Si une fois encore les Tombées de la Nuit pourront être nommées, par quelques malveillants, les Tombées de la Pluie, ce ne sera certainement pas à cause de Monsieur A. Très attendu en terre bretonne, Dominique A a offert le lundi 2 juillet au public rennais  une réserve d’énergie susceptible d’éclairer et de réchauffer bien des nuits armoricaines. Une standing ovation générale des plus méritées.

 

Si la création est ce champ où se révèle la lumière de la personne, Dominique A a véritablement donné la preuve de sa capacité créatrice dans la salle du Triangle. De la revisitation intégrale de son premier album, La Fossette à celle du dernier en date, Vers les Lueurs, avec deux formations et deux orientations très différentes, il a littéralement chaviré une salle comble et rapidement comblée.

dominique a, la fossette, vers les lueurs, concert, rennes, les tombées de la nuit, thierry jolif, nicolas robertiMalgré l’âpreté et la fougue tranchante des arrangements de la première partie, sans concession, mais avec une subtilité rageuse, servi par des musiciens aussi inventifs qu’investis (guitare électrique et synthé, piano et accordéon), Dominique A chamboule ses premières compositions. Le caractère « décalé » des débuts est balayé par l’énergie et la confiance acquise. Sans jamais ne rien perdre de leur originalité propre, au contraire. Les foudres électriques et les nonchalances acoustiques révèlent les énergies pourpres et marines d’un chant qui s’impose toujours autant. Avec toutes la grâce rutilante d’un roc qui, par la magie de mélodies qui n’appartiennent qu’à lui se fait puissance ondoyante, irradiante et reptilienne.

dominique a, la fossette, vers les lueurs, concert, rennes, les tombées de la nuit, thierry jolif, nicolas robertiCe concert remarquable a donné à ressentir le parcours d’un homme qui n’a jamais voulu mettre sous le boisseau sa créativité. Un compositeur qui toujours cherche parmi les harmoniques des sons et des mots ses lumières personnelles, sans refuser la part d’ombre qu’elles recèlent. De Vivement dimanche à Sous la neige  en passant par Mes Lapins (mention spéciale à cette version inattendue et incroyable de puissance électrisante), c’est un parcours sans faute.

Il faut tout de même une audace artistique notable pour oser ainsi reprendre à bras le corps un « travail de jeunesse ». Mais, précisément, le corps de Dominique A est aussi de la partie. Cette singulière gestuelle qu’il a finalement acceptée, cette sorte de gaucherie dégingandée qui devient force et beauté, elle construit la musique et prend la lumière. La lumière… Une nostalgie de la lumière enfuie, enfouie dans les cendres du passé et du monde. Une tristesse surannée qui infuse. Finalement, les mots, la musique, les sons pris et repris à l’athanor de la personnalité sont transmutés en une énergie terrassante mais stimulante. Cette nostalgie qui devient carburant d’une vie qui toujours exulte sous le banal douloureux. Si présente dans les chansons du dernier album, Dominique la sert sur scène. Il se créé et se décrée, il explose les limites et fait résonner ce syntagme si déprécié de « chanson française » dans les sphères cosmiques d’une poésie du rien dérisoire. Des petits riens des relations trop quotidiennes et moroses et des fracas universels.

dominique a, la fossette, vers les lueurs, concert, rennes, les tombées de la nuit, thierry jolif, nicolas robertiIncarné par ses chansons, incarné dans ses chansons, celles-ci se font, pour lui, sur scène peau plus que costume. Le flot luminescent qui parcours Vers les Lueurs devient radioactif, pure irradiation de sensations fortes, le quintet à vent (avec Daniel Paboeuf – bien connu des Rennais…) se fait plus organique encore que sur le disque. Les syncopes mélodiques bien que toujours aussi harmonieuses ne craignent pas  de rivaliser avec le déferlement des stridences métalliques des guitares surchauffées et de la basse vrombissante (mention spéciale pour le bassiste au jeu et à la gestuelle réjouissante).

Toujours l’alliance demeure. Et elle s’empare d’un public de plus en plus conquis, oui c’est bien le terme. De plus en plus singulièrement heureux d’être surpris par cette chaleur harmonieuse, dans cette vague déferlante de sentiments mêlés, de bonheurs fugaces épinglés par une ironie aussi coupante que le son des guitares, de joies éphémères trop tôt enfuies ou trop mal enfouies, mais qui toutes sont portées vers nous avec une force sincère. Sous les lumières qui le découpe, c’est tellement lui que ça peut devenir nous.

dominique a, la fossette, vers les lueurs, concert, rennes, les tombées de la nuit, thierry jolif, nicolas robertiL’harmonie se communique, Dominique ose et s’offre quelques respirations, plaisante… Rien ne viendra rompre l’énergie saisissante. Pas même le « renvoi » du quintet, pas même la fin qui doit toujours arriver, mais qui sera de courte durée. Et là encore, pas de tricherie, mais l’assurance de ce qui doit être dit. Une reprise de Lumières  de Gérard Manset (un fil de soie électrisé se tend entre ceux qui portent la singularité de la « chanson française ») puis quelques « très bonnes chansons » piochées ici et là dans ce champ lumineux de sa création… Le Courage des oiseaux, splendide de nervosité contenue, Hasta que el cuerpo aguante, sombrement incendiaire…

Les Tombées de la Nuit ? Et bien avec cette soirée, elles s’ouvrent sur un abîme de lumières foudroyantes et bourdonnantes. Sur un vertige expressionniste dans lequel Dominique A prouve avec un audacieux talent que la langue française peut encore tressaillir avec une beauté pleine de force fébrile et électrique…

Thierry Jolif & Nicolas Roberti

 


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