RENNES 2. ÉPICERIE GRATUITE UN AN APRÈS : RENCONTRE AVEC HÉLÈNE BOUGAUD

Janvier 2019, l’épicerie gratuite ouvrait ses portes à l’Université de Rennes 2. Presque an plus tard, Unidivers a rencontré Hélène Bougaud, co-fondatrice et ancienne présidente de l’association. Retour sur un projet solide, contre le gaspillage alimentaire et la précarité étudiante.

épicerie gratuite Rennes
Rez-de-chaussée du bâtiment Ereve de Rennes 2

Avril 2018, Coeurs résistants frappe aux portes de Rennes 2 avec un constat : le nombre d’étudiants se rendant chez eux est croissant. Hélène Bougaud, motivée à l’idée de monter une association contre le gaspillage alimentaire, prend le projet en main, avec son amie Daphné Sourisseau. Hélène raconte : « Coeurs Résistants nous a aidé à mettre en place le plan de maîtrise sanitaire. Ne pas mettre d’éponges, mais des lavettes, vérifier la température des frigos avant, pendant et après la distribution, gérer la chaîne du froid lors des déplacements, acheter les bons produits de nettoyage, etc. Puis il a fallu trouver un local au sein de l’université, ce qui n’a pas été chose facile. Le local où se trouve l’épicerie gratuite actuellement s’est libéré et est gracieusement prêté par l’université. » Les subventions de l’épicerie gratuite viennent du FSDIE (fonds de solidarité d’initiative étudiante). Quand les étudiants s’inscrivent à la faculté, une petite part monétaire va au FSDIE.

 Épicerie gratuite, Rennes 2

En septembre 2018 l’association lance son appel à bénévoles. L’engouement est là, les réponses positives permettent de réunir un bon noyau d’une vingtaine de personnes. « L’association ne fait pas d’échange financier. Tout est gratuit, si des gens le souhaitent, on préfère les dons temporels. Chaque semaine de nouveaux étudiants proposent leur aide. »

épicerie gratuite Rennes
Photo : Page facebook épicerie gratuite

Ouvert les lundi, mardi et mercredi de chaque semaine, la queue est longue dans le bâtiment Érève, au centre du campus de Villejean. Les étudiants sont parfois là dès 14h30 quand l’épicerie ouvre à 18h.

épicerie gratuite Rennes
Photo : page facebook épicerie gratuite

Pour éviter que certains raflent tout, l’épicerie a trouvé des stratégies : des ardoises indiquant le nombre de produits possible par personne, afin d’ajuster les dons selon les approvisionnements. Et quand il y en a plus … il y en a plus ! « Il y a toujours un ou deux bénévoles dans les locaux pour expliquer le principe et faire remarquer si quelqu’un a pris un peu trop. Mais ça n’arrive jamais. » Raconte la co-fondatrice. « Dès le début on a eu plus de 200 étudiants, mais on a toujours eu de la chance. Les derniers ont moins, forcément, mais ils repartent quand même avec quelque chose. » L’épicerie gratuite est ouverte à tous les étudiants sans condition de ressources pour éviter les effets de seuils de bourses. Hélène poursuit : « Pour certains étudiants c’est difficile d’être à la limite d’un seuil de bourse. Le fait que l’épicerie soit au sein même de la fac, tenue par des étudiants, ce n’est pas trop stigmatisant. »

 Épicerie gratuite, Rennes 2Le trajet est construit : l’étudiant prend un panier puis il peut remplir son tupperware (préalablement apporté) avec des restes de cantines scolaires rennaises. Viennent ensuite le frigo des produits laitiers, les fruits et légumes et les plats secs. L’étudiant peut ensuite se rendre dans la seconde salle où il se sert en pain, oeufs, sucreries puis a le choix entre une viande, un plat préparé ou un plat végétarien. Le vendredi, toutes les trois semaines,  les écoles de formation de crêperie et de pizzaiolo donnent leurs surplus. Chaque soir de distribution, tout le contenu des frigos doit être parti. Le frais n’est pas gardé : il est parfois partagé entre les bénévoles présents.

 Épicerie gratuite, Rennes 2

« J’essaie de m’éloigner du traditionnel plat de pâtes étudiant. En études, on peut difficilement consacrer une heure pour faire un bon repas équilibré. Les solutions de nourriture pas très chère et rapide à cuisiner nous tendent vite les bras. » — Sandra, étudiante en biologie.

« Les dons viennent des supermarchés, des cantines, de certaines boulangeries ainsi que des Restos du coeur ou du secours populaire. Il nous arrive d’avoir des dons d’usines, comme aujourd’hui, où l’on a reçu des brioches d’une usine agroalimentaire » explique Hélène. Elle poursuit : « On a été très médiatisé. C’est bien, mais, beaucoup de magasins se tournaient vers nous pour des dons or, on ne pouvait pas tout accepter entre la place de nos locaux et le nombre de bénévoles. On a réorienté ces magasins vers d’autres associations. Ce qui prend le plus de temps, c’est aller chercher les invendus. C’est aussi le moins attractif  auprès des bénévoles.»

