ven30 juillet 2021

EXPORAMA. EXPO PINAULT, ART CONTEMPORAIN ET AMBITIONS DE RENNES

Cet été, Rennais et touristes sont invités à découvrir Exporama, une manifestation estivale dédiée à l’art contemporain. Elle s’inscrit dans ce profond renouvellement des directions de la Culture et de la Communication, initié en 2014, qui bénéficie indéniablement à l’attractivité de Rennes. Exporama, un rendez-vous annuel sous forme d’archipel de 36 propositions regroupées en 18 lieux. Coup de projecteur sur les expositions de la collection Pinault et de la Couleur crue au Musée des Beaux-Arts.

Cliquez ici pour voir en un coup d’oeil le programme Exporama 2021

A tout seigneur tout honneur, le centre de l’attention suscité par Exporama est occupé par Le noir et le blanc dans la collection Pinault. Cette exposition présente 109 œuvres de 56 artistes du 12 juin au 29 août 2021 au Couvent des Jacobins place Sainte-Anne.

Trois ans après un premier galop d’essai réussi (voir notre article consacré à l’exposition Debout et à François Pinault en tant que collectionneur), voilà une pierre de plus à l’édifice que la Métropole s’emploie à construire : faire de Rennes une destination attractive, un brin arty, en rattrapant lentement mais sûrement son retard en matière de diversité, d’intensité et, conséquemment, de rayonnement artistiques. 

Une fois pénétré le Couvent des Jacobins, à défaut du Maître des cérémonies, le visiteur de l’exposition Pinault est accueilli par un grand vautour qui se dresse à l’entrée du temple. Spectaculaire mise en abysme qui augure du meilleur. 

œuvre de Sun Yuan et Peng Yu

Suit un ensemble d’une centaine d’oeuvres répartie entre huit espaces. Orchestrée par Jean-Jacques Aillagon, la scénographie tisse finement la progression des relations qu’entretiennent les œuvres en noir et blanc entre elles et avec les espaces requalifiés du couvent médiéval.

Le visiteur chemine entre les relectures de motifs anciens ou iconiques récents qui structurent notre vision collective (Eros/thanatos ; la Cène), croise des instants suspendus qui crèvent l’écran, intimes ou obscènes, inédits ou répétitifs, souvent désolants (une cavalcade à dos d’ânes de GI’s masqués à l’occasion d’Halloween / des photos témoignages d’un asile de supposés aliénés) et fait face à du spectaculaire grand public (à l’image, en toute fin de visite, de cette érection de l’événement sportif que fut le coup de boule porté par Zidane à un autre joueur ; création de Adel Abdessemed qui se fait remarquer surtout par sa taille).

Moins doté – en nombre de pièces et d’enjeux – que la première exposition Pinault de 2018, l’ensemble mélange mediums, styles et intentions avec une nette habilité historique et conceptuelle. Il en résulte un territoire bien maîtrisé, une belle architecture intellectuelle, une excellente copie option ‘art contemporain’.

Cela étant, malgré les émotions, impressions et réflexions suscités par plusieurs œuvres puissantes et admirables, cette exposition Pinault laisse une impression de lisseté. Un sentiment qui est souvent le pendant des perfections formelles quand il leur manque une touche d’extravagance, un souffle d’inattendu, un brin de génie. Peut-être lui manque-t-il ce je-ne-sais-quoi et ce presque-rien, chers à Jankélévitch, qui ne peuvent être construits par la raison mais qui accompagnent ce supplément d’âme qui transfigure les parties en un tout. Et fait chef-d’oeuvre.

Supplément d’âme qui, paradoxalement, habitait la scénographie plus exubérante et moins étroitement ficelée du précédent exercice de 2018. Sans doute le rapport concept/ressenti élaboré pour l’expo Debout ! par Caroline Bourgeois avait-il atteint un rare point d’équilibre.

Ce léger bémol esthétique ne saurait pour autant dissuader quiconque d’aller visiter cette nouvelle exposition Le noir et blanc dans la collection Pinault. Accessible et quasi pédagogique, elle réunit nombre de pièces remarquables. 

Mais Exporama 2021, c’est aussi le musée des Beaux-Arts de Rennes.

Avec une dotation financière évidemment moindre que la collection Pinault, la partie n’était pas jouée d’avance. L’enjeu pour la communication de la ville étant de pérenniser ce rendez-vous annuel de l’art contemporain, il s’agissait de démontrer que la retardataire ville de Rennes saurait, en miroir de l’expo Pinault, mobiliser localement des acteurs et des richesses sans susciter ni impression d’indigence ni discrédit provincialiste, lesquelles ouvrent la porte à l’anathème d’amateurisme. Bref, deux expos complémentaires et non le vassal d’un seigneur.

Le pari est gagné.

Le nouveau directeur du musée des Beaux-Arts, le conservateur en chef Jean-Roch Bouiller (voir notre article), accompagné par deux structures locales, a conçu une remarquable exposition intitulée La couleur crue. Elle visite la couleur, cette impression visuelle qui circule de notre rétine à notre cerveau, à travers un point de vue à la fois historique, technique et processuelle. L’ensemble est d’un savoir-faire d’une cohérence lumineuse. 

Aussi bien le documentaire d’Edi Rama & Anri Sala sur la colorisation de Tirana (on rêve que ce édifiant exemple inspire les édiles de la France entière et leurs choix architecturaux bien souvent sans audace) que l’épiphanie d’une étoile aux effets de bigbang optico-spirituelle ou, encore, l’exceptionnelle série de tablettes néo-sumériennes et post-codex montreront aux public (néophyte ou averti) combien cet art contemporain souvent conspué peut être – parfois – un lieu où l’expérience esthétique fraie des chemins vitalisants de compréhension du réel et…du fictif. 

Alors, courez donc faire le tour d’Exporama ! Vous y trouverez de l’existence en noir et blanc, des films en couleur et, surtout, de la vie. De la vie tout court, mais pas tout simplement.

De quoi illuminer cet été post-catastrophe et panser notre regret que notre bonne ville a préféré, en matière de requalification du Palais du Commerce qui héberge actuellement la Poste, retenir le projet d’un magasin de sport plutôt qu’une annexe du Palais de Tokyo. Demain sera plus beau. Dit-on. Il faut imaginer les villes heureuses.

Cliquez ici pour voir en un coup d’oeil le programme Exporama 2021

Et si vous souhaitez une description plus détaillée de ces expositions, retrouvez-les ici :

Collection au parc du Thabor.

Au-delà de la couleur aux Jacobins

La couleur crue au MBAR

En bonus, le dernier Culture club de l’année qui comprend une courte mais divertissante visite de l’expo en vidéo réalisée en partenariat avec TVR par notre bon complice, le pétillant Thibaut Boulais. A noter que cet adorable petit filou de Thibaut n’a pas dit à Nicolas qu’il avait ses lunettes noires sur le nez et non ses lunettes de vue durant la visite. La revanche du petit Nicolas aura lieu dans un prochain épisode… 

Nicolas Robertihttps://www.unidivers.fr
Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il a créé en 2011 le magazine Unidivers dont il dirige la rédaction.

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Cet été, Rennais et touristes sont invités à découvrir Exporama, une manifestation estivale dédiée à l’art contemporain. Elle s’inscrit dans ce profond renouvellement des directions de la Culture et de la Communication, initié en 2014, qui bénéficie indéniablement à l’attractivité de Rennes. Exporama, un rendez-vous annuel sous forme d’archipel de 36 propositions regroupées en 18 lieux. Coup de projecteur sur les expositions de la collection Pinault et de la Couleur crue au Musée des Beaux-Arts.

Cliquez ici pour voir en un coup d’oeil le programme Exporama 2021

A tout seigneur tout honneur, le centre de l’attention suscité par Exporama est occupé par Le noir et le blanc dans la collection Pinault. Cette exposition présente 109 œuvres de 56 artistes du 12 juin au 29 août 2021 au Couvent des Jacobins place Sainte-Anne.

Trois ans après un premier galop d’essai réussi (voir notre article consacré à l’exposition Debout et à François Pinault en tant que collectionneur), voilà une pierre de plus à l’édifice que la Métropole s’emploie à construire : faire de Rennes une destination attractive, un brin arty, en rattrapant lentement mais sûrement son retard en matière de diversité, d’intensité et, conséquemment, de rayonnement artistiques. 

Une fois pénétré le Couvent des Jacobins, à défaut du Maître des cérémonies, le visiteur de l’exposition Pinault est accueilli par un grand vautour qui se dresse à l’entrée du temple. Spectaculaire mise en abysme qui augure du meilleur. 

œuvre de Sun Yuan et Peng Yu

Suit un ensemble d’une centaine d’oeuvres répartie entre huit espaces. Orchestrée par Jean-Jacques Aillagon, la scénographie tisse finement la progression des relations qu’entretiennent les œuvres en noir et blanc entre elles et avec les espaces requalifiés du couvent médiéval.

Le visiteur chemine entre les relectures de motifs anciens ou iconiques récents qui structurent notre vision collective (Eros/thanatos ; la Cène), croise des instants suspendus qui crèvent l’écran, intimes ou obscènes, inédits ou répétitifs, souvent désolants (une cavalcade à dos d’ânes de GI’s masqués à l’occasion d’Halloween / des photos témoignages d’un asile de supposés aliénés) et fait face à du spectaculaire grand public (à l’image, en toute fin de visite, de cette érection de l’événement sportif que fut le coup de boule porté par Zidane à un autre joueur ; création de Adel Abdessemed qui se fait remarquer surtout par sa taille).

