jour qui passe est une dérive vers une robotisation des esprits et de la société. L’action pour ne plus avoir à penser.

Si l’on analyse l’évolution de la société depuis son origine, on constate une mutation vers ce que l’auteur nous explique dans cet ouvrage.  Les hommes doivent obéir et/ou se faire imposer un fonctionnement où seul va compter l’optimisation des actions. Des moyens identiques pour une production augmentée. Et ceci est valable  dans tous les pans de la vie : social, travail, amour, consommation, loisirs, etc.

Le constat le plus effrayant est l’oubli, la perte de la mémoire individuelle et collective. La perte des constituants de l’identité afin de s’en fabriquer une nouvelle : sorte de soi trafiqué comme si l’important étant de paraitre et non plus d’être. Le rapport au temps, à l’histoire en est totalement changé. L’utopie et la temporalité comme problèmes au centre du sujet. Le présent instantané qui gobe le passé aussi bien que le futur. Une sorte de monde post-moderne désenchanté qui révèle le triste constat que la société contemporaine s’avère incapable de se projeter dans l’avenir. Seul constat la vie devient dénuée de sens.

Ravageur et inquiétant, mais à lire.

Fabio Merlini est directeur de l'antenne régionale pour la Suisse italienne de l'« Istituto Universitario Federale per la Formazione Professionale » (IUFFP). Il enseigne l'éthique à l'université de l'Insubrie (Varèse). Il préside depuis 2010 la Fondation Eranos.

L’Epoque de la performance insignifiante, Réflexions sur la vie désorientée, parution 23 juin 2011, 208 pages, 23€

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