L’organisation des bénévoles se fait via un Google drive entre ménage, distribution, récolte des articles, tenue du local, etc. « À la base, on voulait aller chercher tous les invendus en vélo-cargo, un vélo électrique équipé d’un cargo de transport arrière. Parfois certains articles viennent de supermarchés basés à la Mézière, par exemple. C’est loin, alors on prend la voiture. Les restes des cantines sont cherchés en vélo-cargo, les invendus de Monoprix également. » Explique la co-fondatrice.

 

 Épicerie gratuite, Rennes 2

L’épicerie gratuite de l’Université de Rennes 2 est la première de France. Victime de son succès, car la demande est réelle et importante. Un concept qui fait des petits : « En Suisse, un projet équivalent est sur la bonne voie. Une autre épicerie gratuite va être mise en place à Rennes 1, Nantes, Montpellier… On a été contacté par plus de 70 personnes pour des questions concernant le fonctionnement de l’épicerie. Le frein principal, au-delà des partenariats, c’est la possession d’un local.»

Aujourd’hui diplômée, Hélène n’est plus présidente, mais toujours bénévole. « Quand on a tout donné pour un projet, c’est difficile de partir. On aimerait bien financer un poste. Le turn-over est compliqué dans les associations étudiantes. Quand le porteur de projet part, souvent, tout peu s’effondrer si personne ne reprend les rênes. C’est bien si une personne est référente et est en lien avec les partenaires. Dans les 50 bénévoles, tout le monde n’a pas le contact avec les partenaires ou les membres institutionnels, élus, etc. Transmettre ce réseau d’acteur c’est compliqué. On verra bien ! » explique Hélène.

 Épicerie gratuite, Rennes 2

Le gaspillage alimentaire

Le gaspillage (souvent dû à de strictes normes de vente et sanitaires) des grandes surfaces n’est plus un scoop. 1,2 milliard de tonnes de nourritures sont jetées ou perdues chaque année. En France, c’est 2,3 millions de tonnes de nourriture qui sont jetées dans la grande distribution.

GASPILLAGE ALIMENTAIRE

Mise en place en février 2016, la Loi Garot oblige les grandes surfaces de plus de 400 m2 à avoir un partenariat avec une association d’aide alimentaire et se voit recevoir une amende de 3750 € celles qui rendent délibérément un article invendable alors qu’encore consommable. Une loi qui ne pénalise en aucun cas les grandes surfaces. En effet, selon la loi 1091 tout don à une association offre une défiscalisation de 66 % du montant donné s’il est d’intérêt général ou public et 75 % si l’aide est gratuite et faite aux personnes en difficulté.

La précarité étudiante

En parallèle du gaspillage alimentaire, il y a un autre problème : celui de la précarité étudiante. BCS, CROUS, DIE, APL, ALS, CAF ou CNAF, FNAU, FSDIE, pour les étudiants en STS ou CPGE. Ça vous donne mal à la tête ? C’est normal, nous aussi.

À Rennes, 17,1 % des étudiants déclarent de pas manger à leur faim de manière répétée. Les facteurs sont divers : manque de moyens, de temps, d’organisation, etc.

« 46,2% des étudiants ne mangent pas à leur faim par économie de temps, 45,9% par manque de moyens financiers, 27,5% par manque d’organisation, 14,5% pour surveiller leur poids, 12,4 % pour d’autres raisons et 4,2 % pour raisons de santé » selon l’enquête pilotée par l’Agence d’urbanisme de l’agglomération rennaise Audiar.

Selon une enquête réalisée par l’Observatoire National de la Vie Étudiante , sur 46 340 étudiants interrogés, 45 % déclarent avoir assez d’argent pour couvrir leurs besoins mensuels contre 22,7 %, déclarant avoir été confrontés à d’importantes difficultés financières l’année de réalisation de l’enquête (2016).

Sur les bancs de la Fac, un dialogue revient comme un leitmotiv : « Tu les as reçus, toi, les bourses ? » Non, toujours pas, et ce mois-ci, elles ont une semaine de retard. Les charges, elles, au contraire, tombent tous les mois à la même date. Les étudiants ont plus que doublé en 35 ans (1 181 100 étudiants en 1980 pour 2 439 000 étudiants en 2013) alors que le budget accordé n’a augmenté que de 1,4 %.

Vous pouvez soutenir l’épicerie gratuite en faisant un don ici.

En 2019 l’épicerie gratuite a remporté le 1er prix de la fondation SMERRA récompensant les meilleures initiatives étudiantes. Les prochains projets sont à consulter ici.

EPICERIE SOLIDAIRE RENNES
Dernière distribution de l’année 2019 vendredi 20 décembre

 

Pour aller plus loin  

RENNES. LES PANIERS SOLIDAIRES DES COEURS RESISTANTS

L’étude Audiar : ici.

L’enquête nationale des conditions de vie étudiante de 2016 : ici.

Facebook de l’épicerie gratuite : ici.

Site web de l’épicerie gratuite : ici.

Pour lutter contre le gaspillage alimentaire, vous pouvez aussi acheter à moindre coût des invendus grâce à l’application Too good to go.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom