eva jospin

Pour sa huitième édition de « Regard d’artiste », le Domaine de Trévarez accueille les œuvres d’Eva Jospin. Ce rendez-vous annuel, désormais connu et attendu, démontre une fois de plus combien patrimoine et création contemporaine sont compatibles. Le regard porté par Eva Jospin a pour fil conducteur notre rapport à la nature : une nature contrôlée, rêvée, crainte, respectée… Une déambulation sur les pas et sous l’égide des nymphes et autres divinités de la nature…

eva jospin

Marianne Dilasser, responsable des expositions, nous le confie : cela faisait quelque temps déjà que l’idée d’une exposition personnelle consacrée à Eva Jospin avait germé. En 2015, l’artiste présentait son travail au Château de Kerjean, autre site du Chemin du Patrimoine en Finistère. Et ce, à  l’occasion de l’exposition collective Chasseur sachant chasser organisée en partenariat avec le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris.  Dans l’intervalle, les projets d’expositions se sont multipliés pour Eva Jospin. Remarquée pour ses forêts de carton, l’artiste a entamé plus récemment un travail sur l’art des jardins.

eva jospin

La fontaine de Jouvence…

C’est après avoir pénétré le jardin de rocaille et ses cascades que l’on découvre Nymphée, une œuvre permanente créée pour l’exposition. Comme les Oréades et les Naïades, respectivement nymphes des grottes et des sources, goûtons à la fraîcheur d’une niche transformée depuis les années 1990 en fontaine. Le projet d’Eva Jospin d’en faire une « fabrique de jardin » ou folie (terme dont elle a fait le titre de son œuvre présentée au Domaine de Chaumont) lui a été inspiré lors d’une visite au domaine. Sorte d’âge d’or retrouvé, Nymphée se laisse contempler. Le ruissellement de l’eau nous berce et nous emmène loin, vers de nouvelles contrées : celles du rêve. Pittoresque, l’oeuvre divertit l’oeil et agrémente la flânerie. La partie basse est réalisée à partir d’une matrice en carton ensuite moulée dans du béton. La partie haute est quant à elle composée de béton projeté où l’artiste a inséré des coquillages, morceaux de terre cuite, pierres calcaires de Turquie… Une ornementation éclectique empruntant au naturel et à l’artificiel et évoquant, de manière plus modérée, le style rocaille. Le devenir de l’oeuvre appartient désormais au hasard de la nature. La surface de l’oeuvre se verdit par endroits, comme un sage avertissement : la nature ne se maîtrise pas totalement. Une folie sculpturale en écho au « château rose », le caprice architectural de James de Kerjégu, un riche politicien. Édifié entre 1893 et 1907, le château doit son surnom à l’utilisation de briques roses et de granit. Plus surprenant encore est le confort dont disposait à l’époque le château : électricité, chauffage central par canalisation d’eau, ascenseur, monte-charge…

eva jospin

Remonter le cours du temps…

Installée dans une tourelle, Ada est un clin d’oeil discret à l’histoire du lieu. Stigmates des convulsions de l’histoire, le château subi de lourdes destructions lors des bombardements en 1944 de la Royal Air Force. La nature s’est par la suite immiscée dans les failles du temps et de la pierre à l’image des feuilles de laiton et de cuivre ainsi que des lianes de polyuréthane d’Eva Jospin. Aérienne, l’oeuvre se déploie tel un lustre faussement végétal. Poétique aussi comme l’est le motif des ruines cher au peintre Hubert Robert (1733-1808). Celui que l’on surnommait alors « Robert des ruines » imaginait volontiers la Grande Galerie du Louvre à ciel ouvert, nourri très certainement de ses souvenirs des vestiges antiques observés et croqués lors de sa visite à Pompéi.

eva jospin

Promenons-nous dans les bois…

Les Dryades, divinités des bois, nous appellent sous la verrière de l’écurie où a pris place l’installation Panorama, présentée en 2016 dans la Cour Carrée du Louvre à Paris. Un environnement immersif, le mot est à la mode dans l’art contemporain, où se joue un rapport immédiat au corps, au sensible. En résonance à la majesté du parc du domaine, la forêt d’Eva Jospin domine les visiteurs. L’espace circulaire que constitue l’installation s’apparente à une clairière qui, en dépit d’une lumière naturelle et d’une sensation de respiration, est mise en valeur par un éclairage artificiel. Les plans se superposent et les jeux d’ombres créent de la profondeur et du volume. À travers cette forêt de papier, presque un pléonasme, l’oeil essaie difficilement de se frayer un chemin. Une forêt dense qui s’appréhende autant dans une perception d’ensemble qu’en étant attentif aux détails : l’écorce des arbres, les effets de strates, de roches dans le carton, les lianes… Elle s’impose tout de même par sa verticalité à l’instar des forêts de Magritte où le Jockey est… perdu. Comment rompre la monotonie du paysage ? Par des formes tortueuses ou les entrelacs des branches par exemple.

eva jospin

Les salles du rez-de-chaussée des écuries permettent de découvrir la réalisation des œuvres en coulisse, dans l’atelier de l’artiste. Sont également exposées plusieurs œuvres graphiques dont les cernes rappellent celles des arbres ou les stries de la gravure, la Petite Folie et deux œuvres inspirées des transparents de Carmontelle (1717-1806).

eva jospin

Informations pratiques

Regard d’artiste d’Eva Jospin, du 12 mai au 14 octobre 2018.
Domaine de Trévarez
29520 Saint-Goazec

eva jospin

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom