« On m’appelle Tristan, j’ai trois cents ans et j’ai connu toute la gamme des émotions humaines. Je suis tombé au lever du jour. Une nouvelle vie commence pour moi – mais sous quelle forme ? Ma conscience et ma mémoire habiteront-elles chacune de mes bûches, ou la statuette qu’une jeune fille a sculptée dans mon bois ? Ballotté entre les secrets de mon passé et les rebondissements du présent, lié malgré moi au devenir des deux amants dont je fus la passion commune, j’essaie de comprendre pourquoi je survis.
 Ai-je une utilité, une mission, un moyen d’agir sur le destin de ceux qui m’ont aimé ? »

Un livre dont le narrateur est un arbre ? Farfelue comme idée, direz-vous. Didier Van Cauwelaert l’a fait. Et il l’a même très bien fait. Un récit tendre, émouvant, écologique aussi.
L’auteur nous présente Tristan, un poirier tricentenaire qui vient de tomber à la suite d’un mauvais coup de vent. Tristan ne sait plus où il en est, ses repères sont perturbés. Tombé ne veut pas dire mort. Ses sensations ne s’interrompent pas, elles changent. Il est un peu déçu de ne plus être debout, car Yannis, un jeune « critique d’arbres », devait le faire entrer dans le cercle fermé des Arbres remarquables.
L’auteur, en faisant parler un végétal, présuppose qu’il existe une conscience de la nature. Une conscience qui permet aux mondes végétal et animal de communiquer. Selon Tristan, les hommes auraient perdu cette faculté de comprendre le langage des arbres. Comment cela se déroule ? Au travers des phéromones, du pollen ; mais aussi de l’alliance entre végétaux et animaux pour combattre un « ennemi » (par exemple, des sapins d’Amérique ont sécrété une hormone qui stérilise les punaises dont la surpopulation leur nuisait). Étonnant, véridique et peu connu. Le roman a donc, dans un premier temps, le grand intérêt d’instruire le lecteur sur un sujet rarement traité.
À travers Tristan, le lecteur suit également Yannis et Manon. Manon, jeune adolescente, vit dans la maison mitoyenne à celle du poirier. Le choc de le voir à terre l’émeut, tant et si bien qu’elle se met à sculpter une petite partie de son tronc. Tristan est émerveillé, car tout ce qui compte maintenant pour lui, c’est de vivre autrement : « Je veux vivre encore. Je veux qu’on ait besoin de moi » (p. 71).
 Sa conscience va dès lors se ballader entre les bûches à combustible, les sculptures de Manon et le livre de Yannis. Les personnages qu’il suit vont vivre leur vie, bon gré mal gré, subir joies et désillusions, sans se douter que Tristan est là. Sans se douter que lorsqu’il était vivant, il recevait leurs malheurs.
 L’histoire des personnages est vraiment touchante. Quelques frissons, un peu de larmes aux yeux, et le sentiment d’avoir lu un livre extraordinaire au sens premier : qui sort de l’ordinaire.
A l’aide de son arbre, Didier Van Cauwelaert sonde la nature humaine. Il met en avant les relations égoïstes des hommes face à l’environnement. Sa thèse implicite : cette situation ne saurait durer, car – comme pour le sapin qui régule la population de punaises, –pourquoi les arbres ne trouveraient-ils pas un moyen de réguler la population humaine ?
 Le déroulé est exprimé de façon très tendre, sans jugement : un simple constat.
Petit dans son nombre de pages, ce livre n’en reste pas moins un grand livre. D’une part, grâce au message qu’il transmet ; d’autre part, par la façon dont l’histoire est contée. C’est beau, c’est simple, c’est agréable. L’affection que l’on éprouve pour Tristan, c’est aussi une manière de faire comprendre qu’un arbre n’est pas seulement décoratif : il est essentiel.

Marylin

Le journal intime d'un arbre, Michel Lafon, oct. 2011, 19€

Pour aller plus loin :  le site de l’auteur avec interview photos d’arbres remarquables, vidéos et un dossier pédagogique sur le roman et les thèmes abordés.

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