Il était une fois Jean-Romain Lefèvre et Isabelle-Pauline Utile… Les Pailles d’or, le Petit-Écolier, Figolu, Chamonix, Granola, etc. Comment une simple pâtisserie familiale est-elle devenue un fleuron de l’industrie nantaise ? Le château des ducs de Bretagne propose de le découvrir à travers l’exposition LU, un siècle d’innovation (1846- 1957). Jusqu’au 3 janvier 2021, la balade se savoure tel un Petit-Beurre.

« Pour susciter la gourmandise, rien de tel que de séduire l’œil », Louis Lefèvre-Utile

Autrefois installée quai Baco, il est aisé d’imaginer l’odeur délicieusement sucrée s’évader de la manufacture avant de se propager malicieusement dans l’air nantais. Une effluve à s’en lécher les babines. Une odeur qui réveille des souvenirs enfouis… une madeleine de Proust.

Se replonger dans l’histoire de la marque Lefèvre-Utile équivaut à remonter le temps, au milieu du XIXe siècle plus précisément. Difficile à croire de nos jours, il était pourtant une époque où les biscuits faisaient à peine leur apparition. Leur goût novateur apparaît d’abord en Angleterre vers 1816 avant de régaler les Français en 1862. C’est dans ce contexte de révolution industrielle que l’on rencontre Jean-Romain Lefèvre, co-fondateur avec son épouse de la marque Lefèvre-Utile, plus connu sous le nom de LU.

Avec nostalgie et en couleurs, LU, un siècle d’innovation (1846-1957) plonge le public dans la saga familiale Lefèvre-Utile, une famille aux projets avant-gardistes, autant dans la création que dans l’innovation. À travers 460 objets, dont certains exposés pour la première fois, l’exposition retrace l’évolution de la biscuiterie de sa création en 1846 au logo actuel, pensé en 1957. Comment tout a commencé ? Que signifie l’acronyme LU ? Qui est le visage espiègle du Petit-Écolier ? Histoire d’une entreprise familiale en dix informations et anecdotes !

Au début, « À la Renommée » …

De retour à Nancy pour apprendre le métier de biscuitier auprès de son frère, Jean-Romain Lefèvre fait la rencontre de Pauline-Isabelle Utile qu’il épouse un an plus tard. Installés à Nantes, le couple ouvre une pâtisserie artisanale baptisée « À la Renommée », au 5 rue Boileau. La divinité allégorique grecque souvent représentée avec une trompe devient alors l’image de la marque. Un choix judicieux quand on connaît la suite de l’histoire…

Habitués à consommer les biscuits dits « de mer », les Nantais découvrent ces gâteaux et biscuits secs vendus à la sortie du four dans la cour ou distribués dans les commerces alentours.

Que signifie la contraction LU ?

Après l’ouverture de la biscuiterie familiale, Jean-Romain Lefèvre et Isabelle-Pauline Utile décident de réunir leur nom respectif. Dès lors, le nom patronymique Lefèvre-Utile sert de marque. L’artiste tchèque Alfons Mucha est le premier à jouer avec les initiales L et U, contraction des deux noms de famille, en réalisant une aquarelle pour le célèbre calendrier de l’année 1867, servant de modèle pour la publicité Gaufrette Vanille. Le graphisme de LU est cependant peu lisible à l’époque.

De 14 à 1200 ouvriers en 3 décennies !

En 1882, Louis Lefèvre-Utile reprend la biscuiterie de son père avec l’idée de la transformer en usine moderne. « Pour répondre à la demande croissante de biscuits, maîtriser son avenir, sa viabilité économique, tout en proposant de nouveaux produits […] l’entreprise s’installe dans une ancienne filature, face au château », lit-on dans le dossier de presse. Longeant la Loire et près du pont de la Rotonde, la manufacture de 2000 m² est inaugurée en 1885. Une nouvelle étape franchie dans son ascension.

Après un incendie en 1888, 142 personnes travaillent dans l’usine rénovée de 3 800 m² et 530 tonnes de biscuits sont cuits par an. La biscuiterie ne cesse de se développer – nouveaux bâtiments de production, écuries, ateliers de ferblanterie et de menuiserie, bâtiment pour les expéditions, laboratoire d’analyses – jusqu’à atteindre 40 000 m² en 1913. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, 1200 ouvriers œuvrent à la fabrication de 20 tonnes de biscuits chaque jour.

