Pour cette soirée de la Saint Sylvestre auréolé de ce Don Pasquale de Donizetti à l’opéra de Rennes, le public a massivement répondu à l’appel de la belle musique : pas une place n’était disponible. Un opéra italien, défini comme opéra « bouffa » – autrement dit amusant – rien de plus réjouissant et digeste pour compenser les excès de la trêve des confiseurs.

don pasqualeGaetano Donizetti était directeur du fameux théâtre des Italiens, sis à Paris rue de la Gaité, lorsqu’en 1842, il reçut la commande de « Don Pasquale ». Cet opéra comique – à ne pas confondre avec un opéra-comique  – est une ultime résurgence de ces pièces divertissantes, directement issues de la « Comedia del arte » dont les racines se trouvent du côté de Naples. Le genre en était déjà complètement passé de mode, mais l’auteur en fait une sorte d’archétype, un résumé définitif de ce à quoi ce genre doit ressembler. Don Pasquale constitue son chef-d’œuvre personnel, et la pièce la plus représentée de son répertoire. L’Orchestre Symphonique de Bretagne, toujours présent pour les grands rendez-vous, était pour cette soirée d’exception naturellement dirigée par un chef italien, l’élégant Tito Ceccherini. Ensemble, les deux firent merveille : ils ont offert une soirée de gala particulièrement réussie.

christophoros stamboglis
Christophoros Stamboglis

Dès les premières notes, l’opulent Christophoros Stamboglis campe un Don Pasquale du meilleur aloi : son physique et sa voix sont tout à fait en accord avec ce rôle et lui confèrent une truculente crédibilité. C’est avec le docteur Malatesta, interprété par Marc Scoffoni, que nous est découverte une intrigue digne de Marivaux ou de Molière. Rien de fabuleusement original, puisque Don Pasquale traite le thème du barbon désireux de se marier et qu’un entourage frondeur roule dans la farine jusqu’à atteindre le but qu’il s’est fixé. Notre chanteur corse jouera donc un rôle qui ne manque pas de faire penser à Sganarelle ou à Scapin et il s’en acquittera d’ailleurs fort bien. Il démontre une fois encore que ces personnages pleins d’humour et de drôlerie lui vont bien et il est évident qu’il les interprète avec plaisir.

don pasquale rennes opéaLa jeune fiancée, Norina, incarnée par la soprano Angela Nisi a pris un peu de temps avant de réussir à nous convaincre. À vrai dire, les toutes premières mesures de sa prestation nous laissèrent un peu inquiets, à peine digne d’une chanteuse amateur. Émotion mal contrôlée ou échauffement de la voix insuffisant, elle réussira pourtant à reprendre son personnage en main. À noter, une courte apparition du baryton rennais Jean-Vincent Blot, qui fait plus de figuration intelligente que de chant, mais le rôle est ainsi écrit ; dommage, car, on l’aime bien ce sympathique garçon, ancien élève de Oleg Aphonin.

Ernesto, le fiancé perpétuellement dans les affres, constituera notre petit coup de cœur de la soirée. Julien Behr jouera ce rôle avec beaucoup de talent. Il fait montre d’excellentes qualités vocales, dominant les aigus de sa belle voix de ténor lyrique léger avec une précision digne d’être complimentée.

julien behr
Julien Behr

Globalement, les chanteurs ont été une source de satisfaction. Ils ont eu la chance d’être servis par la mise en scène de Sandro Pasqualetto, élégante et animée. Elle respecte parfaitement le rythme assez enlevé de cette œuvre. Les décors de Valentina Bressan, simples et plutôt jolis, contribuent également à la cohérence de cette production. Les costumes, sans grande originalité, ne sont pourtant pas un obstacle à notre plaisir. Détail, et qui n’en est pas un, les éclairages intelligents de Marc Delamézière soulignent avec beaucoup de subtilité les changements d’ambiance ou d’état d’esprit des personnages, c’est finement réalisé.

Il serait injuste, voire coupable, de ne pas souligner le travail des chœurs dirigé d’une main irréprochable par Gildas Pungier. Il avait, par l’excellence de son travail porté à bout de bras le Lohengrin de l’an passé. Il confirme tout le bien que nous pensons de lui et la chance que Rennes a d’avoir un professionnel d’une telle exigence.

don pasqualeÀ l’opéra de Rennes Don Pasquale de Donizetti en cette Saint-Sylvestre 2015 s’est révélé être une pièce agréable et même amusante. Un moment qui n’est pas sans rappeler le remarquable divertissement qu’avait constitué le « Helena » de Cavalli l’année passée. N’oublions pas que dans la même veine, dès le mois de mars, se divertir sera recommandé avec l’œuvre un peu loufoque de Hervé intitulée Les chevaliers de la Table ronde. Excellente occasion d’inviter un jeune public et de démontrer, s’il en était besoin, que l’opéra n’est pas antique et solennel, mais souvent joyeux et beau en même temps.

Au sortir de notre douillet opéra, nous nous sommes rendus au spectacle de fin d’année proposé place de la mairie. Entre l’exploit d’un funambule passant par-dessus nos têtes sur un fil, l’orchestre en « live », la violoncelliste rageuse, éperdue de fumigations, cachée dans le clocheton de la mairie, c’est sur une note un peu ésotérique que 2015 a fermé les yeux, quand les nôtres, grands ouverts accueillaient l’année 2016.

Photos : François Berthon

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