CARAVAGE À NOTRE ÂGE : FRANÇOIS RIO PRÉSENTE CARE RAVAGES

Jusqu’au dimanche 10 mars 2019, profitez de l’exposition Care Ravages Acte I du photographe breton François Rio à la galerie de l’Élaboratoire. Un bel hommage photographique de l’œuvre du peintre italien Caravage (1571-1610). Présentation.

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François Rio et L’extase de Saint-François de Caravage alias La fuite.

« Beaucoup de personnes sont attirées par les effets de la lumière sur les choses, son interaction avec l’objet et en particulier avec les visages : les expressions modelées en fonction de l’éclairage, les émotions que l’on peut en tirer… en cela beaucoup de peintres m’ont inspiré, notamment Caravage ». À l’heure de la préretraite, l’ancien postier François Rio a sorti son appareil photographique du placard après l’avoir laissé de côté pendant plusieurs années.

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« Le travail de Caravage a marqué une transition, une véritable révolution »

Comment définir l’œuvre du Caravage, peintre italien exposé dans les plus grands musées du monde — le Louvre, le Prado (Madrid) ou encore la National Gallery (Londres) ?

En quelques mots : un traitement réaliste qui lui a parfois fait défaut (certains de ses tableaux refusés pour excès de prosaïsme), des sujets pris sur le vif, figés dans l’instant comme s’ils avaient été « photographiés »… Ce nouveau concept visuel, inventé par le jeune artiste à la fin du XVIe siècle, sert d’inspiration au projet du photographe breton François Rio autour de l’œuvre du maestro italien.

D’une discussion entre amis, il est passé à la concrétisation et propose aujourd’hui une série Care Ravages, actuellement présentée à la galerie de l’Élaboratoire. Sans le comparer au peintre, avouons que le travail du clair-obscur est saisissant. L’obscurité englobe les contours du tableau avant que les sujets ne soient transpercés d’une lumière aveuglante, avec peu de valeur intermédiaire. Une caractéristique spécifique au travail du Caravage et un rendu photographique réussi, notamment grâce à la présence bénévole de Tom Bourreau, un éclairagiste professionnel.

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Refus de la pauvreté, Le Bouc émissaire et La vocation d’une jeune artiste

« Caravage a davantage travaillé la lumière que ses confrères. À cela s’ajoutaient des éléments qui lui étaient propres, comme l’utilisation des gens qui l’entouraient, des personnes de la rue. L’idée pour moi était de reprendre les compositions et lumières, mais aussi le casting qui donne une force réaliste impressionnante ». Avec des thématiques en majorité religieuses et mythologiques, Caravage n’a en effet pas hésité à aller à contre-courant de son temps en faisant appel à des personnes de la rue : marginaux, prostituées ou encore mendiants. De la même manière, François Rio est allé chercher dans le monde qui l’entourait. Il suffit de traverser la rue, et de s’arrêter au bar, pour trouver les emplois de ses photos : Manu du bar le Gazoline sera Jésus, puis un ouvrier, Julien de l’Élaboratoire sera un suicidé et une victime des soldes, etc. « J’ai rencontré pas mal de personnes dans les bars à Rennes. C’est un lieu d’échange extraordinaire et beaucoup d’humanisme ressort de ses rencontres. Il se crée un échange à la fois culturel et humain ».

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L’équipe en plein travail. Douze photographies en un week-end

Un constat de la société en douze photos

Les douze scènes imprimées sur bâche ont pris place sur les murs de la galerie de l’Élaboratoire et sous l’éclairage brut des néons. Elles parlent d’elles-mêmes.

Sans vouloir être critique, François Rio émet un constat sur la situation actuelle du pays. « Les gilets jaunes ont pris un peu d’avance sur moi (rires). La souffrance des gens se ressent au travers des sujets qui emballent la société. On est en perte sérieuse d’humanisme et ces problématiques me tiennent à cœur — explique le photographe. Je suis très sensible à cette nouvelle façon de gérer le rapport à l’homme et à la relation des gens entre eux. Les usages des nouvelles technologies dépassent énormément de monde et laissent sur le pavé les personnes âgées, les jeunes et ceux qui ont du mal à s’en sortir ; les écoles aussi, qui, quelque part, ne répondent plus aux nouveaux besoins ; les hôpitaux malmenés… J’ai tenté de traduire tous ces éléments au travers de la photographie ».

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Le baiser de Judas du Caravage (1602) alias Délit d’humanité de François Rio (2018)

À titre d’exemple, L’Arrestation de Jésus (1602) devient Délit de l’Humanité sous l’objectif de François Rio. Un réfugié à la place de Jésus, les forces de l’ordre à la place des soldats… Considéré comme un prisonnier, le réfugié se fait repousser et même si le tableau ne le montre pas, il est aisé de se douter ce que lui réserve cette arrestation. Quelle est sa faute ? Simplement le fait d’exister et de vouloir une vie meilleure, dans de meilleures conditions que celles de son pays d’origine ? Une belle représentation qui éclate au visage du spectateur. Il n’est pas nécessaire d’être critique pour mettre le doigt où ça fait mal…

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Le Souper à Emmaüs du Caravage (1601) alias Refus de pauvreté de François Rio (2018)

Le manque de personnel dans les hôpitaux, le chaos déraisonnable des soldes, le burn-outFrançois Rio dépeint une France peu glorieuse, mais véridique. Pourtant, un peu de lumière derrière cette noirceur. « Certaines critiques peuvent être positives et des tentatives vertueuses ». Le Souper à Emmaüs (1601) apporte un élan d’espoir avec « un échange, un partage de la connaissance afin d’éviter la perte de la dignité ». Dans Refus de la pauvreté, le personnage de Jésus renseigne les plus démunis pour qu’ils survivent au monde actuel. Un retour à l’essentiel qui montre ce que devraient être les priorités.

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Alors que le rideau vient à peine de tomber sur l’acte I, un acte II ne saurait tarder, si l’on en croit François Rio : « J’ai déjà des idées quelque peu iconoclastes sur la flagellation du Christ… Ma fille a également interprété le personnage de Marie-Madeleine en extase et un autre ami, celui de Narcisse… » Et pourquoi pas un acte III sous la forme d’un spectacle vivant ? Avec des idées plein la tête, la retraite s’annonce belle et productive pour François Rio…

Du vendredi 15 février 2019 au lundi 10 mars 2019

Care Ravages – Galerie de l’É֤laboratoire
48 boulevard Villebois – Mareuil
35 000 Rennes

Facebook François Rio

Collectif Artistique Élaboratoire

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