Électre des bas-fonds (report) L’Avant Seine Théâtre de Colombes, 15 avril 2022, Colombes.

Électre des bas-fonds (report)
L’Avant Seine Théâtre de Colombes, le vendredi 15 avril 2022 à 20:00
Bien sûr, il y a Euripide et Sophocle, bien sûr il y a Eschyle. J’aurais pu travailler sur l’une de ces pièces qui sont des chefs d’œuvres absolus. J’ai choisi d’écrire ma version car je veux raconter cela comme on raconte une fable. Une fable à l’envers C’est la fête des morts. Une fête de théâtre, une fête imaginée ; une vraie fête donc. Les hommes jouent les femmes, Les femmes jouent les hommes. La fille veut être fils. Le pauvre provoque le puissant. Le laid se rit du beau. **L’histoire** Nous sommes dans le quartier le plus pauvre d’Argos. C’est le premier jour du printemps, on y célèbre la fête des morts, prostituées, serveuses, esclaves, les femmes se préparent pour le grand soir. Les meilleurs musiciens sont là. La fête va se refermer comme un piège sur Clytemnestre et son amant Egisthe. A force de prières, Electre a fait revenir le frère vengeur, Oreste. **Electre au lupanar** Quand la pièce commence, Électre vit une fable mais à rebours. De princesse, elle est devenue servante dans un bordel. Mariée à un homme de la plus basse condition, elle garde farouchement sa virginité et se comporte tel un chevalier des temps médiévaux qui se veut pur dans sa quête. « Blanche neige » et « La Belle au bois dormant », après sévices et brimades, après tortures et tentatives de meurtre, finissent par triompher. Elles épousent un prince et retrouvent le statut social qui leur revient de droit. Tout est bien qui finit bien. Electre est orpheline, dépossédée de son père, de son destin, de son rang, de son corps, de sa sexualité. Electre est deux fois bannie. Elle est privée de sa condition et de son nom. Elle est un fruit qui pourrit au pied de sa jeunesse. Personne pour la ramasser. Les attributs qui sont l’apanage de ceux qui sont bien nés lui sont confisqués. Désormais, Electre n’appartient qu’à sa haine. Elle renaît des cendres de son père et, à moins que ne revienne son frère Oreste, elle tentera de tuer le tyran ou s’en retournera là où gisent ceux qui n’existent pas. C’est dans le deuil que se reconstruit Electre. Elle danse et chante sa colère jusqu’à l’obsession, jusqu’à en devenir obscène. Là où vit Electre, il n’y a pas de dieux. Il y a la nuit qui n’en finit pas de tomber sur les damnés de ce monde. Tout est mal qui finit pire encore. **Oreste : un homme dans le corps d’une femme** Oreste dans ma pièce est un jeune homme déguisé en fille. C’est ainsi qu’il survit aux assassins d’Egisthe. Il embrasse sa condition d’exilé(e) et s’en contente. N’est-il pas le fils du vent et des chemins, « une inconnue » parmi les anonymes, une danseuse des rues ? Il doit accomplir son destin, mais tel un ermite venu du fin fond du Caucase, Oreste veut mourir à lui-même. Il veut oublier. Oublier qu’il était homme, qu’il était prince, qu’il était Grec. Pourtant c’est ainsi qu’il reviendra à Argos. Et c’est ainsi vêtu qu’il trompera et tuera sa mère Clytemnestre. C’est sous la menace d’Apollon qu’il est ramené à son état de garçon vengeur. C’est par ce dieu intransigeant qu’il est rappelé à l’ordre viril et forcé d’accomplir ce meurtre indicible ; le matricide. **Electre et Oreste** Frère et sœur sont à la misère. Tous deux sont nourris de haine et de colère. Cependant le héros de cette tragédie n’est pas le couple Oreste/Electre, mais la danse qui en émerge, la danse des retrouvailles. **De la musique, de la danse et du chant** **Une tragédie rock ?