Alors que Destination Rennes connaît un moment de transition peu enviable, elle a lancé ce matin en partenariat avec Monuments SAS une nouvelle application dénommée Whatizis. Au service du tourisme. Car c’est de cela qu’il est ici question.

rennes destination

Créée à la fin 2013, la SPL Destination Rennes a pour ”objectif d’attirer touristes d’affaires, citybreakers et décideurs économiques”. En pratique, elle oeuvre à deux versants : l’animation touristique classique au profit de la valorisation ad intra et ad extra de la ville et les activités du Centre des Congrès.

Dans ce dessein, Destination Rennes a fait le choix du Couvent des Jacobins (et non du Palais Saint-Georges que préféraient certains) et a vite absorbé l’Office de Tourisme de Rennes créée en 1926 en poussant à la retraite sa directrice Dominique Irvoas-Dantec. Après une décennie, où en est-on ?

Le Centre des congrès, élégamment réhabilité, a ouvert ses portes aux grandes conférences et autres symposiums en 2017 (voir notre article). La clientèle d’affaire, ou plutôt de conférenciers, est au rendez-vous : le centre des Congrès fonctionne bien. Pour autant, le mirifique impact promis sur le chiffre d’affaires des commerçants autour ou plus éloignés dans le centre-ville, notamment en lien avec le secteur tant vanté de la restauration et de la gastronomie, n’a pas eu lieu. Quant au tourisme classique proprement dit, le résultat est à l’avenant : il laisse à désirer.

Evidemment, la crise du covid n’a pas aidé. Mais, bien avant les soubresauts épidémiques qu’aujourd’hui encore, les Rennais ont beau cherché : ils peinent à croiser ces palanquées de citybreakers et autres touristes d’affaires que DR avait promis d’attirer dans notre bonne ville. Certes, le trafic touristique a connu une hausse, mais plutôt modérée, voire médiocre au regard des sommes engagées par la collectivité (en tout cas, bien loin des rêves/phantasmes médiatisés par DR). Conséquence : la consommation de package-forfaits de prestations sur mesure – conçus en partenariat avec certains commerçants qui ont les faveurs de DR – qui était destinée à ces fameux citybreakers n’a jamais décollée. Résultat : les finances de DR sont fragilisées.

Conclusion, cette stratégie promotionnelle conduite par Jean-François Kerroc’h jusqu’à son récent départ exige d’être repensée car elle n’a que partiellement rempli les objectifs. Les congrès, oui ; mais en ce qui concerne la valorisation ad intra et ad extra de la ville, le compte n’y est pas. Et ce, malgré les artifices déployées par la direction de DR qui est peu adepte d’une communication transparente.

Une revalorisation qui aurait dû avoir lieu avec l’arrivée aux commandes de Véronique Rousseau. Mais cette ancienne directrice marketing client d’Yves Rocher n’aura tenu qu’un gros trimestre avant que le divorce avec d’autres têtes dirigeantes de la SPL ne soit consommé. Elle a quitté ses fonctions fin mai. Un autre directeur devrait arriver à l’automne (Angeline Duret, actuelle directrice par intérim ?). C’est dans ce cadre et cet interstice que DR a présenté ce matin à la presse l’application Whatizis.

Après Paris, Rennes est la deuxième ville de France disponible dans l’application smartphone Whatizis. Elle permet aux visiteurs d’obtenir une présentation audio d’une cinquantaine de monuments rennais en les prenant en photo. Une application mobile gratuite disponible pour iPhone et Android.

C’est Olivier d’Avesnes, le directeur de Monuments SAS, qui a présenté ce matin à la presse son bébé. Comment en a-t-il conçu l’idée ? Cet ancien guide conférencier se rappelle la frustration de se retrouver devant un monument et de perdre de précieuses minutes à chercher des infos dans un guide papier ou le nez rivé à son smartphone. De précieuses minutes où il ne regardait plus le monument qui lui faisait face alors que ce dernier aurait dû être au coeur de son champ de vision. Mais voilà que déboule la fameuse app Pokemon go sur les smartphones. Elle a frappé l’imagination d’Olivier d’Avesnes à la façon d’Archimède : utiliser son smartphone pour obtenir de l’info à propos d’un monument qui lui fait face et qu’il prendrait en photo. Autrement dit, une information rapide délivrée sans perdre de vue l’essentiel.

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Olivier d’Avesnes, le directeur de Monuments SAS et créateur de Whatizis

Voilà Whatizis. Armé de son smartphone, un touriste (mais pourquoi pas aussi un Rennais ?) n’a plus qu’à prendre en photo un monument avec l’appli Whatizis. Ce guide de voyage sur smartphone exploite l’IA et le machine learning pour reconnaître des monuments, informer, voire aiguiller les choix des touristes venus découvrir notre belle ville (et pourquoi pas aussi les Rennais eux-mêmes ?). Et cela fonctionne plutôt bien.

