Pour certains, Anne Sylvestre est une voix liée à l’enfance : toute une génération  la connait depuis la maternelle. Pour d’autres, l’artiste est aussi une femme « d’amour et de mots » n’ayant à rougir d’aucun de ses textes qui tous finiront par trouver place au Panthéon de la littérature. D’ici là, son dernier album sorti au printemps dernier vise en plein coeur. La voix est la même depuis ses débuts. La fougue identique. Le talent ultime. Il est grand temps de se rendre compte que Madame Anne Sylvestre est un des fleurons de la langue française. Juste une femme… et bien davantage.

Jérôme Enez-Vriad : En fonction de son âge, le public vous envisage comme une artiste liée à la mouvance féministe des 70’s, ou comme une chanteuse pour enfant. Avec quelle casquette êtes-vous le plus à l’aise ?

Anne Sylvestre

Anne Sylvestre : Je n’aime ni les casquettes ni les étiquettes. Vous savez, j’écris et chante depuis 56 ans, avec un répertoire de plus de 500 chansons, parmi lesquelles « mes » Fabulettes pour enfants dont je suis heureuse et fière. Je ne les ai volontairement jamais chantées sur scène. Par ailleurs, si je parle des femmes dans mes textes « adultes »,  c’est avant tout parce que j’en suis une et que je connais mon sujet.

Comment vous situez-vous parmi les chanteuses de votre génération qui, comme Valérie Lagrange, Mannick, Colette Magny, Catherine Ribeiro, et bien d’autres…, ont marqué l’engagement social et politique post 68 ?

En réalité, je n’ai pas participé aux événements de Mai 68. Cela s’est trouvé comme ça ! (Il y avait également Francesca Solleville)

Les médias vous soutiennent peu. Est-ce un choix ou une évidence subie ?

C’est, hélas !, une évidence que je ne m’explique pas. S’il y a une raison à cet ostracisme, j’aimerais beaucoup la connaître. Une plus grande attention de la presse éviterait que l’on me demande : « Pourquoi vous ne chantez plus ? On ne vous voit plus ! », alors que je n’ai jamais arrêté.

Absence médiatique d’autant plus surprenante qu’il est impossible de trouver une seule critique négative concernant votre œuvre – Vous pouvez me faire confiance, j’ai cherché ! ; et que vos textes sont étudiés de la maternelle à l’université.

C’est vous qui le dites et je suis heureuse de cette objectivité.

À ce propos, comment ressent-on d’être l’un des très rares auteurs contemporains étudiés par tous les âges et toutes les classes sociales ?

En toute modestie (sourire malicieux), je sais que mes textes sont bons, sinon je ne les chanterais pas.

Vous travaillez une langue pure, souple, accessible et ouverte, simple mais pas simpliste. Quelles sont vos inspirations ?

Merci pour ces compliments. J’ai toujours essayé d’être incomparable. Je suis une littéraire. J’ai étudié les poètes et beaucoup écouté les chansons du répertoire traditionnel.

Agnes Bihl

Pensez-vous inspirer de jeunes auteurs ?

Non, en tout cas pas grand monde… et c’est tant mieux.

De quel artiste de la nouvelle génération vous sentez vous le plus proche ?

Agnès Bihl et Amélie-Les-Crayons.

Aucun sujet n’est tabou dans vos textes. C’en est presque une singularité parce que vous les avez tous traités. L’écologie dans Le lac Saint-Sébastien ; la maladie avec Ça va m’ faire drôle ; la difficulté d’être avec des morceaux comme Thérèse ou Les gens qui doutent ; l’homosexualité dans Xavier ; la mort, la folie, la politique, la prostitution, la religion… Votre œuvre est un véritable glossaire social.

Plus que des sujets, ce sont des histoires. Le lac Saint-Sébastien est une déclaration d’amour à un lac, Xavier est une histoire racontée par une amie. Je ne prends pas position, je raconte, je montre. Cela m’amuse beaucoup que Ça va m’faire drôle vous évoque la maladie ! Je croyais avoir écrit une chanson drôle en entendant les gens rire dans mes concerts…

Par exemple ! J’y ai vu autre chose… Comme quoi ! Les textes s’approprient différemment en fonction de chacun. J’espère avoir mieux écouté votre dernier disque : Juste une femme. Pourquoi ce titre ?

Il s’agit d’une chanson de l’album ? Il suffit que le public l’écoute pour comprendre mon choix.

………..

Ma prochaine question va paraitre futile après cette écoute, mais j’aurais voulu savoir ce que vous inspire la féminisation des noms. S’agissant de vous, ne pas ajouter de « e » à auteur, vous choque-t-il ? Ou, à l’inverse, cela vous offenserait-il d’un point de vue orthographique qu’il y en ait un ?

Je vais être très sincère : ça m’est entièrement égal !

Le second titre du disque, Violette, est particulièrement touchant. Il s’agit d’une femme de 80 ans de passage chez son boucher…

C’est un ras-le-bol ! Comme Violette, j’en ai assez d’entendre « la p’tite dame » (et même « le p’tit monsieur »). C’est insupportable qu’on se permette d’interpeller ainsi les gens au prétexte qu’ils ont un certain âge. Tout le monde a droit au respect, y compris en paroles.

Les sentiments sont-ils toujours fatigants, comme vous l’écrivez dans L’habitant du château ?

L’habitant du château est une métaphore de l’âge, justement. Elle représente tout ce qu’à mesure on abandonne, comme les pièces d’une maison devenue trop grande, mais aussi certains gestes ou certains actes : danser, manger, se laver, aimer… mais il reste l’âme.

L’âme et l’amour… Vous n’avez donc pas dit votre dernier mot d’amour ? C’est, du moins, ce que vous chantez. »

(Nouveau sourire) Cela Monsieur, c’est personnel !

Pardon ! Sans transition, alors… Nous sommes en période de crise sociale. Qu’aimeriez-vous dire à tous ceux qui manquent d’enthousiasme faute de réussir à se projeter dans l’avenir ?

Foncez ! N’attendez pas que l’on fasse tout pour vous. Faites-le vous-même !

Y a-t-il une question que je n’ai pas posée à laquelle vous souhaiteriez répondre ?

« Aimez-vous les interviews ? » – Devinez la réponse (Sourire)

Si vous aviez le dernier mot, Anne Sylvestre.

Merci.

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Anne Sylvestre en concert à La Cigale de Paris, les 17, 18  et 19 janvier 2014

Album Juste une femme – 10 titres : Malentendu / Violette / L’habitant du chanteau / Des calamars à l’harmonica / La lettre d’adieu / Pelouse au repos / Pour un portrait de moi / Le p’tit sac à dos / Je n’ai pas dit / Juste une femme  

Numérique 9,90 € / CD 16 €

"Juste une femme" - Anne Sylvestre

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Entretien avec Anne Sylvestre : Juste une femme (nouvel album)

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