** La musique sera au centre de tout. Elle partira du plateau. Rock’n’roll et blues seront les poumons de ce récit. Le texte sera dit et parfois chanté seul ou en chœur. La danse continuera là où s’arrêtent les mots. **Le trio rock, la musique** Les Howlin’ Jaws est un trio de Rock‘n’roll, de blues. Multi instrumentistes, ils donnent à ce travail un espace poétique ferme et profond. Il y aura bien sûr basse, contrebasse, guitare électrique, acoustique, batterie et claviers. Mais aussi oud, timbales d’opéra, percussion indienne (tchenda), mandoline, youkoulélé, saz, bandjo et djura grec. **Le chœur** Si Sophocle, Eschyle ou Euripide ont écrit un chœur pourquoi en fuir le nombre ? Le chœur donne sa puissance aux histoires individuelles. Le chœur est le témoin d’avant le meurtre. Il voit tout en amont. Il flaire le sang à venir, le pressent, l’annonce. C’est le chœur qui fait naître le protagoniste; le premier athlète. Il en est la matrice. Accepter de sortir du chœur, c’est endurer l’apnée, le « à bout de souffle ». C’est jouer en cherchant l’air sans que personne ne le remarque. Jouer la tragédie est un exploit impossible, que la danse rend possible. **Trois chœurs** Douze personnes pour trois chœurs Le premier est composé de danseuses sacrées. Ce sont elles qui initient Oreste à la danse. De la dernière danse surgira la mort. Le deuxième est un chœur d’hommes qui sont la maisonnée royale. Le troisième, et c’est le plus important, est composé de prostituées ; prises de guerre que l’on a forcées à se soumettre à ce terrible destin. Elles chantent, dansent et racontent leur paradis à jamais perdu, mais aussi leur condition de putains. Compagnes de fortune et de misère, elles incitent Electre au meurtre, nourrissent sa haine jusqu’à son paroxysme. Soufflent sur les braises de la vengeance, jusqu’à ce qu’en surgisse un incendie. Troyennes gorgées de rancœur et de haine, elles rêvent de voir couler le sang des Grecs. **La danse** Nous donnons à notre travail chorégraphique une attention particulière en ce qui concerne le geste d’ensemble mais aussi les duos Electre/Oreste, Egisthe/Clytemnestre etc… Catherine Schaub, danseuse contemporaine qui œuvre, entre autres, avec Akram Khan et Marie Chouinard, tiendra le cap artistique de ce travail. L’Espace, une piste de danse, une arène Il y a un plateau recouvert d’un tapis de danse. Il y a des chaises, une trentaine. Il y a un point d’eau, un robinet. Une armoire et ses portes glaces d’où surgissent démons et fantasmes qu’invoque la tragédie. **Note d’intention** “Je me suis toujours posé la question des captifs, des laissés pour compte et des démunis, des prises de guerre. J’ai écrit pour redonner sa place à l’anonyme et inverser la prise en charge masculine de la justice. La colère, la rage, la douleur ne sont pas atténuées parce qu’on est une fille. Les gens s’extasient lorsque les femmes prennent les armes. Il est juste de défendre ce que l’on a de plus précieux quel que soit notre sexe ou notre condition. J’avais besoin d’écrire sur mon monde aujourd’hui. Quel meilleur espace que le tragique, sa démesure et ses excès pour dire la condition humaine dans toute sa noirceur ? Je voulais remettre la langue au centre de mon travail. La parole nous fait défaut. Beaucoup de gens sont pris au piège de leur limite verbale. Il est important de savoir parler donc de dire. J’ose croire que le théâtre est un des endroits où on peut encore développer de la pensée par le langage. Là, la parole devient une arme de subversion puisqu’elle se risque sur le chemin du beau et du juste. Le dernier champ de bataille est l’imaginaire.” **Simon Abkarian**
10 à 31€
Compagnie des 5 Roues – Simon Abkarian

L’Avant Seine Théâtre de Colombes 88 Rue Saint-Denis, 92700 Colombes Colombes Hauts-de-Seine


Dates et horaires de début et de fin (année – mois – jour – heure) :
2022-04-15T20:00:00 2022-04-15T22:30:00