Moins doté – en nombre de pièces et d’enjeux – que la première exposition Pinault de 2018, l’ensemble mélange mediums, styles et intentions avec une nette habilité historique et conceptuelle. Il en résulte un territoire bien maîtrisé, une belle architecture intellectuelle, une excellente copie option ‘art contemporain’.

Cela étant, malgré les émotions, impressions et réflexions suscités par plusieurs œuvres puissantes et admirables, cette exposition Pinault laisse une impression de lisseté. Un sentiment qui est souvent le pendant des perfections formelles quand il leur manque une touche d’extravagance, un souffle d’inattendu, un brin de génie. Peut-être lui manque-t-il ce je-ne-sais-quoi et ce presque-rien, chers à Jankélévitch, qui ne peuvent être construits par la raison mais qui accompagnent ce supplément d’âme qui transfigure les parties en un tout. Et fait chef-d’oeuvre.

Supplément d’âme qui, paradoxalement, habitait la scénographie plus exubérante et moins étroitement ficelée du précédent exercice de 2018. Sans doute le rapport concept/ressenti élaboré pour l’expo Debout ! par Caroline Bourgeois avait-il atteint un rare point d’équilibre.

Ce léger bémol esthétique ne saurait pour autant dissuader quiconque d’aller visiter cette nouvelle exposition Le noir et blanc dans la collection Pinault. Accessible et quasi pédagogique, elle réunit nombre de pièces remarquables. 

Mais Exporama 2021, c’est aussi le musée des Beaux-Arts de Rennes.

Avec une dotation financière évidemment moindre que la collection Pinault, la partie n’était pas jouée d’avance. L’enjeu pour la communication de la ville étant de pérenniser ce rendez-vous annuel de l’art contemporain, il s’agissait de démontrer que la retardataire ville de Rennes saurait, en miroir de l’expo Pinault, mobiliser localement des acteurs et des richesses sans susciter ni impression d’indigence ni discrédit provincialiste, lesquelles ouvrent la porte à l’anathème d’amateurisme. Bref, deux expos complémentaires et non le vassal d’un seigneur.

Le pari est gagné.

Le nouveau directeur du musée des Beaux-Arts, le conservateur en chef Jean-Roch Bouiller (voir notre article), accompagné par deux structures locales, a conçu une remarquable exposition intitulée La couleur crue. Elle visite la couleur, cette impression visuelle qui circule de notre rétine à notre cerveau, à travers un point de vue à la fois historique, technique et processuelle. L’ensemble est d’un savoir-faire d’une cohérence lumineuse. 

Aussi bien le documentaire d’Edi Rama & Anri Sala sur la colorisation de Tirana (on rêve que ce édifiant exemple inspire les édiles de la France entière et leurs choix architecturaux bien souvent sans audace) que l’épiphanie d’une étoile aux effets de bigbang optico-spirituelle ou, encore, l’exceptionnelle série de tablettes néo-sumériennes et post-codex montreront aux public (néophyte ou averti) combien cet art contemporain souvent conspué peut être – parfois – un lieu où l’expérience esthétique fraie des chemins vitalisants de compréhension du réel et…du fictif. 

Alors, courez donc faire le tour d’Exporama ! Vous y trouverez de l’existence en noir et blanc, des films en couleur et, surtout, de la vie. De la vie tout court, mais pas tout simplement.

De quoi illuminer cet été post-catastrophe et panser notre regret que notre bonne ville a préféré, en matière de requalification du Palais du Commerce qui héberge actuellement la Poste, retenir le projet d’un magasin de sport plutôt qu’une annexe du Palais de Tokyo. Demain sera plus beau. Dit-on. Il faut imaginer les villes heureuses.

Cliquez ici pour voir en un coup d’oeil le programme Exporama 2021

Et si vous souhaitez une description plus détaillée de ces expositions, retrouvez-les ici :

Collection au parc du Thabor.

Au-delà de la couleur aux Jacobins

La couleur crue au MBAR

En bonus, le dernier Culture club de l’année qui comprend une courte mais divertissante visite de l’expo en vidéo réalisée en partenariat avec TVR par notre bon complice, le pétillant Thibaut Boulais. A noter que cet adorable petit filou de Thibaut n’a pas dit à Nicolas qu’il avait ses lunettes noires sur le nez et non ses lunettes de vue durant la visite. La revanche du petit Nicolas aura lieu dans un prochain épisode…