DIMITRI ROUCHON-BORIE : « LE DÉMON DE LA COLLINE AUX LOUPS EST ÉCRIT SANS INTENTION »

Le Démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie est une plongée dans les ténèbres et la transfiguration. En complément de notre article de présentation (voir ici la chronique), son auteur Dimitri Rouchon-Borie a accepté de répondre à quelques questions.

Unidivers : Quel est le matériau de base à l’origine du Démon de la Colline aux loups : les affaires judiciaires que vous avez couvertes ?

Dimitri Rouchon-Borie : Il est toujours difficile de savoir précisément ce qui précipite ainsi l’écriture d’un livre. Mais oui, sans doute, toutes ces émotions accumulées au fil des procès, l’empathie aussi qui se joue chaque fois, les rencontres avec des victimes, des accusés, tout cela a fini par rendre nécessaire la production, l’expulsion, de quelque chose de beaucoup plus fort qu’un article.

Unidivers : Quelle impulsion, intérieure, inconsciente, et quel contexte personnel ont pu se conjuguer et précipiter un texte que vous avez écrit en seulement un mois ?

Dimitri Rouchon-Borie : Il y a forcément une dimension indicible dans l’écriture de La Démon de la Colline aux loups et donc dans ses racines. Des émotions judiciaires, qui rejoignent des questions intérieures, et qui croisent aussi des préoccupations, à propos de la solitude, de la maltraitance, de la question du mal aussi, et d’un affrontement total avec soi-même pour s’en débarrasser.

Unidivers : Dans la continuité, comment a émergé ce mode narratif original et tout à fait adapté et porteur ?

Dimitri Rouchon-Borie : Il est venu tout seul. J’avais la toute première phrase du livre en tête depuis quelques jours. Et quand j’ai commencé à l’écrire, tout le reste a suivi, comme s’il était déjà là, à attendre que je commence ce travail de scribe. Cela m’a paru naturel, puisque j’allais rencontrer presque à la naissance un enfant délaissé, maltraité, qu’il ait son langage à lui.

Dimitri Rouchon-Borie
Dimitri Rouchon-Borie dans les Côtes-d’Armor

Unidivers : Eu égard à un contexte où les langues se délient, qu’attendez-vous de ce texte ? Quel impact pourrait-il avoir sur la société ? Comment peut-il servir ?

Dimitri Rouchon-Borie : Je ne crois pas qu’il m’appartient de le dire. Je n’ai pas écrit La Démon de la Colline aux loups dans une intention, et donc encore moins dans une intention sociale et politique. Ce sont les lecteurs qui, maintenant, peuvent répondre à cette question. Evidemment, le Démon de la colline aux loups pose la question de la maltraitance, de l’inceste et de sa prise en charge. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur les moyens alloués aujourd’hui à la protection de l’enfance. Mais il faudrait à ce sujet interroger des experts de la question. Je crois que dans ce livre, il y a juste un enjeu d’empathie. S’il permet de rencontrer ce sentiment étrange qu’il n’y a pas de monstres, mais juste des êtres humains, c’est peut-être déjà beaucoup.

Unidivers : La chaleur animale aimante des frères et sœurs est vécue par Duke comme un paradis perdu. Est-ce une forme d’illustration de la nostalgia, cette douleur de la perte de l’état originel de complétude dont fait mention nombre de religions ?


Dimitri Rouchon-Borie : On peut sans doute avoir cette lecture du Démon de la Colline aux loups. Duke dit effectivement lui-même que ses premières années de vie, lorsque la conscience n’existait pas encore, étaient en fait un paradis sans qu’il le sache. Ensuite vient l’étape de la séparation, puis l’envie de retrouver cette chaleur, cette unité indistincte.

Unidivers : Dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair », René Girard postule, dans les pas de Simone Weil, que les Evangiles consituent une théorie de l’homme avant d’être une théorie de Dieu. « Une carte des violences où son orgueil et son envie enferment l’humanité. » Comment votre évocation pertinente du mal vient-elle contribuer à un enrichissement de la compréhension des humains ?

Dimitri Rouchon-Borie : Est-ce que Duke est un personnage suffisamment universel pour nous dire quelque chose de nous aussi, quand bien même nous n’avons pas traversé ses épreuves, et commis ses crimes ? Je crois que la réponse est peut-être dans cette direction.

Unidivers : Votre prochain livre Ritournelle paraîtra au mois de mai. Les ténèbres y sont toujours mais la lumière a disparu…

Dimitri Rouchon-Borie : Ritournelle raconte la banalité du mal, de la violence. Son incarnation dans des personnages au fond sans épaisseur. Il est plus difficile de se confronter à cette violence ordinaire là qu’à celle de Duke. Car lui cherche du sens. C’est sans doute ainsi qu’il amène de la lumière.

Unidivers : Pour finir, Dimitri, connaissez-vous la Transfiguration de Raphaël ?

Dimitri Rouchon-Borie : Pas du tout !

Unidivers : Alors, il est temps de vous la montrer. J’ai cru y rencontrer un avatar de Duke…

Dimitri Rouchon-Borie : Cet enfant qui se tourne vers la lumière ? Oui, ça pourrait bien être Duke !

Le Démon de la Colline aux Loups, Roman, Éditions Tripode, 240 pages, Tarif : 17,00 €, 7 janvier 2021. Dimitri Rouchon-Borie est né en 1977 à Nantes. Il est journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire et le fait divers. Il est l’auteur de Au tribunal, chroniques judiciaires (Manufacture des livres, 2018). Le Démon de la Colline aux Loups est son premier roman.

Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il a créé en 2011 le magazine Unidivers dont il dirige la rédaction.

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