Le Petit-Beurre : un biscuit au destin international ?

Fier de ses « quatre oreilles et quarante-huit quenottes » (cinquante-deux au total), le Petit-Beurre LU est l’un des biscuits emblématiques de la marque. S’inspirant des productions anglaises de l’époque, Louis Lefèvre-Utile dessine les esquisses préparatoires du futur gâteau star mondiale des goûters en 1886. Le biscuit est également perforé en son centre de vingt-quatre coups de poinçons répartis en quatre lignes de six. Le tout correspond aux quatre saisons, aux cinquante-deux semaines de l’année et aux vingt-quatre heures d’une journée. Une belle anecdote à ressortir à l’heure du goûter !

Qui est l’architecte des deux tours LU ?

Intégrée au paysage urbain nantais et à l’histoire industrielle de la ville, seule une tour ne subsiste aujourd’hui. Déjà implanté en plein centre-ville, quand Louis Lefèvre-Utile demande la construction de deux tours afin d’encadrer la porte d’entrée principale des usines, le symbole est fort. Plus qu’un agrandissement du site, il cherche à mettre en valeur son identité industrielle afin de gagner en notoriété. De plus, « un château industriel avec deux tours, face à l’ancien château ducal ». Le jeu de miroir s’impose.

Qui en est l’auteur ? Le projet retenu est celui d’Auguste Bluysen. Dans un style art déco, l’architecte orne les tours en cours de construction d’un haut-relief représentant le Renommée entourée des signes du zodiaque sculptés par François Perrault (1905). Partiellement abîmée pendant la Seconde Guerre mondiale, l’actuelle tour a été restaurée à l’identique et inaugurée en 1998.

Première usine de produits de qualité française au début du XXe siècle ?

Dès sa création, LU trouve dans l’arrière-pays nantais tous les produits nécessaires à la composition de ses biscuits : lait frais, farine, œufs de Vendée et miel de Bretagne. Sucre de canne, noix de coco et vanille arrivent des îles de la Martinique et de Guadeloupe, ou de la Réunion par le port. L’usine possède également sa propre laiterie, beurrerie et les matières premières étaient contrôlées par un labo d’analyses sur le site. La manufacture est la seule usine en France à posséder cet équipement au début du XXe siècle.

Des biscuits qui suivent l’actualité

De multiples biscuits ont été pensés et créés au sein de la structure métallique du Quai Baco, mais, fait étonnant, plusieurs nouvelles recettes surfaient sur l’actualité durant les années 1890. Louis Lefèvre-Utile profite par exemple de certains événements politiques pour concevoir des objets publicitaires, voire de nouveaux biscuits, tel les biscuits Néva créé à l’occasion de l’alliance franco-allemande scellée en 1892. Une série de cartes à collectionner et la fabrication de boîtes métalliques ont également été pensées afin d’accompagner la vente de ces nouveaux biscuits.

Qui se cache derrière le visage du Petit Écolier ?

À la fois croquants et fondants, au chocolat au lait ou au chocolat noir, les biscuits « Le Petit-Écolier » ont ravi et ravissent toujours les plus petits (et grands). Le chérubin accompagne aujourd’hui de ses petits commentaires sur la biscuiterie le public dans la visite de l’exposition. Mais qui donc a prêté son visage à ce gâteau sec devenu super star des goûters ? Le Petit-Écolier n’est autre que Louis Lefèvre-Utile fils. En 1897, le petit garçon, alors âgé de quatre ans, sert de modèle au peintre Alexandre-Jacques Chantron. Par la suite, la figure du « Petit Louis » va servir de prétexte à la création du Petit Écolier et servira ensuite de modèle à l’illustrateur Firmin Bouisset pour la création du nouveau biscuit.

À qui doit-on le fameux logo LU ?

Depuis sa création, l’entreprise a su se montrer innovante dans sa stratégie de communication. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, le libre-service et les supérettes se développent, avec eux l’importance du packaging : l’identification du produit doit dorénavant être immédiate.

