cinéma, film unidivers, critique, information, magazine, journal, spiritualitéDans En équilibre Denis Dercourt dramatise la tragique histoire du cascadeur épique Bernard Sachsé. Avec un Albert Dupontel assagi et virevoltant ainsi qu’une Cécile de France radieuse, le réalisateur apprivoise une histoire aussi trépidante que riche d’enseignements.

 

Chacun cherche son cheval (ou son piano)

en equilibre film

Première scène : un cavalier qui surgit dans le petit matin court vers les dunes au galop. Son nom ? Il le signait longtemps au vitriol. Dupontel s’est assagi. La faute à Cécile de France. Résumé (au triple trot) d’un film inspiré de l’histoire de Bernard Sachsé, cascadeur devenu paraplégique à 30 ans.

L’histoire basée sur la rencontre entre un homme blessé et une femme qui assure (au sens premier du terme) voit l’inversion de l’équilibre de leurs vies. Marc (Albert Dupontel) refuse les clopinettes proposées par la compagnie d’assurance où œuvre Florence (Cécile de France), impeccable dans son tailleur gris et son chignon lisse. Missionnée pour faire plier la tête de Turc (ou plutôt de Breton, car la famille de Dupontel est originaire de Trégomeur, dans les Côtes-d’Armor), elle va baisser la garde à partir d’une initiation à l’équitation lancée comme un défi – qu’elle relève – par Marc.

Denis Dercourt nous surprend : « c’était la première fois que Cécile montait à cheval ; elle n’a pas eu de mal à laisser transparaître son appréhension. Cette séance la déstabilise. La (re)découverte de la sensualité va réorienter l’histoire ». en equilibre albert dupontelFlorence la lisse se remet au piano qu’elle avait délaissé pour de plus raisonnables occupations. Son répertoire ? Liszt ! Pas facile, surtout l’étude d’exécution transcendante, une des plus difficiles ! Cécile de France pianiste (on l’ignorait !)? « Pas du tout, mais Denis ne veut pas de doublure, indique l’actrice. Il demande aux acteurs qu’ils s’entraînent suffisamment longtemps à l’avance pour pouvoir jouer eux-mêmes les morceaux. Je me suis donc mise au piano ». Une nouvelle passion ? « Même pas. Je fais mes choix d’abord pour un scénario qui me happe, et ensuite pour un personnage qui me pousse à me dépasser. Je fonce. Mais quand le tournage est terminé, mon rôle s’arrête aussi. En l’occurrence, le piano également ».

L’exigence de Denis Dercourt, musicien lui-même, passe donc par un investissement total de ses acteurs. Pour les scènes de cascade, c’est donc vraiment Dupontel qui les fait, même celles où il exécute des figures hallucinantes comme un cavalier kirghize virevoltant sur sa monture. « Il y a très peu d’acteurs aussi physiques » reconnaît Dercourt qui ne s’est pas posé beaucoup de questions pour le casting. Il ajoute que pour les chevaux, il a du faire une entorse à son goût prononcé pour la vérité, car « il n’est pas possible d’avoir le même cheval pour le dressage et la cascade ».

Et pour le décor ? Le réalisateur ne cache pas que l’aide des régions est déterminante : « L’Accueil des tournages en Bretagne et Pays de Loire ayant mis la main au pot, on a tourné dans les deux régions ». La ferme de Marc est bien-equilibre-film-denis-dercourt-albert-dupontelen caractéristique du bâti du nord de l’Ille-et-Vilaine. Elle se situe à Miniac-Morvan. L’observateur attentif s’amusera que pour se rendre à Saint-Suliac, le duo Marc et Florence passe par… les marais salants de Guérande ! Les scènes de galopade sur la plage et de tournage du film historique (où Marc est blessé gravement) sont tournées en Loire-Atlantique – preuve s’il en était besoin qu’elle est indissociable de la Bretagne !

La compagnie d’assurance joue un rôle central dans ce film, et elle en prend plein son grade. Le réalisateur ne risque-t-il pas d’ennui ? « Non, non, on s’est vraiment bien documenté pendant l’écriture du scénario. Au final, on a été super soft, estiment mes copains assureurs ! Bernard Sachsé, lui en réalité, en a eu pour dix ans à régler les suites de son accident ! Le thème d’un homme qui se reconstruit a une forte résonance en moi – comme pour tous les travailleurs indépendants ».

Il passe sous silence les moments de dépression. Pas de compassion, pas de pitié, et la preuve par deux acteurs remarquables qu’il ne faut jamais rien lâcher ! L’équilibre en dépend.

 En équilibre Denis Dercourt, 1h27, avril 2015, avec Albert Dupontel et Cécile de France

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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