Quand tout se passe bien (ce qui n’est pas toujours le cas), grâce à la géolocalisation et aussi à la reconnaissance photo (dans quelle mesure l’un et l’autre, ce n’est pas clair), le visiteur a accès rapidement a des informations écrites et audio avec différents degrés d’approfondissement. Elles s’affichent sous forme de fiches descriptives accompagnées de commentaires audio de 30 secondes à 1 min 30. Conçu en partenariat entre DR, Whatizis et des enseignants, le contenu est pertinent et de bonne qualité.

En outre, tous les monuments que le visiteur a identifiés restent en mémoire dans un carnet de voyage. L’application suggère aussi d’autres points d’intérêt à proximité. Et, bien sûr, des suggestions commerciales. Des propositions commerciales ? Des visites avec des guides conférenciers, des propositions de sorties dans tels ou tels lieux de Rennes, des packages touristiques, des offres commerciales alléchantes – l’éventail des possibles est large, il est susceptible d’aller de la publicité pertinente à l’inopportune. Bref, c’est un modèle économique.

Une solution technologique et économique qui est promis à une belle croissance si elle gagne en fluidité, si elle respecte une juste mesure publicitaire et si les clients-visiteurs sont au rendez-vous. De fait, l’augmentation de la base de données – autrement dit l’index des fiches dédiées – s’opère à partir des suggestions des visiteurs lorsqu’ils constatent qu’un monument ne s’y trouve pas référencé. Dès lors qu’un certain quota de clients de l’app demande de l’inclure dans la base de données, Whatizis et DR promet de s’en acquitter. Bref, si cette application parvient à créer un engouement du public à travers un fort usage participatif, le succès commercial de Monuments Sas et Destination Rennes est assuré. Dans cette optique, nous nous permettons quelles remarques et suggestions.

En pratique, au lancement de Whatizis et, après le choix de la ville (pour l’instant, Paris ou Rennes), une base de données est chargée sur chaque téléphone. Le processus prend un certain temps (de 1 à 2 minutes pour 50 fiches), mais il permet une utilisation hors connexion. Le fondateur de Whatizis-Monument justifie ce choix par les vertus écologiques d’une consommation énergétique ainsi réduite de leur serveur. Mouais… En réalité, l’énergie nécessaire à la transition de ce flux de données se trouve délestée sur le smartphone et le réseau téléphonique de chaque utilisateur. Qui plus est, alors que chacun ne va consulter que quelques fiches de la base de données, il est obligé de la télécharger en son entier et de la mettre à jour à chaque fois qu’il lance Whatizis…

Pourquoi ? Il s’avère que cette application est conçue avec pour objectif (parisien) d’être utilisé par des visiteurs extra-européens pour qui le téléchargement de données à l’extérieur de leur pays (roaming) coûte cher. D’accord, mais pourquoi ne pas proposer à l’installation un choix d’utilisation : soit en téléchargeant toute la base de données de telle ou telle ville en une fois ou à la demande (tel ou tel monument) sur le mode de Google lens ? Et ce, d’autant que le mode actuel hors connexion génère des coupures de fonctionnement (la reconnaissance visuelle qui scanne la photo ne sait plus où se trouve le visiteur…).

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Ensuite, pourquoi se limiter à des monuments patrimoniaux et ne pas intégrer des oeuvres d’art contemporain ou, simplement, tout élément à forte valeur créative ?

Enfin, et point corollaire du précédent, cette application gagnerait à être orientée non seulement au profit des touristes mais aussi des milliers de résidents de Rennes, Rennes Métropole et du pays rennais.

Alors, l’app Whatizis va-t-elle contribuer à propulser la fréquentation touristique de Rennes ? On ne peut que le souhaiter. Mais le lecteur, en particulier rennais, aura noté combien les points soulevés par notre présentation de cette app recoupent en partie ceux soulevés par celle de Destination Rennes.

Au croisement des projets, il y a le réel, lequel est têtu comme les faits. Or, plaquer plus ou moins franchement des modèles théoriques de découverte-identité-consommation sur une ville sans prendre en compte la sensibilité de ses habitants conduit rarement au succès. Il en suit une vision artificielle de la ville où trop peu de monde (touristes et habitants) se trouve et se retrouve. Au pire, ces derniers éprouvent le désagréable sentiment que les concepteurs, promoteurs et animateurs de ces pratiques touristiques vendent une ville qui n’est pas la leur.

« A Rennes, tout est luxe, calme et volupté, vraiment ?! » (Pierre, Gérant d’un RESTO à proximité du couvent des jacobins)

Nicolas Roberti
Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il a créé en 2011 le magazine Unidivers dont il dirige la rédaction.

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