Dirigé par le petit-fils de Louis, Patrick Lefèvre-Utile, s’entoure de grands designers. Le publiciste André Maurus change l’image de la marque, mais la véritable révolution graphique s’opère en 1957 avec le designer graphiste, Raymond Loewy de la Compagnie Esthétique industrielle. Le créateur de la bouteille Coca Cola redessine le paquet du Petit Beurre et donne à la marque son logo aux lettres blanches sur fond rouge qui ne cessera d’être réinterprété et que l’on connaît actuellement. Une nouveau chapitre pour la marque Lefèvre-Utile

L’entreprise, témoin de l’évolution la place des femmes ?

Une tonalité féministe est sans conteste donnée à l’exposition. Révélatrice de l’image et de la place des femmes ainsi que de leur évolution à l’ère de la révolution industrielle, le musée d’Histoire de Nantes propose de découvrir ce siècle d’innovation du point de vue des femmes à travers une sélection d’objets … Quittant la sphère privée pour l’univers des usines, la période de 1846 à 1957 constitue une époque charnière durant laquelle la vie des femmes commence à changer. En inscrivant l’exposition dans un sujet d’actualité, ce choix d’orientation apporte une plus-value certaine à l’exposition.

De la femme mise en scène, séductrice et aguichante dans les publicités à la main-d’œuvre à bas prix, les collections présentées révèlent la dichotomie entre la condition des femmes au travail et la représentation de la femme véhiculée par les messages publicitaires de l’époque. « En mettant en avant d’un côté des logiques de domination et de l’autre des logiques d’émancipation, nous pouvons prendre la mesure de ce qui a changé et de ce qui mérite encore de l’être… ».

La plongée de la saga familiale Lefèvre-Utile peut se poursuivre sur les remparts…. Que le ciel soit couvert ou dégagé, les hauteurs du château offrent la possibilité de contempler la tour LU. Pour les plus fervents admirateurs de la marque, à quelques minutes à pied, le Lieu Unique ouvre également ses portes. Une occasion de découvrir l’intérieur de l’ancienne manufacture Lu et son imposante structure métallique construite selon les normes de sécurité de l’époque… Et si vous poussez un peu plus loin, pourquoi ne pas finir le pèlerinage par la mosaïque du boulevard Carnot ?

Château des ducs de Bretagne
Musée d’histoire de Nantes

4 place Marc Elder
44 000 Nantes

À partir du vendredi 14 août le port du masque sera obligatoire à l’ensemble des espaces accessibles du château : cour, remparts, musée, exposition

INFOS PRATIQUES / HORAIRES ET ACCÈS

Cour et remparts en accès libre
Ouverture 7 jours/7, de 8h30 à 19h
Du 1er juillet au 31 août : de 8h30 à 20h

Intérieurs du château, musée et expositions
10h à 18h, fermé le lundi
Du 1er juillet au 31 août : de 10h à 18h, 7 jours/7

Dernier accès billetterie 30 min avant la fermeture

Fermetures annuelles du site
1er janvier, 1er mai, 1er novembre, 25 décembre

*

TARIFS

Gratuité

Cour, remparts et jardins des douves en accès libre.
Le 1er dimanche de chaque mois, sauf juillet et août, tous les jours pour les moins de 18 ans, et lors de grands événements (Journées du patrimoine, Nuit des musées, Nuit du VAN), l’entrée au musée et aux expositions temporaires est gratuite pour tous.

Billet à la journée

Entrée au musée et aux expositions temporaires

Tarif plein : 8€

Tarif réduit* : 5€

18-25 ans – enseignants – détenteurs de cartes partenaires – détenteurs de la carte famille nombreuse – une heure avant la fermeture

Gratuit* :
moins de 18 ans – demandeurs d’emploi – bénéficiaires du RSA – personnes handicapées et leur accompagnant – allocataires minimum vieillesse ou ASPA – anciens résistants, anciens combattants et grands invalides de guerre – détenteurs Carte Blanche, du Pass Château, du Pass Nantes et du Pass inter-musées – détenteurs cartes FDOTSI et ICOM – personnel du Ministère de la Culture et des Musées de France – journalistes

* Sur présentation d’un justificatif de moins de 6 mois

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