L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt est une autofiction. Elle raconte l’histoire d’un narrateur homodiégétique – Eric Reinhardt donc –, et sa rencontre avec l’une de ses lectrices. Au fil des pages, du lien intime qui se développe, l’auteur découvre une femme à la fois fragile, mystérieuse, volcanique et hypnotique. Teintée d’une tendresse évidente, cette manière de décrire ses malheurs et sa tentative d’émancipation féminine attendrit malgré un certain manque d’originalité. Intimity-show…

 

J’ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne en découvrant sa première lettre : c’était une lettre dont la ferveur se nuançait de traits d’humour, ces deux pages m’ont ému et fait sourire, elles étaient aussi très bien écrites, c’est un alliage suffisamment rare pour qu’il m’ait immédiatement accroché. 
D’abord un peu précautionneuse, cette lettre était, à mesure qu’elle progressait, de plus en plus féroce et mécontente. De l’ironie, une réjouissante indiscipline, des clameurs de cour de récréation résonnaient dans ses phrases – leur graphie inclinée vers l’avenir suggérait bien l’audace consciente d’elle-même avec laquelle cette inconnue s’était précipitée vers moi par la pensée, comme si sa lettre avait été écrite d’une traite sans être relue avant de disparaître irrémédiablement dans la fente d’une boîte postale, hop, ça y est, au terme d’une course irréfléchie, fougueuse, qui sans doute avait démarré à la seconde où la jeune femme avait posé la plume de son stylo sur le papier, déterminée, en se refusant la possibilité de tout retour en arrière, avais-je senti dès la première lecture. 

L'amour des forêts
L’amour des forêts d’Eric Reinhardt

À l’origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu rencontrer l’écrivain pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l’écrivain, l’entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte. Enseignante du côté de Metz, elle est prisonnière d’une union malheureuse avec un homme médiocre qui la maltraite. Elle rêve d’évanescentes évasions. Notamment un amant qui la couvera de douces attentions. Elle se rebelle. En suit une tribulation au sein du site de rencontres MEETIC qui constitue un des passages savoureux de L’amour des forêts. Début d’une émancipation féminine contrainte.

Si cette vie déceptive fait écho à Madame Bovary, la texture et son goût sont tout autre. Chez Reinhardt, ce qui retient c’est l’ironie acide d’une plume habile. Drôle et sarcastique. L’auteur met en scène le monde à travers une création paradémiurgique aux accents d’intimity-show : la créature donne naissance au créateur dans une rencontre entre réel et fictif.

L’amour et les forêts Eric Reinhardt, Gallimard, 21 août 2014, 368 pages, 22€
Eric Reinhardt est l’invité des Champs libres le 30 septembre 2014 : tous les détails

 

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