EMPREINTES DE CRABE OU LE CAMEROUN POST-COLONISATION

« Le Cameroun, tel que nous le connaissons, a changé de forme plusieurs fois, a été indépendant en 1960 et en 1961. Mais tous ceux qui se sont battus pour une vraie indépendance ont été assassinés : notamment les chefs de l’UPC, Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, et le héros de ce roman, Empreintes de crabe, Ernest Ouandié. Le pays a ainsi connu une terrible guerre civile de 1960 à 1970. Ses dirigeants n’aiment pas ceux qui le leur rappellent. Contre la censure, les écrivains, les intellectuels ont inventé plusieurs systèmes d’écriture, dont l’écriture bangam, bamiléké donc, utilisée par certains personnages de ce roman. Ces écrivains, s’ils ne sont pas traités de fous, sont jetés en prison ou ont quitté le pays. ». Patrick NGANANG.

PATRICK NGANANG

Quel roman ! Quelle histoire dans l’Histoire du Cameroun ! Quel voyage littéraire ! Patrick Ngagang nous entraîne dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest dans une période complexe et difficile, celle de la post-colonisation à savoir pendant la guerre civile qui ravagea Le Cameroun, pays qui borde le golfe de Guinée – tour à tour sous le joug de l’Allemagne et de la France avant son indépendance en 1960. À travers le prisme de personnages, ce qui en fait un roman choral, on assiste à la stratégie mise en place par des hommes forts du pays qui orchestrent les guerres ethniques, toujours en lien avec des puissances occidentales, et avant tout la France qui ne souhaitait pas perdre les intérêts économiques qu’elle possédait dans cette partie de l’Afrique.

Cameroun

Au programme, trahisons, mensonges, corruption, assassinats, sauvagerie… Tout y passe. Il faut s’accrocher et lire avec une carte auprès de soi, des notes que l’on peut trouver sur le Net. Mais c’est aussi un roman sur l’amour, sur la force qui unit les uns les autres même au cœur du pire, sur l’exil quand plus rien ne semble possible que la fuite ailleurs. Mais aussi cette formidable volonté de vivre et de donner du sens à une nation jeune et parfois malheureusement handicapée par son instabilité permanente. Instabilité menée de mains de maître bien entendu par des barons politiciens mafieux.

Douala est le port principal du Cameroun, estuaire du Wouri. Le Wouri remonte dans les terres entre fleuve classique et marigot. Marigot, là où aiment rôder les crocodiles qui guettent leurs proies et les attaquent au moment où elles s’y attendent le moins. C’est fatal. Les politiciens de cette époque sont-ils différents ? Pas vraiment, tels les crocos décrits, ils dévorent leurs proies, le peuple ! Et se dévorent entre eux !

empreintes de crabe
Photo @KahWalla sur twitter

Empreintes de crabe, c’est également – sur un point plus géopolitique -, un regard pertinent et riche sur l’histoire de l’UPC (Union des populations du Cameroun), un parti politique clandestin, mouvement de libération nationale, de ses pères fondateurs, de ses membres influents, qui a eu pour but de résister à la force coloniale. A-t-il réussi ? Vaste programme pour désillusions certaines. (le crabe est le logo officiel de l’UPC)

empreintes de crabe
Chronologie issue du site http://www.cl2p.org

Qu’en est-il depuis les années 70 ?

Longtemps restée en clandestinité, l’UPC refait officiellement surface en 1991 avec le retour au multipartisme au Cameroun. Différentes tendances du mouvement sont créées après son renouveau et tiennent des congrès, plus ou moins unitaires, en 1991, 1996, 1998, 2002, 2004 et 2007.
Depuis son retour sur la scène politique nationale, ce n’est qu’en 1997 que l’UPC présente officiellement un candidat à l’élection présidentielle, en la personne du professeur Henri Hogbe Nlend, sorti second derrière le président sortant Paul Biya, réélu. Une nouvelle tentative de candidature d’un membre de l’UPC, le Samuel Mack Kit est faite en 2004. Cette candidature est rejetée par la Cour Suprême, officiellement pour dossier de candidature incomplet.

Empreintes de crabe un roman de  Patrick Ngagang. Éditions Jean-Claude Lattès. 520 pages. Parution : août 2018. 22,90 €.

Couverture : © Fabrice Petithuguenin – Photo auteur © DR

À lire l’article de Georges Dougueli (Jeune Afrique) sur la répression des militants de l’UPC ici.

 

 

 

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